Pour tous les souvenirs qui ne reviennent pas à l’esprit


Cela commence avec la voix off qui dit: « Ceci sont des souvenirs de personne. »

Vidéo créée pour l’association PFLAG Canada (sigle qui veut signifier en anglais « les parents et les amis de lesbiennes et de gais »). Merci à Joe.My.God.

Des trous au ciel

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trouauciel.jpgTrou qu'on serait en train de boucher dans notre salle de bain


Le mari a voulu revoir la « comédie musicale » Hedwig & The Angry Inch (je mets les guillemets parce que ce spectacle, quoique drôle, même spirituel, n’est pas vraiment une comédie musicale traditionnelle, et il se déroule sans entracte comme un concert pop un peu chaotique, avec un côté cabaret-théâtre) avec en vedette le créateur de la pièce et aussi du rôle d’Hedwig John Cameron Mitchell, un voisin de quartier. On avait déjà vu la pièce il y a un an avec en vedette l’acteur de télévision populaire (et trinomial lui aussi) Neil Patrick Harris, qui s’amuse ces jours-ci à s’appliquer à des rôles qui l’éloigneraient le plus possible de ses anciens personnages de séries télévisées un rien benêts (Doogie Howser) ou beaufs (Barney Stinson) – comme celui de Desi Collings dans le film Gone Girl, un autre exemple de ce relookage, et nous avons aimé et le spectacle et l’acteur.


panneauTKTS.jpgM. Mitchell n'étant pas une célébrité télévisuelle (c'est ça qui vend les billets), on a pu trouver de bonnes places à mi-prix pour Hedwig


J’ai beaucoup d’admiration pour l’auteur Mitchell, surtout pour l’audace qu’il montre dans ses choix artistiques. Je suis retourné voir son film Shortbus deux fois (ce que je ne fais presque jamais) afin de pouvoir goûter et de suivre tous les fils divers de l’histoire complexe qu’il y a tissée. (L’arrivée dans la boîte de nuit d’un acteur représentant l’ancien maire de New-York Ed Koch, que beaucoup de New-Yorkais considèrent une sorte de vendu gay qui aurait minimisé la crise du sida à New-York afin de se garder d’accusations d’être lui-même homosexuel et l’apologie pour ses politiques qu’il présente à l’éphèbe qu’il y rencontre était l’une de ces scènes brillantes qui m’ont frappé à fond.)


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Par un temps relativement doux, il y avait du monde dans la place du Temps


Hedwig n’est pas, à mon avis, sans défaut – certaines chansons de la première moitié me laissent indifférent – je n’avais jamais aimé, par exemple, la chanson The Origin of Love avant que je ne l’entende chantée il y a un an par l’ami chanteur lors d’un gala de levée de fonds au Poisson Rouge, où il l’a interprétée d’une façon tellement émouvante que tout le public s’est levé d’un bond pour l’applaudir même avant qu’il ne l’eût terminée. Hier soir c’était correct mais non pas extraordinaire – la mise en scène et l’emploi d’un écran de gaze sur lequel on projette des dessins animés restent pourtant impressionnants. Il faut noter aussi que M. Mitchell portait une sorte d’appareil orthopédique sur le genou droit et il était évident qu’il n’allait pas courir dans tous les sens sur scène ce soir-là, encore moins en talons hauts, comme l’a fait M. Harris.

devantlebelasco.jpgDevant le théâtre Belasco dans la 44e rue ouest, à deux pas du Café Un, Deux, Trois où nous avons mangé avant le spectacle

Pour moi, la pièce révèle son vrai cœur avec la ballade Wicked Little Town (le clip vient du film), censée être la première chanson composée par Hedwig. « The fates are vicious and they’re cruel » note-t-elle. Elle sait de quoi elle chante.

