Hier, dimanche, j’ai donc passé la plupart de ma journée dans le Brooklyn, plus précisément (et l'on aime la précision) dans le quartier de Williamsbourg-Est, aux bords du quartier « jeune » en pleine renaissance de Bushwick, où, dans un loft loué pour l’occasion, la séance de photo pour le chanteur colombien a eu lieu.

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Immeuble à Brooklyn où se trouvait le loft dans lequel on a fait la séance de photo


entreedecafe.jpgL'entrée de café branché qui s'appelle L'Hirondelle dans la rue Bogart



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Tout le quartier est marqué de graffiti à l'allure presque professoinnelle


graffiti2.jpgDans la rue Moore


leschaussurenounoursetcroix.jpgLa cerise sur le gâteau de la branchitude du quartier ? Un nounours, une paire de basket et deux crois suspendus au fil téléphonique au dessus de la rue Bogart


On s’était donné rendez-vous à 9 h 45 devant l’immeuble dans la rue Bogart (rien à voir avec l’acteur célèbre du même nom Humphrey Bogart, dont en l’occurrence la femme, l'actrice Lauren Bacall, habite toujours New-York, dans l’immeuble Le Dakota), mais le métro de la ligne L, que j’avais pris à j9 heures depuis sa station terminus à la 8e avenue, m’a déposé à la station Morgan en seulement 25 minutes. Le chanteur colombien, qui passait prendre la maquilleuse chez elle dans la voiture déglinguée appartenant à son copain, et le photographe bulgare (que je croyais russe, mais je me suis trompé) ainsi que la styliste, étaient tous en retard pour des raisons valables (euh, plus ou moins), ce qui m'a « permis » d'observer pendant une bonne heure la faune locale qui se promenait là, ce beau matin de fin avril, tandis que je complétais les mots croisés de dimanche.

Signes de vie

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dumondeauxguichets.jpgDu monde aux guichets TKTS malgré un temps tout à fait dégueu


Un temps tout à fait exécrable (mais qu’on n’attendait pas quand même à ce point-là, on est en avril, Bon Dieu !) ne nous a pas empêchés de bien vouloir passer aux guichets TKTS mardi soir pour essayer d’avoir des billets pour la nouvelle pièce de l’auteur dramatique et acteur Harvey Fierstein qui s’appelle Casa Valentina. Dans cette pièce, présentée par le célèbre Club de Théâtre de Manhattan dans son propre théâtre de Broadway, le théâtre Samuel Friedman (ex-Biltmore), dans la 47e rue ouest, il s’agit d’un début de week-end en 1962 passé chez un couple un peu particulier dans leur petit hôtel rustique perdu dans les montagnes Catskill, à quelques heures de route au nord-ouest de New-York. Ce couple, un homme et une femme, accueille des travestis (en principe) hétérosexuels, catégorie dont le mari du couple fait lui-même partie. En homme, il s’appelle George, et en femme, Valentina.

theatrefriedman.jpgLe théâtre Samuel Friedman par un temps de pluie


L’auteur, qu’on a vu à cette représentation, nous propose une histoire touffue de contradictions et d’ambiguïtés morales, où le bon sens et le pratique s’opposent à la solidarité généreuse mais aveugle et aux liens d’amitié. Non, ce n’est pas du Disney. Aucun chevalier blanc n’arrive sur scène pour sauver cette bande de naufragés particuliers et la dernière scène nous laisse même à supposer qu’il n’y ait pas de dénouement heureux futur pour ces personnages tourmentés de questions difficiles (ou même impossibles) à résoudre – la condition humaine, je crois.

Le déroulement de la pièce n’est pas, à mon avis, sans heurts – certains moments d’exposition narrative semblent trop immobiles – mais les acteurs sont bons et de toute façon, ça fait du bien de ne pas avoir à subir encore un « happy meal » à la Disney confectionné après de longues réunions avec des consultants et des comptables sur les résultats de sondages de masse détaillés dans de beaux et vastes bureaux super-modernes à Hollywood (et c’est sur vous, Frozen, Aladdin, et The Lion King, pour ne citer que ceux-là, que je pointe mon doigt accusateur !)

