Hier soir on a signé le contrat pour le spectacle que le chanteur colombien donnera cet été aux Pins, sur l’Île de Feu. On nous avait convoqués, le chanteur et moi, pour 7 heures du soir dans un appartement dans l’un de ces énormes gratte-ciel résidentiels qui ont poussé depuis quelques années au bout occidental de la 42e rue ouest.


boxersHK.jpgLe bar Boxers dans la Cuisine de l'Enfer, avec sa terrasse au 1er, ouvert depuis quelques jours seulement, tout comme...

terrasseAigleNYC.jpg...la terrasse de l'Aigle, dans le Chelsea, ouvert pour la première fois cette saison, dimanche dernier, pour profiter du beau temps enfin arrivé


On s’était donné un rendez-vous à 18 heures au bar Boxers à l’angle de la 9e avenue et la 50e rue ouest, où il y a une terrasse ouverte au 1er étage qu’on ouvre au public quand il fait beau. Comme il nous arrive trop souvent, j’étais plus ou moins à l’heure et lui était en retard de « dix minutes ». Je l’attendais devant le bar, sur le trottoir, où je regardais passer ce monde assez baroque qui se presse dans les rues du quartier, où se côtoient les touristes égarés qui cherchent à retrouver leurs hôtels, les jeunes homos aux jeans moulants et aux coiffures proprement sculpturales, les livreurs hispaniques à bicyclette, les cadres en costume qui rentrent chez eux, et les étrangers, comme moi.

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Vue du trottoir dans la 9e avenue à l'angle de la 50e rue ouest

Sur la terrasse du 1er, on a essayé de reproduire l’ambiance sexy des Pins en obligeant les barmen et les serveurs à travailler torse nu, ce qui a pu attirer la clientèle, mais qui, ce nonobstant, ne les a pas rendus plus efficaces dans l’exécution de leur boulot.


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La tour dans laquelle on avait notre rendez-vous

En arrivant dans le hall de l’immeuble où allait avoir lieu notre réunion, le concierge nous a informés que nous devions passer au Sky Lounge (désignation qui sent l’élégance aéroportuaire, c’est vrai), une sorte de salon ouvert aux résidents et qui se trouvait en haut de l’immeuble.

Là, sur un mobilier ersatz représentant les grands ébénistes modernes (Mies van der Rohe, Eero Saarinen), autour d’une table basse en verre, on a revu le contrat, spécifié les détails appropriés, et finalement le chanteur a signé. L’un des deux représentants de l’organisation productrice venait de faire enlever les pansements pour le lifting qu’il avait subi – le chanteur a eu le bon sens de s’exclamer vivement sur le grand succès de l’opération tandis que moi, je ne voyais absolument rien de changé autour de ses yeux toujours cernés d’italo-américain néo-jersiais d’un certain âge. Ah, omnia vanitas, n'est-ce pas ?!

L’autre type, un jeune Brésilien qui, pour son travail, semble noter des services de voyage de luxe pour une clientèle privée, ce qu’il fait qu’il serait constamment en voyage entre le Brésil, Miami et New-York. J’ai bien l’impression qu’il ne pourrait pas discuter Proust ou Foucault, mais son grand charme et son esprit fin vous feraient vite oublier ces quelques lacunes dans son éducation traditionnelle. De toute façon, lui aussi avait subi un « traitement » esthétique non spécifié (il s’agissait, je crois, d’une sorte de liposuccion) effectué au bas-ventre où, après quoi, il a connu une éruption cutanée pénible au milieu de ses poils pubiens. Éruption qu’il nous a montrée, en baissant son pantalon et puis son caleçon pour nous la faire voir. Ici Je noterai qu’en l’occurrence l’éruption m’a moins surpris que la couleur rousse de ses poils pubiens.

La réunion terminée, on a fait un tour sur les terrasses du Sky Lounge, qui offrent, sans aucun doute, des perspectives extraordinaires sur Manhattan-by-night.


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Ça brille !

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Le long du Côté ouest vers le bout de l'île de Manhattan et le Centre financier


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Et les quais au nord, avec le yacht illuminé d'un oligarque quelconque

Le mari travaille en ce moment comme un fou pour un client coiffeur (français) qui emménage d’un salon de coiffure pour dames correct dans l’avenue Madison à un étage entier dans un hôtel de luxe dans l’avenue du Parc – du coup son affaire passe de 20 à 60 coiffeurs. Le mari est resté au chantier 12 heures hier et il y est reparti tôt ce matin pour être à disposition de les dépanner en cas de problèmes informatiques éventuels pendant le vernissage.

N’étant pas religieux, on pense essayer de profiter de la religiosité des autres pendant la fête de Pâque pour aller voir la nouvelle pièce d’Harvey Fierstein, Casa Valentina. En tant que ville juive par excellence, New-York se vide pendant les fêtes de Rosh Hashanah, de Yom Kippour et de Pessah, ce qui peut faciliter aux non-croyants (comme nous, et l’ami galeriste qui nous accompagne) de trouver des places pour les spectacles et dans les restaurants les plus populaires.