Dans la pièce qu’on a vue hier soir, M. Mitchell a souligné d’une façon très poignante par sa simplicité la raison pour la rupture entre le jeune Tommy Speck, devenu le chanteur vedette Tommy Gnosis, et Hedwig aux parties génitales, hem, incertaines. On comprend combien Hedwig souffre d’avoir perdu cette « moitié » d’elle-même. La « reprise » de Wicked Little Town, chantée par Tommy (acteur différent dans le film, d’où vient ce clip, mais joué par l’acteur qui joue Hedwig dans la pièce – et c’est beaucoup plus troublant ainsi) et aux paroles un peu changées, devient un appel dans le noir pour s’excuser auprès d’Hedwig. « Forgive me for I did not know. »

Hedwig, elle, n’en sait rien, bien sûr, et elle s'arrange comme elle peut, toute seule. La chanson finale, Midnight Radio, une sorte d’hymne rock célébrant les vedettes féminines de la chanson rock, pop et soul des années 60, 70 et 80 – Patti (Smyth), Tina (Turner), Yoko (Ono), Aretha (Franklin), Nona (Hendryx), Nico – et « moi ! » – appelle aux fidèles du rock ‘n roll – à « all the misfits and the losers  » – aux marginaux et aux losers – de « lever les mains », ce qu’ont fait la moitié de la salle (on se trouvait dans des fauteuils d’orchestre hier soir, on avait des places dans le balcon la première fois) pendant que les autres applaudissaient.

Car, au fond, c’est bien ça, cette reconnaissance d’insuffisance et de malchance solitaire et sympathique qu’on « surmonte » comme on peut en restant fidèle, ou bien tout simplement laissé, à soi-même, qui, pour moi au moins, fait d’Hedwig le spectacle le plus authentiquement « jeune », malgré son « âge » (la pièce a été développée dans des clubs à New-York et a eu sa première représentation proprement théâtrale en février 1998), de tout ce qu’on présente à Broadway en ce moment.

Ce n’est pas long et on a quitté le théâtre vers 22 h 30 après avoir « acheté » des petits boutons disant « I Hedwig » au bénéfice d’une organisation que j’aime beaucoup – Broadway Cares/Equity Fights Aids – qui a réussi à lever depuis 1988 plus de 155 millions de dollars en faveur de la lutte contre le sida et le cancer du sein, pour ne nommer que ces deux maladies.

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Sur le quai de métro – deux trains immobiles, vides de passagers – il y a quelque chose qui ne va pas !

Une fois dans la station de métro de la Place du Temps pour rentrer chez nous, on s’est vite rendu compte qu’il y avait quelque chose qui, euh, n’allait pas sur les lignes 1,2 et 3 – il y avait deux trains vides stationnés sur les rails parallèles du « local » et de l’« express ». Après de longues minutes de confusion parmi les gens sur le quai, on nous annonce que le service a été suspendu entre la place du Temps et la rue Chambers à cause d’une rupture de canalisation d’eau – ô par pitié ! encore des fuites d’eau qui m’emmerdent ! On est remonté l'escalier pour aller prendre le train IND dans la 8e avenue vers la 14e rue ouest. On a tous les deux noté qu’il y avait des flics un peu partout, plus que d’habitude, mais on n’a pas demandé pourquoi. Vaut mieux ne pas les pousser, les flics, n’est pas ?




Vu les travaux nécessités par la fuite d'eau causée par un tuyau de chute bloqué (par des longs cheveux d'adolescente ???) chez nos voisins de dessus, je trouve cette vidéo tout à fait à propos – nous, les habitants d'appartements, et surout nous qui nous trouvons au rez-de-chaussée, nous comprendrons trop bien l'humour noir de ce sketch. (Merci à Joe.My.God.)


Les tuyaux de chute

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Hier on a eu notre première journée de printemps – il a fait doux et ensoleillé, et on n’était pas obligé de porter un chapeau ou un foulard contre le froid. De retour de la salle de sport, j’ai trouvé un petit mot manuscrit qu’on m’avait laissé sur la table dans la cuisine : on était entré dans l’appartement pour essayer de fermer une fuite d’eau venant de la douche de nos voisins de dessus. On nous a interdit d’allumer la lumière dans la salle de bain parce que l’eau tombait du plafond autour de l’ancien appareil. On nous prévient qu’on retournera vers 10 h 30 demain matin pour continuer les réparations. On a donc dû faire pipi hier soir par l’illumination rustique d’une lampe-torche. Trop marrant, vous vous en doutiez.