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En dessous des enseignes neon dans la place du Temps

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L'enseigne Reuters à gauche en haut parle d'un soldat blessé à côté de centre de recrutement pour les Marines décoré par ce drapeau fait de tubes fluorescents au milieu de la place du Temps

Et puis, hier soir, on est allé voir Hedwig and the Angry Inch au théâtre Belasco, dans la 44e rue ouest. Ni vraiment pièce malgré une histoire bien développée ni vraiment comédie musicale en dépit de la présence d’un groupe musical sur la scène, Hedwig est plutôt un « one-man-show » invraisemblable sur de divers plans. D’abord, son personnage principal serait un type qui ne serait, après un accident chirurgical, ni homme ni femme, puisqu’il n’a pas de vagin et tout ce qui lui reste de son pénis ne serait qu’une bosse de 2,54 cm et « en colère » (d’où cette partie du titre).

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Devant le théâtre Belasco dans la 44e rue ouest

La pièce de John Cameron Mitchell aurait commencé dans le Village-Est à la fin des années 90 au club Pyramide dans l’avenue A avant d’être montée plus ou moins correctement en 1998 au théâtre de la rue Jane, au bas de l’hôtel délabré du même nom qui se trouvait au bout de la rue Jane dans le Village-Ouest – ce théâtre a disparu et l’hôtel de la rue Jane (ou tout simplement « The Jane ») est devenu un hôtel branché auquel on fait une référence plutôt désobligeante dans la nouvelle pièce, l’appelant un lieu de prédilection de « douchebags », injure très à la mode ces jours-ci pour signifier un gros con.

La pièce a connu un grand succès et c’est devenu ensuite l’un des plus importants événements culturels transgressifs de cette année. Un film, avec l’auteur et l’acteur John Cameron Mitchell encore en vedette, a suivi en 2001. Tout comme le Rocky Horror Picture Show, le film est devenu l’objet d’un culte d’admirateurs. <{> Quand on a annoncé il y a un an à peu près que l’acteur Neil Patrick Harris avait été engagé pour jouer le rôle d’Hedwig dans une grande production de la pièce à arriver à Broadway en printemps 2014, la nouvelle a étonné pour de nombreuses raisons : d’abord, puisqu’il s’agit de M. Harris, qu’on appelle affectueusement par ses initiales NPH, ado vedette depuis ses débuts dans la série TV « Doogie Howser MD » en 1989. Il a ensuite été l’une des vedettes de la comédie TV « How I Met Your Mother » de 2005 à 2014, où il a joué un grand tombeur (de femmes) quoiqu’il eût fait son coming-out en 2006. Il a aussi été l’animateur très applaudi des prix Tony en 2011 quand il avait commencé la soirée en chantant que Broadway « n’était plus que pour les gays »


Il a repris ce rôle d'animateur, toujours avec un succès remarquable parmi un public des plus sophistiqués, en 2012 et 2013. Père avec son partenaire David Burtka de deux enfants, il est à la fois le chouchou du grand public américain, des « hipsters » gays, des fous de théâtre.

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Hedwig à Broadway

C’était donc avec un respect un peu étonné qu’on a accueilli la nouvelle que cet acteur super-populaire voulait bien risquer sa popularité énorme pour jouer dans cette pièce tout ce qu’il y a de plus particulière. Et c’est pourquoi on a très vite acheté, le mari et moi, des billets pour le voir dans Hedwig.

Il faut dire que le public dans le théâtre frémissait déjà d’anticipation avant le « lever du rideau » (il n'y en a pas, en fait) – et il s’agissait aussi d’un public très hétéroclite – des vieux qui étaient venus voir une vedette de TV, des homos, beaucoup de lesbiennes (l’autre personnage principal Yitzhak est un « drag king » ou femme habillée en homme), des punks, des grands-parents, etc.