Ce matin, à neuf heures pétantes, on frappe à la porte de l’appartement et le plombier se présente à moi. Il m’explique qu’on va « ouvrir » le plafond dans la salle de bain afin de pouvoir remplacer une partie d’un tuyau d’eaux usées venant de la douche de nos voisins, avec qui on a déjà eu pas mal d’histoires de fuites d’eau. Ah ? je lui dis. Et cela va durer combien de temps, ce travail ? Oh, il me dit, toute la journée, en toute probabilité, pour la réparation du tuyau. Pour la réfection du plafond, des murs, du plancher, j’en sais rien. Espérons surtout qu’il ne nous arrive un incident pareil à celui qu’on a connu dans l’explosion d’un immeuble dans la 2e Avenue il y a quelques semaines, où un plombier aura « confessé » avoir truqué un tuyau au sous-sol afin de siphonner du gaz illégalement. 


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Le plombier me présente le tuyau abîmé qu'il vient d'enlever du plafond

L’ami artiste vient de perdre un ami qui lui était très cher – un ancien amant de l’ami artiste, ce Brésilien est mort d’un cancer de l’estomac dans un hôpital aux environs de Boston, où habite la plupart de sa famille. Le jeune artiste est allé le voir là-bas et il m’a texté ensuite qu’il avait réussi à le voir, à tenir sa main et à l’embrasser tout l’après-midi avant sa mort. Pour le jeune artiste, c’est la première fois qu’il perde quelqu’un qu’il aimait à ce point, quelqu'un qui avait autant d'importance dans sa vie. J’essaie de le consoler le mieux possible en lui disant qu’il n’y a rien de faible ou d’impropre à regretter terriblement un être qui nous est cher, tout en lui rappelant que son ami l’aimait pour tout ce qu’il était, comme pour tout ce qu’il allait devenir, et qu'il n'aurait pas voulu qu'il soit malheureux à cause de lui. Comme avec toute grande émotion, il faut chercher l'équilibre entre l'excessif et le coincé. Tout cela m’a fait penser aux gens que j’ai moi-même perdus et qui me manquent toujours. Le dimanche dernier, par exemple, je me suis rendu compte tout d'un coup en disant, pour une raison oubliée et sans importance, la date à l’ami producteur que c’était bien l’anniversaire de la mort de mon père dans un accident d’avion.


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Dans la salle de bain, le plafond béant après l'enlevage du tuyau cassé – espérons qu'on pourra s'en servir (même avec ce trou dans le plafond, carnon est des durs, on survivra comme dans la jungle, quoi) ce soir !

Les tuyaux comme les corps humains, tout s’use et s’effrite. « Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. » L’une de ces « vérités » vraiment irréfutables énoncées dans la Bible, où on n’en trouve pas trop, à mon avis.

Le samedi matin il a fait beau, presque chaud, et c’est pour cela que le mari a quitté le nid très tôt pour aller courir dans une course de 10 km en l’honneur de l’Écosse, qu’on fête à New-York toute la semaine, au Parc Central, avec 10 mille d’autres participants dont certains en kilt et tout cela après avoir couru une distance de 35,4 km le vendredi matin, c’est-à-dire un trajet qui a commencé chez nous dans le Village-Ouest jusqu’au pont suspendu George Washington qui passe de l’île de Manhattan jusqu’au continent nord-américain, ou, si vous préférez, au Nouveau-Jersey, où le mari a perdu du temps à la recherche d’un chemin qui le mènerait en principe vers le gare routière de la Régie portuaire dans la 42e rue ouest, d’où on a pris le bus fourni par le Transport Nouveau-Jersey qui nous a déposés dans un coin de la ville de Teaneck.


laqueuepourlebus.jpgDans la queue pour le bus express pour Teaneck – et notez qu'il est bien rare pour moi de me découvrir le plus grand de tous dans la queue


On y est arrivé vers 11 h 30 et il y avait une foule dans les grands couloirs de l’hôtel Marriott qui accueillait le concours NPC d’haltérophilie et de fitness (parmi plusieurs catégories de concours). 


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L'arrêt de bus se trouvait à quelques pas seulement de l'entrée de l'hôtel Marriott, notre destination


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Dans les couloirs, on se prépare pour le passage sur scène – ces deux jeunes gens participent dans la catégorie « fitness » – c'est pourquoi ils portent des shorts de planche et non pas des slips de posing « classiques » des bodybuilders


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Dans la salle de bal, tout à fait bourré de monde, les bodybuilders de la classe poids léger sur la scène – l'éclairage intense détruit l'appareil photo de l'iPhone, je m'excuse

Un monde tellement curieux et tout à fait spécial, c’est le moins qu’on puisse dire – de petits monstres tout bruns (bronzage super foncé à vaporisateur obligatoire) aux muscles saillants, de beaux « rats de salle de sport » en t-shirt et sweat à capuche, les cheveux ras, et leurs petites amies bronzées, aux maquillages incroyables et aux boucles d’oreille diamantées. Les concurrents étaient impressionnants et motivants à la fois !

On est rentré à New-York sans difficulté et après de rapides toilettes, on s’est retrouvé de nouveau dans les transports publics pour aller au nouveau quartier français de New-York, les Jardins de Carroll dans le Brooklyn, où l’on est sorti du métro à la station Rue Carroll pour continuer notre chemin vers le restaurant The Grocery dans la rue Smith. On était six pour dîner, une fête d’anniversaire en retard de deux ou trois semaines (à « un certain âge » on ne se soucie plus, j’ai découvert, de l’exactitude de ces commémorations personnelles qu'on fête un peu n'importe quand) pour un ami commun. Ce restaurant, tenu par d’anciens architectes amis de l’un de notre compagnie, est vraiment exceptionnel – la cuisine ne m’a jamais déçu, le service est charmant, et l’accueil sympa. Soirée très agréable.

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Dans la gare des Chemins de fer de l'Île Longue au sous-sol sale et négligé de la gare de Pennsylvanie, un peu comme la chambre de Cendrillon chez la famille des Grandes Lignes – on remarquera pourtant, même ici, que, à l'opposé des villes de Boston et de Philadelphie, toutes les deux distinctement anglophiles, la ville de New-York s'estime francophile et on le voit dans ses noms de chaînes de restauration rapide locales, comme Au Bon Pain (d'un français impeccable)...


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...comme ici, dans un autre petit restau-minute qui se trouve à deux pas du Au Bon Pain, si même de l'autre côté du grand couloir central, où pourtant on notera l'absence brûlante d'accent aigu sur le e dernier – c'est pénible mais je ne suis pas Sisyphe, je sais bien je n'ai pas sa... concentration à essayer de corriger l'incorrigeable, donc je m'accroche seulement à en parler inutilement sur ce blogue excentrique dans tous les sens dans l'espoir de faire sourire (ou soupir de sympathie) un grammarien ou grammarienne aussi pédant et frustré que moi ;-)

Le lendemain, le jour de Pâques, on a repris le train des Chemins de fer de l’Île Longue à destination de Ronkonkoma (j’ai toujours trop envie de « franciser » ce nom indien en « Ronquonqueaumât » ou quelque chose de pareil – et je trouve qu’en plus il ne faut jamais manquer l’occasion de se servir d’un circonflexe, même superflu ou étymologiquement fâcheux, tellement j’aime ce signe diacritique), où l’ami producteur de télévision est venu nous chercher dans sa bagnole de pépère Buick pour nous obliger à faire des promenades dans des petits bois du coin aussi vides de feuilles vertes que d’intérêt esthétique. À l’entrée de l’un de ces parcs, deux femmes en parka nous ont demandé s’il l’on était venus pour la chasse aux œufs de Pâques (si, si, vraiment !) et l’on leur a vite dit que non, réponse qui a paru les soulager un peu puisqu’elles venaient d’avoir posé les œufs colorés autour des troncs d’arbres et elles avaient l’air de croire qu’on allait peut-être les piquer avant que ne viennent les enfants invités !