La première moitié de la pièce, qui ressemble assez aux shows de travestis qu’on connaît bien de La Cerisaie, est soit bizarre soit vulgaire, soit satirique, mais dans la seconde moitié de la soirée on parvient à une sorte de réflexion mélancolique sur la vie dans la belle et triste « Wicked Little Town » :

The fates are vicious and they're cruel
You learn too late you've used
Two wishes
Like a fool

And then you're someone you are not
And Junction City ain't the spot
Remember Mrs. Lot and when she turned around
And if you've got no other choice
You know you can follow my voice
Through the dark turns and noise
Of this wicked little town.
Le spectacle termine avec la chanson Midnight Radio qui réclame avec émotion un esprit de solidarité entre artistes, entre marginaux :

And you're shinin' like the brightest star
A transmission on the midnight radio
And you're spinnin', your new forty-fives
All the misfits and the losers
Well, you know you're rock and rollers
Spinning to your rock and roll
 
Lift up your hands
Lift up your hands
Lift up your hands!
Grande confusion dans la salle – il y en a ceux – beaucoup – qui lèvent les mains ; d’autres chantent le refrain répété ; d’autres restent immobiles – mais tout le monde semble se rendre compte qu’on vient d’éprouver une expérience exceptionnelle et rare dans le théâtre. La chanson terminée, La salle se lève en masse pour hurler son approbation. Il est évident qu’on est en face d’un hit quand autour de soi on n’entend que des « I want to see it again ! »


Hier soir on a signé le contrat pour le spectacle que le chanteur colombien donnera cet été aux Pins, sur l’Île de Feu. On nous avait convoqués, le chanteur et moi, pour 7 heures du soir dans un appartement dans l’un de ces énormes gratte-ciel résidentiels qui ont poussé depuis quelques années au bout occidental de la 42e rue ouest.


boxersHK.jpgLe bar Boxers dans la Cuisine de l'Enfer, avec sa terrasse au 1er, ouvert depuis quelques jours seulement, tout comme...

terrasseAigleNYC.jpg...la terrasse de l'Aigle, dans le Chelsea, ouvert pour la première fois cette saison, dimanche dernier, pour profiter du beau temps enfin arrivé


On s’était donné un rendez-vous à 18 heures au bar Boxers à l’angle de la 9e avenue et la 50e rue ouest, où il y a une terrasse ouverte au 1er étage qu’on ouvre au public quand il fait beau. Comme il nous arrive trop souvent, j’étais plus ou moins à l’heure et lui était en retard de « dix minutes ». Je l’attendais devant le bar, sur le trottoir, où je regardais passer ce monde assez baroque qui se presse dans les rues du quartier, où se côtoient les touristes égarés qui cherchent à retrouver leurs hôtels, les jeunes homos aux jeans moulants et aux coiffures proprement sculpturales, les livreurs hispaniques à bicyclette, les cadres en costume qui rentrent chez eux, et les étrangers, comme moi.

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Vue du trottoir dans la 9e avenue à l'angle de la 50e rue ouest

Sur la terrasse du 1er, on a essayé de reproduire l’ambiance sexy des Pins en obligeant les barmen et les serveurs à travailler torse nu, ce qui a pu attirer la clientèle, mais qui, ce nonobstant, ne les a pas rendus plus efficaces dans l’exécution de leur boulot.


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La tour dans laquelle on avait notre rendez-vous

En arrivant dans le hall de l’immeuble où allait avoir lieu notre réunion, le concierge nous a informés que nous devions passer au Sky Lounge (désignation qui sent l’élégance aéroportuaire, c’est vrai), une sorte de salon ouvert aux résidents et qui se trouvait en haut de l’immeuble.

Là, sur un mobilier ersatz représentant les grands ébénistes modernes (Mies van der Rohe, Eero Saarinen), autour d’une table basse en verre, on a revu le contrat, spécifié les détails appropriés, et finalement le chanteur a signé. L’un des deux représentants de l’organisation productrice venait de faire enlever les pansements pour le lifting qu’il avait subi – le chanteur a eu le bon sens de s’exclamer vivement sur le grand succès de l’opération tandis que moi, je ne voyais absolument rien de changé autour de ses yeux toujours cernés d’italo-américain néo-jersiais d’un certain âge. Ah, omnia vanitas, n'est-ce pas ?!