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L'un des œufs colorés déposés çà et là dans un petit parc dans la ville de Yaphank (« Yapanque ») qu'on n'a finalement pas piqué


oiesdecanada.jpgDes oies bernaches au repos sur un quai dans un estuaire de la Grande Baie du Sud – j'ai failli les rejoindre, tellement je m'ennuyais à me promener par des forêts toujours hivernales sur l'insistance de l'ami producteur


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La table de Pâques dressée dans le soi-disant « Grand Hall » de cette maison plutôt modeste – le « Grand Hall » ou « Great Room » en anglais étant une manie architecturale vers la fin du dernier siècle, faute de goût auquel l'ami producteur a succombé à cause d'une affaire de cœur regrettable (dans plusieurs sens)

On est finalement rentré chez lui où il a commencé à préparer le repas de Pâques, des côtes d’agneau à la sauce moutarde, des haricots verts, des haricots blancs, le tout suivi d’une tarte au citron et à la noix de coco garnie de mûres. On a commencé avec un champagne rosé en apéro, suivi d’un rouge italien pour le repas. On est rentré par le train de 17 h 03 de la gare de Bellport (Belleport, c’est mieux, non ? Mais le nom de la ville vient d’une famille au nom de Bell, donc j’hésite à proposer un nom français qui pourrait « déformer » ses origines étymologiques) et l’on est rentré chez nous de la gare de Pennsylvanie à pied par la 8e avenue, où l’on passait des gens en short, tellement on a tous hâte de sentir un printemps qui semble traîner méchamment.


laplageavant.jpgIl va falloir réparer pas mal de chemins avant l'été


Ça y est – on a signé, le mari et moi, le contrat de location pour la maison aux Pins cet été, qu’on a scanné et renvoyé par mail à l’agent immobilier. J’irai à la banque ce matin pour faire transférer l’argent au compte de l’agent immobilier. Notre location commence le vendredi 1 mai et reste en vigueur jusqu’au 30 septembre.

saloninspecte.jpgUne partie du salon d'une maison qu'on n'a pas finalement choisie


On a fêté notre décision hier soir en dînant avec deux amis artistes au restaurant Almond dans la 22e rue est – on s’est souhaité un été plein de divertissements, de sourires, et de joies. Ces vœux résonnent chez moi plus que jamais, puisque je viens d’apprendre une nouvelle assez décourageante sur la santé d’une de mes sœurs, nouvelle qui a souligné pour moi l’importance de ne pas trop différer, dans ce monde plein de surprises pas toujours espérées, ce qui peut vous rendre heureux. « Ô vraiment marâtre Nature, puisqu’une telle fleur ne dure que du matin jusques au soir ! » Ayant abandonné depuis bien longtemps aucune croyance dans un paradis dans l’au-delà, je trouve que seul un épicurisme discret me semble une philosophie raisonnable devant l’indifférence absolue de la matière qui nous compose et qui nous entoure.

fautedefrancais.jpg Mais il y a des fautes de français partout ici à New-York et ça me rend dingue (oui, j'ai bien l'esprit correcteur et à l'époque où les New-Yorkais privilégiaient les restaurants français, j'ai souvent voulu me proposer en correcteur de cartes théoriquement en français, mais où les accents flottaient çà et là au-dessus des lettres (en non seulement au-dessus de voyelles, je vous assure) comme des cendres noires flottant au-dessus d'un incendie, et où les questions et hésitations de genre, telle «le soupe», «la steak», «la plat de jour», auraient horrifié toute personne transgenre – ah! j'aurais fait fortune je crois si la mode culinaire new-yorkaise n'avait pas tourné au mexicain, au thai, et au locavore. Pour la cuisine française traditionnelle à présent, c'est de plus en plus rare, ici comme à Paris. On la trouve ennuyeuse, vieux jeu.  Tant pis.)


Il est agréable de voir tout ce qui se passe dans l’état d’Indiana à propos de la soi-disant loi pour la sauvegarde de la religion – le gouverneur Pence a sans doute pensé qu’il allait pouvoir faire preuve de son intégrisme imbécile sans pour autant attirer la foudre partisane de partout, comme il l’a fait. Aujourd’hui il bat en retraite, promettant de « réparer » cette loi discriminatoire. On verra bien ça. Ailleurs, dans cette immensité au milieu du continent nord-américain qu’on traite avec dérision de « fly-over country » ou « pays survolé », vaste région du centre aperçue uniquement à travers les hublots d’avions faisant la navette entre les grandes villes des côtes est et ouest, l’état d’Arkansas, qui n’a jamais été un modèle du progrès social, vient de passer une loi similaire à celle qu’a signée le gouverneur indianien. La plus grande société de distribution commerciale dans le monde, Walmart, dont le siège se trouve dans l’état, s’est prononcée contre cette loi. Reste à voir si le gouverneur de cet état obéira à ses alliés républicains ultras dans l’assemblée ou s’il cédera finalement aux pressions politiques et surtout commerciales qui lui demandent d’y opposer son veto. (On se souviendra de ce qui s’est passé en 2014 en Arizona, état aussi peu éclairé que l’Arkansas, quand les représentants républicains ont voté une loi permettant la discrimination contre les homosexuels pour des raisons de « croyances religieuses profondes » et, après la menace expresse de la part de la Ligue nationale de football (américain) de déplacer le Super Bowl de l’Arizona en cas de l’entrée en vigueur de cette loi, la gouverneure Brewer a opposée son veto.)

shequidadanslaplacedutemps.jpg J'ai sauté en voyant cette grande image de Shequida sur ce panneau électonique dans la Place du Temps – malheureusement il ne travaille plus dans cette boîte (on a dîné avec lui il y a quelques semaines) mais on espère le voir souvent sur l'île de Feu cet été, où il fait son show hebdomadaire les lundis au Palais de Glace à La Cerisaie (mais il faut voir si la disco va rouvrir après l'incendie de l'hôtel avoisinant)


On a enfin quelques soupçons de printemps – non, je n’ai toujours pas vu de bourgeons de crocus autour des arbres dans les trottoirs, mais on entend quand même le gazouillis nerveux des moineaux dans les arbrisseaux.

L’ami artiste avec qui on a dîné hier soir est en pleine forme – il a trouvé du travail comme préparateur dans l’usine-atelier de l’artiste Jeff Koons à Chelsea, où il fait partie d’une équipe de jeunes artistes assistants. Il est fou de joie dans son nouveau boulot, ce qui me donne énormément de plaisir. Il veut venir avec nous « ouvrir » la maison aux Pins, ce qu’on fera aussi avec l’ami producteur de télévision, sa présence la première nuit dans toute maison qu’on a louée étant devenue depuis des années une tradition immanquable. (C’est utile, aussi, parce qu’il est beaucoup plus porté sur la propreté que nous, et ça l’amuse de nettoyer le frigo, par exemple, et d’essuyer les glaces et les vitres, etc. Tant mieux, n'est-ce pas ?)

L’autre artiste prépare deux expos au Nouveau-Jersey (on l’a taquiné, bien sûr, pour ça) tout en faisant la navette entre New-York et Key-Ouest, où il s’occupe d’un vieil ami poète. Il déménagera aux Pins vers la mi-mai, avec l’ami poète, qui a une maison où il passe l’été. Il est écossais et a la langue facile qui ironise sur tout.

On est retourné au restaurant Almond parce que le mari avait bavardé avec le maître d’hôtel, un homme noir très distingué, le vendredi dernier à propos de la table qu’on nous a donnée au fond du restaurant (qui est assez grand) – le maître d’hôtel lui avait dit bonjour et le mari lui avait demandé si l’on nous avait au fond parce qu’on avait réservé par le site OpenTable ? « Ah, non, non ! » l’homme lui a répondu. « C’est surtout pour répartir un peu les clients, pour ne pas privilégier ou surcharger un serveur. » Il nous a offert, à la fin du repas, des verres de porto, et en sortant, quand on l’a remercié, il nous a donné son nom : Bismarck. Ah ? Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander tout bêtement, « Je sais que ça doit vous embêter de répondre tout le temps à cette question, mais vos parents, à quoi pensaient-ils quand ils vous ont donné le nom de Bismarck ? » Il a souri. « J’avais 11 sœurs et frères. Mes parents ont donné à l’un de mes frères le nom de Napoléon. » « Aaaaaah ! » j’ai dit. « Des fanas de l’histoire européenne. Et bien, pourquoi pas ? » Et l’on s’est dit bon soir et à la prochaine. De toute façon, Bismarck nous a accueillis hier soir avec un flair sympathique et le mari l’a taquiné en remarquant qu’on ne nous avait pas assis cette fois au fond du restaurant. Bismarck n’a dit mot, mais il a fait un énorme sourire. Oui, on sait qu'on a bien de la chance de ne pas habiter en Indiana ou en Arkansas.