L’autre type, un jeune Brésilien qui, pour son travail, semble noter des services de voyage de luxe pour une clientèle privée, ce qu’il fait qu’il serait constamment en voyage entre le Brésil, Miami et New-York. J’ai bien l’impression qu’il ne pourrait pas discuter Proust ou Foucault, mais son grand charme et son esprit fin vous feraient vite oublier ces quelques lacunes dans son éducation traditionnelle. De toute façon, lui aussi avait subi un « traitement » esthétique non spécifié (il s’agissait, je crois, d’une sorte de liposuccion) effectué au bas-ventre où, après quoi, il a connu une éruption cutanée pénible au milieu de ses poils pubiens. Éruption qu’il nous a montrée, en baissant son pantalon et puis son caleçon pour nous la faire voir. Ici Je noterai qu’en l’occurrence l’éruption m’a moins surpris que la couleur rousse de ses poils pubiens.

La réunion terminée, on a fait un tour sur les terrasses du Sky Lounge, qui offrent, sans aucun doute, des perspectives extraordinaires sur Manhattan-by-night.


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Ça brille !

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Le long du Côté ouest vers le bout de l'île de Manhattan et le Centre financier


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Et les quais au nord, avec le yacht illuminé d'un oligarque quelconque

Le mari travaille en ce moment comme un fou pour un client coiffeur (français) qui emménage d’un salon de coiffure pour dames correct dans l’avenue Madison à un étage entier dans un hôtel de luxe dans l’avenue du Parc – du coup son affaire passe de 20 à 60 coiffeurs. Le mari est resté au chantier 12 heures hier et il y est reparti tôt ce matin pour être à disposition de les dépanner en cas de problèmes informatiques éventuels pendant le vernissage.

N’étant pas religieux, on pense essayer de profiter de la religiosité des autres pendant la fête de Pâque pour aller voir la nouvelle pièce d’Harvey Fierstein, Casa Valentina. En tant que ville juive par excellence, New-York se vide pendant les fêtes de Rosh Hashanah, de Yom Kippour et de Pessah, ce qui peut faciliter aux non-croyants (comme nous, et l’ami galeriste qui nous accompagne) de trouver des places pour les spectacles et dans les restaurants les plus populaires.


Soirées en ville

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tourmilliardaire.jpgLa nouvelle tour pour milliardaires cosmopolites qui s'élève dans la 57e rue ouest


tourtrump.jpgLe haut de la tour Trump – anciennement la tour Gulf & Western

On nous avait été invités à assister hier soir à une avant-première de la nouvelle pièce Act One au théâtre Beaumont dans le centre Lincoln par un grand ami du directeur artistique du théâtre, ce qui nous a valu des sièges dits « de la maison », parmi les meilleurs dans la salle, qu’on offre aux producteurs (et à leurs amis), aux artistes selon les contrats signés, et à des vedettes et à des célébrités (pour des fins publicitaires). Malheureusement, la pièce, basée sur l’autobiographie du même nom de l’écrivain de théâtre américain Moss Hart (1904-1961), ne m’a pas captivé. J’avais lu le livre il y a des années et l’histoire qu’il y raconte a du charme, même si elle n’a, à nos esprits devenus un brin cyniques à propos de la vérité réelle de ce genre littéraire, rien d’étonnant – jeune immigré pauvre (juif, dans ce cas particulier) qui travaille dur et peu à peu réussit et devient alors la vedette qu’on connaît. C’est une sorte d’hagiographie tout à fait banale.

pylonestimewarner.jpgLes tours-pylônes du Centre Time-Warner, société qui vient d'être achetée par la Comcast


corridordebroadway.jpgJe remonte le corridor de Broadway vers le centre Lincoln


Mais dans le cas de la vie de M. Hart, il y a quelques pépins. Marié à l’actrice Kitty Carlisle Hart, qui lui a donné deux enfants, Hart, selon son biographe Steven Bach, avait aussi eu des affaires homosexuelles et à La Cerisaie on vous montrera une petite maison très basse au bord de la mer, épargnée par l’ouragan meurtrier de 1938 (qui n’avait pas de nom), où, selon la rumeur, existe un piano que Moss Hart lui-même avait joué pendant ses fréquents séjours dans cet asile pour « sensibles ». Mais de cela, il n’en est pas question du tout dans la pièce, qui semble surtout une version nettoyée et autorisée par la famille.