Ça recommence...

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lamer.jpgJ'ai failli fredonner l'air de Trenet en me trouvant là


On est allé voir dimanche dernier quelques maisons à louer aux Pins pour l’été à venir. On espère avoir trouvé une maison convenable. La rudesse de cet hiver aurait raffermi, on nous a dit, les loyers demandés pour ces résidences au soleil. Donc on n’a pas pu marchander. (Il faut noter aussi qu’il s’agit dans ce cas des quelques maisons qui correspondent à ce que nous cherchons et qui n’ont pas été déjà louées – et les locations pour la saison suivante commencent aux Pins en mi-août, quand il faut aviser le propriétaire du désir de reprendre la maison pour l’été suivant ou de l’intention de la quitter, et dans ce dernier cas, les agents immobiliers descendent tout de suite pour la montrer à des locataires éventuels. C’est-à-dire que notre choix était déjà assez limité.)

Il a fait très beau là-bas – on attend toujours le dénouement de la vente aux enchères des propriétés de la Fire Island Pines Ventures en janvier pour la somme de 10,1 $ millions – on n’a pas pu passer à la clôture, prévue pour mars, pour des raisons un rien confuses – un soi-disant « mechanic’s lien » ou privilège financier donné par la loi aux constructeurs (et dans ce cas particulier tout possiblement abusif) aurait bloqué la clôture la première fois, mais on parle aussi d’un manque de fonds de la part des acheteurs. On a dit bonjour à l’un des acheteurs « éventuels » dimanche – c’est aujourd’hui, mardi, qu’on attend la clôture de l’affaire. Sinon.. les immeubles qui longent le port pourront être barricadés avec des planches jusqu’à ce qu’on trouve un acheteur. Ça commence bien, n’est-ce pas ? Avec du suspense tout au début !

enattendantletrain.jpgDans la gare de Pennsylvanie, section Chemins de fer de l'Île Longue, à l'heure de pointe de vendredi soir


On est allé passer le week-end dernier chez l’ami producteur sur l’Île Longue – je l’ai rejoint dans la gare de Pennsylvanie où nous avons pris le train pour Ronquonquoma, où l’ami stationne sa voiture et d’où on a poursuivi notre trajet vers le hameau du Havre du Ruisseau et sa maison dans la rue au nom pittoresque du Col de la Cheminée. On a retrouvé les autres, le mari et deux amis, à la gare de Port-Bell, avant d’aller dîner au restaurant charmant Le Bellport. Comme il faisait toujours froid et le paysage restait couvert de neige, on a décidé d’aller remédier aux manques de nos garde-robes printanières aux centres de magasins d’usines Tanger, où le mari et les autres se sont offert pas mal de choses – chemises, chaussures, pantalons – mais où je ne suis pas senti cette année trop tenté.

avisconsternant.jpgAvertissement un rien curieux aux centres de magasins d'usines Tanger


Dimanche on était de nouveau dans la voiture pour aller cette fois au village de Southampton, où l’on a déjeuné à Silvers, l’un des seuls restaurants restés ouverts dans cette période hors-saison, où l’accueil, la cuisine et le service ont tous été exceptionnels (et l’on n’était évidemment pas des clients réguliers). Après le déjeuner, on a fait un tour par le nouvel immeuble du musée d’art Parrish, qui a délaissé son ancien bâtiment au milieu du village pour un nouveau en plein ancien champ de pommes de terre construit par les architectes suisses très à la mode Herzog & de Meuron – vu de l’extérieur, ce nouveau bâtiment a vraiment, à mes yeux, l’air d’être un gigantesque poulailler industriel tel qu’on voit en Géorgie mais à l’intérieur, c’est beau, c’est simple et chic, et ça marche bien pour montrer des tableaux et d’autres œuvres d’art.

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Dans le corridor central du nouveau musée Parrish à Southampton

On est rentré, tout crevé, à New-York par un train à partir de Port-Bell.

Cette semaine les températures frigides ont modéré – on a même atteint un maximum hier de 15° et la plupart de la neige dans les rues et sur les trottoirs a fondu. Est-ce le printemps enfin ? Je n’ose l’espérer.