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Une autre tour de milliardaires qui a une adresse sur l'avenue du Parc Central Ouest


partiechictourdesmilliardaires.jpgEt la partie plus chic, qui donne sur le Parc Central, du même « complexe »

Cela plaira sans doute à un certain public – hétéro, âgé, résistant à la révélation de toute « vérité » désagréable qui nuirait en aucune manière à la réputation de l’un d’eux, cet homme à succès, époux et père de famille. Je me demande comment la critique new-yorkaise, surtout celle du Times, va traiter cette version si choisie de la vérité.

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Dans le restaurant PJ Clarke en face du centre Lincoln

On a dîné avant le spectacle dans une sorte de taverne irlandaise au nom de PJ Clarke – bourrée de monde à cette heure-là. On a eu un drôle de serveur, éminemment new-yorkais : acteur, amateur de théâtre, pédé, snob anti-télé (tout comme notre ami). On a discuté avec lui de la comédie musicale Hedwig and The Angry Inch (Edwige et le pouce furieux, et, oui, ça fait très bizarre en anglais aussi) qu’on remonte à Broadway avec en vedette l’acteur super-populaire Neil Patrick Harris et qu’on va voir la semaine prochaine, tout comme lui.

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La nouvelle fac de droit de l'université Fordham (je crois)

Ce soir on est allé prendre un apéro chez l’amie ex-éditrice, qui avait convoqué chez elle toute une ménagerie de connaissances, euh, disons hétéroclites. Il y avait même une drôle de femme à pédés, veuve élégante, qui, s’adressant à moi et au mari à côté de moi, exprimait son regret pour l’époque où les hommes homos « adorables » restaient célibataires et donc disponibles pour faire d’agréables mariages blancs entre amis cultivés. Il y avait aussi une directrice de (petit) musée qui, à une remarque sur une longue nécrologie récente parue sur la une du Times d’une mécène de son musée, a répondu « Elle a dû la rédiger elle-même avant de mourir. » Des hors-d’œuvre exécrables, des serveuses trouvées on ne sait pas trop où qui avaient du mal à remplir un verre de vin. On s’est pourtant assez bien amusé dans cet énorme appartement plutôt mal fichu qui représente une sorte de New-York honnête, aisé mais non pas milliardaire, bien éduqué et poli, en voie de disparition.


Quelques photos

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Une tour de Gotham City dans le brouillard de vendredi dernier


pimlicodanslacuisineenfer.jpgUne façade en blanc dans la 53e rue ouest qui suggère (un peu) le quartier de Pimlico à Londres


peinturepublicitaire.jpgOn peint un tableau publicitaire sur le flanc de cet immeuble dans le Village


parcdelaplaceWashington2014.jpgLe parc de la place Washington par une première belle journée de printemps dimanche dernier – l'arc de Washington et au fond la Cinquième avenue

Sens et sentiment

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J’étais en train de lire un billet chez Towleroad au sujet assez diviseur d’« icônes gays ». Dans celui-ci, il était question d’Idina Menzel, actrice et chanteuse connue d’abord pour son rôle dans la comédie musicale Rent (basée sur La Bohème) et ensuite pour son rôle d’Elphaba, le prénom donné à la célèbre Sorcière méchante de l’Ouest du livre et surtout du film Le Sorcier d’Oz.


aubarlebainaustandard.jpgAu bar Le Bain, au 18e étage de l'Hôtel Standard, où l'on est allé cet après-midi écouter la musique de Lina, de retour de Londres et de Paris pour l'été sur l'Île de Feu


Je suis allé voir Wicked (jeu de mots sur les deux sens opposés de l’adjectif « wicked » qui, dans son sens habituel, veut dire « méchant » ou « inique » et puis dans son sens argotique déjà un peu vieilli, le contraire, c’est-à-dire, « génial » ou « super ») il y a des années, avec des amis français qui avaient grand envie de la voir. On l’avait vue avec les deux vedettes originelles, Kristin Chenoweth comme Glinda et Mlle Menzel comme sa sœur Elphaba, et à vrai dire, le spectacle ne m’a pas trop impressionné – la musique est plutôt médiocre (je n’ai jamais trop aimé le compositeur Stephen Schwartz) et les paroles et les rimes sont trop souvent d'une banalité tout à fait pénible.