Ah, je t'en prie !

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encoredelaneige.jpgEn route vers la salle de sport

C’est beau, au moins au début, mais assez vite cela devient lassant.

Chantons sous la pluie

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guichetstktsenneiges.jpgLes guichets TKTS dans la place du Temps sous une neige mouillée


Ça a recommencé vers 15 heures, la neige, mais malgré le temps le mari a voulu maintenir son projet de théâtre. Je me suis rendu donc aux guichets TKTS à l’heure convenue, c’est-à-dire à 18 h 30 pour les levers de rideau prévus chez la plupart des spectacles de Broadway les mardis pour 19 heures (pour encourager les gens de la banlieue de venir voir une pièce). Le mari, lui, a eu du mal dans le métro – des retards habituels – et il m’a texté d’acheter n’importe quoi. J’ai essayé d’avoir des billets pour la pièce The Audience, tout juste arrivée de Londres avec l’excellente Helen Mirren en vedette, mais il n’y avait que des places « à vue obstruée ». Le mari arrivé, on a essayé ensuite d’avoir des places pour Constellations, une nouvelle pièce avec Jake Gyllenhaal en vedette, mais il n’en restait qu’une seule. On a finalement acheté des places pour It’s Only A Play, comédie « modernisée » de Terrence McNally, avec notre voisin Matthew Broderick (en l'occurrence le mari de l'actrice Sara Jessica Parker) qui habite à deux pas de chez nous et avec Stockard Channing. Bon, ce n’est pas du Shakespeare, ni du Molière. C’est plein de bons mots mesquins et spirituels (si sans grande méchanceté) sur les people du jour – les sœurs Kardashian, Ellen DeGeneres, Harvey Fierstein et ainsi de suite. Mme Channing était supérieure dans un rôle bouffon. Deux des grandes vedettes qui avaient joué dans la pièce en automne sont déjà parties – le comique Nathan Lane et la comique Megan Mullally – et la pièce a grand besoin de leurs énergies maniaques pour combler les plaisanteries somme toute pas toujours follement drôles.

theatrejacobsexterieur.jpgDevant le théâtre Bernard Jacobs dans la 45e rue ouest

Aujourd’hui il pleut, mais il fait 8° – le sale temps recommence ce soir, avec l’arrivée d’une bande de neige, de glace et de vent qui est censée nous empester la vie jusqu’à jeudi soir. Ouf !


rueperryenneigee.jpgDans la rue Perry vers 14 h 30


Ça recommence ! Les premiers flocons ont commencé à tomber juste après midi, quand j’allais à la salle de sport pour faire mes exercices pour les muscles abdominaux (ce qu’on appelle ici le « core work » ou tout simplement faire du « core », mot dérivé du français « cœur ») et ensuite les 40 minutes de « cardio » que mon précepteur m’a données en tant que devoirs à faire tout seul. Quand j’en suis sorti, l’employé latino du restaurant d’à côté jetait du sel sur le trottoir. « Encore » je lui ai remarqué et il m’a souri en répondant avec résignation, « Ouais, encore. »

laplaceduherautenneigee.jpg Dans la place du Héraut


De retour à la maison, j’y ai retrouvé le mari, qui a été obligé de passer très tôt au bureau pour régler une situation un peu bébête entre sa boîte et un client important, qui sont à présent en pleine discussion contractuelle, qui serait à l’origine de cette histoire. On avait pensé d’abord passer voir l’expo Gay au parc d’exposition Jacob Javits mais finalement, le temps nous a convaincus d’aller tout simplement au magasin Uniqlo dans la 34e rue ouest, où le mari voulait s’acheter quelques chemises ajustées nouvelles pas chères. On a pris le métro, qui avait des retards inexpliqués.

Après Uniqlo, on s’est rendu à H & M, tout proche, où j’ai été séduit par une combinaison chemise à carreaux et t-shirt montée sur un cintre. On a continué notre progression à travers le rez-de-chaussée de Macys, rempli de Français et de Françaises parmi les foules de clients (le shopping du dimanche étant très populaire ici), jusqu’au magasin canadien Joe Fresh, où il n’y avait rien de trop intéressant.



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