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Vue impressionnante des jetées dans le Hudson à partir du bar

De retour aux Pins il y a quelques années après plus d'une décennie chez les « normaux », je me suis amusé, certains dimanches soirs, à passer au restaurant La Baleine bleue au bord du port pour regarder les vidéos joués par le VJ Tony Built, un grand musclé aux sensibilités drôlement ironiques qui aimait contraster des clips de Sarah Palin en campagne électorale aux clips de Barbra Streisand dans Funny Girl. Et c’était un des ces soirs d’été, vers minuit, quand j’ai vu pour la première fois, la vidéo d’Idina Menzel, celle-ci enregistrée aux prix Tony, qui chantait Defying Gravity, la chanson de finale du premier acte de Wicked dont, à vrai dire, je ne m’en souvenais rien du tout.

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C'est un peu Les Pins à Manhattan

Mon ignorance n’était pas partagée – en fait, la plupart des gens dans la salle, et surtout les plus jeunes, connaissaient tous les paroles de cette chanson. Ils la chantaient tous, avec une sorte de délire commun :

« So if you care to find me
Look to the Western sky!
As someone told me lately
Everyone deserves the chance to fly
And if I'm flying solo
At least I'm flying free
To those who ground me
Take a message back from me!

Tell them how I am defying gravity
I'm flying high, defying gravity
And soon I'll match them in renown
And nobody in all of Oz
No Wizard that there is or was
Is ever gonna bring me down!!
»

Ils la chantaient comme s’il s’agissait non pas d’un simple numéro qui clôt une scène mais d’un hymne sacré à la libération personnelle où l’on faisait face bravement à un monde qui les avait rejetés. Difficile à ne pas répondre à l’image de ce beau jeune homme, serveur dans le restaurant, qui, saoul et fatigué à la fin d’une longue journée de travail, sort de la cuisine, un sale balai entre les jambes nues, qui chantait ces paroles devant l’écran, ayant l’air d’être saisi en tout son corps de cette manie divine connue des anciens, où le vrai naît de ces furies spirituelles. Et à cet instant-là, je comprends et je m’y adhère sans hésiter. Voici un moment où le sens peut manquer, mais le sentiment suffira à faire comprendre. Et pour un moment sublime, j'ai moi aussi partagé cette bête envie de braver la gravité. Et pour cela, je suis infiniment reconnaissant au jeune homme qui me l'a révélé, ainsi qu'à la chanson qui l'aurait incité.


Légendes vivantes

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Comment ne pas apprécier ces nouveaux films « sword-and-sandal » ?

Tout comme ma mère avant moi, et déjà depuis quelques années, j’ai mon rendez-vous hebdomadaire chez le coiffeur le vendredi après-midi. Mon coiffeur, qui s’appelle Alex, est un immigré juif d’origine russe qui a quitté le Kazakhstan pour Israël à l’âge de 18 ans afin de ne pas être enrôlé dans l’armée. En Israël, pourtant, on l’a vite enrôlé dans l’armée israélienne, où il a appris à piloter des avions de chasse. Mais en fin de compte il n’a pas trouvé la vie en Israël à son goût, et avec son père, sa mère (tous les deux pourtant divorcés) et son frère (sa sœur est restée en Israël), il a émigré aux États-Unis, où il s’est fait coiffeur pour hommes. Il y a trois ans il a ouvert le petit salon de coiffure pour hommes au coin de la 7e avenue et de la rue Charles.

Quand je me trouve dans le salon, on regarde, sur des écrans posés devant chaque siège, ou des émissions télé ou des films qui viennent de sortir dans les salles qu’il pique chez des sites russes. Lui, Alex, il aime surtout la science-fiction et ces comédies débiles du genre confectionné par le comédien Adam Sandler. Il ne veut surtout rien de dramatique ou de trop intellectuel, ce que je comprends.

Hier, quand je suis entré dans le petit salon, je me suis trouvé devant une paire d’hommes haredim, l’un dans sa quarantaine et l’autre un jeune roux d’à peine 20 ans, qui étaient en train de couvrir Alex d’un châle blanc (le tallith) et de lui passer la petite boîte en cuir qui s’appelle le phylactère et qui contient des versets de la Torah par le front et par le bras. On a ensuite récité quelques prières. L’homme âgé est ensuite passé aux autres coiffeurs, qui ont tous refusé de participer, tout en lui offrant des billets pliés.

Pendant tout cela, on passait aux écrans un film nouveau qui s’appelle La Légende d’Hercule, dont la vedette est Kellan Lutz, beau et baraqué comme il le faut. D’après la critique, le film serait une daube catégorique mais on y voit pas mal de muscles gros et luisants et il y a même une scène qui se déroule au bord d’un lac où l’on voit que les seins d’Hercule sont au moins trois fois plus amples que ceux de la princesse crétoise, ce qui a fait rire tous les coiffeurs et moi-même (scène qu'on voit dans la bande-annonce pour un trop bref instant). On y papotait de Zeus et d’Aphrodite et d’autres divinités grecques, en même temps qu’on priait, à moins d’un mètre, à Yahvé, cet autre dieu de la Méditerranée, et je n’ai pas pus me garder de réfléchir que si j’allais croire en des dieux, je préférerais de loin des dieux sexy à ce dieu qui gronde sans cesse, toujours mécontent pour une raison ou une autre. Une adoration d'Hercule quelconque ne me gênerait point, je l'admets, et cela pourrait aussir servir à motiver mes séances de musuc, en plus !

Et tandis qu’on prisait, le jeune haredi roux restait à côté de moi, tout à fait fixé par ce qu’il voyait sur l’écran. Deux fois, l’autre haredi a tiré sur la veste noire de son jeune compagnon pour lui faire détourner son attention du film, mais rien à faire – le jeune était comme soudé au plancher, les yeux exorbités, à suivre les intrigues divines et humaines auxquelles on se livrait avec plein d’émotion si avec peu de tenue, et heureusement ! Les prières terminées, on a dû le pousser dehors pour le faire quitter le salon.

C’était bien le choc des cultures et des croyances humaines qui se poursuivait toujours dans ce petit salon de coiffure pour hommes dans ce coin du Village dans cette ville du Nouveau Monde sur cette planète désespérante.

parcdelaplacewashingtonenhiver.jpgToujours pas une trace de vert dans le parc de la place Washington


Au mépris du calendrier, l’hiver perdure ici, avec seulement quelques brefs moments de douceur météo. Ce qui rend un peu dingues les autochtones.

Le mari a de nouveau un boulot qui l’oblige à se lever tôt et à rentrer à l’appartement en début de soirée. Il grognonne par instinct, mais en réalité cela l’amuse de passer sa journée parmi des amis (ses deux anciens employés, qui l’adorent, travaillent pour la boîte) et à faire plaisir à des clients, les anciens (qui l’adorent et auxquels il manquait), et les nouveaux, ravis de son efficacité et de sa bonne humeur, traits qui les surprennent. 


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C'est de plus en plus le bordel dans la salle de muscu, où les « gentils membres » ne daignent plus ranger leurs haltères – à croire qu'ils ont tous été élevés dans des maisons remplies de domestiques ;-)


Pour moi, je persiste à taper un peu de ceci et de cela, tout en passant à la salle de muscu afin de tourmenter, tel un chrétien flagellant du XIIIe ou un musulman chi’ite déplorant le massacre de l’imam Hossein en effectuant le zanjir, cette piteuse enveloppe corporelle. On vient de recevoir un contrat d’engagement pour le chanteur colombien pour un spectacle qui aura lieu cet été aux Pins – on en discutera les détails ce soir et il va falloir faire de photos de l’artiste pour la pub, y compris des affiches et des cartes postales à distribuer. C’est là, précisément, où il faut être délicat – l’artiste a presque toujours une image de lui-même à laquelle il tient et cette image-là n’est pas toujours celle que chercheraient les producteurs de spectacles. L’amour-propre de l’artiste, en général très susceptible, peut s’opposer aux buts commerciaux des producteurs et il faut trouver un moyen de plaire à tout le monde.

De toute façon, on lui verse une rémunération raisonnable, on lui paie le transport aller-retour de Manhattan d’un entourage de cinq personnes (celliste, guitariste, ingénieur de son, et chanteuse accompagnatrice), un logement pour une nuit pour lui et une autre personne, un repas, etc. En fait, on logera au moins deux des musiciens chez nous, dans la petite chambre d’invités qu’on a dans notre maison louée, et on s’arrangera à trouver des lits pour les autres chez des amis riches à lui qui ont de belles maisons luxueuses là-bas. Le concert terminé, on fera un tour triomphal aux thés divers avant de renter chez nous pour un grand dîner sans doute très arrosé de grillade en plein air avec les amis et les producteurs.

On est allé, le mari et moi, à la dernière des « fêtes noires » qui aura eu lieu à la salle de danse célèbre Roseland, destinée à être rasée après les spectacles de Lady Gaga cette fin de semaine et la suivante pour être remplacée par, on dit, une nouvelle tour immobilière.

La « Black Party », c’est un peu le carnaval gay à New-York. En principe vouée à cette partie du monde homo qui s’amuse à s’habiller en vêtements de cuir, la soirée est devenue depuis plusieurs années déjà un « circuit party » parmi les autres qui ont lieu pendant l'année, par exemple, à Miami, à Montréal, à Palm Springs et aux Pins, où l’on voit les mêmes gens musclés, tatoués, défoncés qui bougent sur une musique dite tribale où figure une ligne de basse prédominante sans jamais de paroles. C’est sexy mais n’a rien de trop surprenant.

J’ai traité cette soirée comme une longue séance de cardio – et en fait, j’ai perdu 2 kilos, vite regagnés sans doute après avoir avalé deux bouteilles d’eau de retour chez nous à 7 heures du matin. Hé oui, je m’y suis amusé. Le mari aussi. On a vu pas mal d’amis (dont la présence de certains nous a surpris hi hi) et des escadres de beaux jeunes gens plus ou moins déshabillés, ce qui fait toujours du bien.


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C'est ici, dans la grande salle des Anthology Film Archives dans la 2e avenue, où l'on a vu le film « The Bitter Tea of General Yen » (ou en français La Grande Muraille), film de 1932/3 basé sur le roman du même titre écrit par la mère de l'amie écrivain, avec la très jeune vedette Barbara Stanwyck – l'amie écrivain m'avait raconté le moment où elle avait, avec sa mère, été présentée à la vedette pendant le tournage du film en Californie. Le film est beaucoup plus cynique et fort que je n'avais attendu.

Singerie XXIe siècle

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Encore un amateur du patrimoine ému !

À la campagne

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Mes amis chinois continuent à m’assaillir de commentaires aussi longs que divers, dont les sujets soulevés passent aisément de traitements pour l’herpès aux soldes de sacs Michael Kors. Parmi mes gentils spammeurs de l’Empire du Milieu, qui je plains de tout mon cœur (bon, ce n’est pas particulièrement spacieux, mon cœur, j’y conviens, mais tout de même…) de devoir passer chez moi et d’y coller ces longs commentaires extravagants que certainement, à part la récitation de noms de marques de luxe célèbres, leurs sens leur échappent, avant de devoir déchiffrer et de retaper les chiffres indiqués par le captcha. Quelle barbe ! Qu’on les paie au moins assez pour ce travail assommant !

Mais un récent commentaire m’a posé un problème plus épineux – il s’agissait d’un commentaire laissé en français correct par un francophone qui faisait pourtant de la pub pour une e-cigarette ou une clope à vapeur. On peut supposer que le commentateur avait lu le billet qu’il avait commenté et il n’y avait aucune pub dans le texte de son commentaire, sauf son nom, qui était la marque de l’e-cigarette et le lien vers le site de ce produit. Est-ce alors vraiment du spam ? C’est-à-dire, du spam pur et dur, ou s’agit-il plutôt d’un commentaire sans intérêt particulier mais admissible qui profiterait en même temps du blogue pour faire un petit coup de pub ? Je ne l’ai pas viré au premier abord, mais ce matin, en faisant le ménage, j’ai décidé de le supprimer. Est-ce que j’ai eu raison ? Ou pas ?


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