Soirées en ville

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tourmilliardaire.jpgLa nouvelle tour pour milliardaires cosmopolites qui s'élève dans la 57e rue ouest


tourtrump.jpgLe haut de la tour Trump – anciennement la tour Gulf & Western

On nous avait été invités à assister hier soir à une avant-première de la nouvelle pièce Act One au théâtre Beaumont dans le centre Lincoln par un grand ami du directeur artistique du théâtre, ce qui nous a valu des sièges dits « de la maison », parmi les meilleurs dans la salle, qu’on offre aux producteurs (et à leurs amis), aux artistes selon les contrats signés, et à des vedettes et à des célébrités (pour des fins publicitaires). Malheureusement, la pièce, basée sur l’autobiographie du même nom de l’écrivain de théâtre américain Moss Hart (1904-1961), ne m’a pas captivé. J’avais lu le livre il y a des années et l’histoire qu’il y raconte a du charme, même si elle n’a, à nos esprits devenus un brin cyniques à propos de la vérité réelle de ce genre littéraire, rien d’étonnant – jeune immigré pauvre (juif, dans ce cas particulier) qui travaille dur et peu à peu réussit et devient alors la vedette qu’on connaît. C’est une sorte d’hagiographie tout à fait banale.

pylonestimewarner.jpgLes tours-pylônes du Centre Time-Warner, société qui vient d'être achetée par la Comcast


corridordebroadway.jpgJe remonte le corridor de Broadway vers le centre Lincoln


Mais dans le cas de la vie de M. Hart, il y a quelques pépins. Marié à l’actrice Kitty Carlisle Hart, qui lui a donné deux enfants, Hart, selon son biographe Steven Bach, avait aussi eu des affaires homosexuelles et à La Cerisaie on vous montrera une petite maison très basse au bord de la mer, épargnée par l’ouragan meurtrier de 1938 (qui n’avait pas de nom), où, selon la rumeur, existe un piano que Moss Hart lui-même avait joué pendant ses fréquents séjours dans cet asile pour « sensibles ». Mais de cela, il n’en est pas question du tout dans la pièce, qui semble surtout une version nettoyée et autorisée par la famille.

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Une autre tour de milliardaires qui a une adresse sur l'avenue du Parc Central Ouest


partiechictourdesmilliardaires.jpgEt la partie plus chic, qui donne sur le Parc Central, du même « complexe »

Cela plaira sans doute à un certain public – hétéro, âgé, résistant à la révélation de toute « vérité » désagréable qui nuirait en aucune manière à la réputation de l’un d’eux, cet homme à succès, époux et père de famille. Je me demande comment la critique new-yorkaise, surtout celle du Times, va traiter cette version si choisie de la vérité.

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Dans le restaurant PJ Clarke en face du centre Lincoln

On a dîné avant le spectacle dans une sorte de taverne irlandaise au nom de PJ Clarke – bourrée de monde à cette heure-là. On a eu un drôle de serveur, éminemment new-yorkais : acteur, amateur de théâtre, pédé, snob anti-télé (tout comme notre ami). On a discuté avec lui de la comédie musicale Hedwig and The Angry Inch (Edwige et le pouce furieux, et, oui, ça fait très bizarre en anglais aussi) qu’on remonte à Broadway avec en vedette l’acteur super-populaire Neil Patrick Harris et qu’on va voir la semaine prochaine, tout comme lui.

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La nouvelle fac de droit de l'université Fordham (je crois)

Ce soir on est allé prendre un apéro chez l’amie ex-éditrice, qui avait convoqué chez elle toute une ménagerie de connaissances, euh, disons hétéroclites. Il y avait même une drôle de femme à pédés, veuve élégante, qui, s’adressant à moi et au mari à côté de moi, exprimait son regret pour l’époque où les hommes homos « adorables » restaient célibataires et donc disponibles pour faire d’agréables mariages blancs entre amis cultivés. Il y avait aussi une directrice de (petit) musée qui, à une remarque sur une longue nécrologie récente parue sur la une du Times d’une mécène de son musée, a répondu « Elle a dû la rédiger elle-même avant de mourir. » Des hors-d’œuvre exécrables, des serveuses trouvées on ne sait pas trop où qui avaient du mal à remplir un verre de vin. On s’est pourtant assez bien amusé dans cet énorme appartement plutôt mal fichu qui représente une sorte de New-York honnête, aisé mais non pas milliardaire, bien éduqué et poli, en voie de disparition.


Quelques photos

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Une tour de Gotham City dans le brouillard de vendredi dernier


pimlicodanslacuisineenfer.jpgUne façade en blanc dans la 53e rue ouest qui suggère (un peu) le quartier de Pimlico à Londres


peinturepublicitaire.jpgOn peint un tableau publicitaire sur le flanc de cet immeuble dans le Village


parcdelaplaceWashington2014.jpgLe parc de la place Washington par une première belle journée de printemps dimanche dernier – l'arc de Washington et au fond la Cinquième avenue

Sens et sentiment

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J’étais en train de lire un billet chez Towleroad au sujet assez diviseur d’« icônes gays ». Dans celui-ci, il était question d’Idina Menzel, actrice et chanteuse connue d’abord pour son rôle dans la comédie musicale Rent (basée sur La Bohème) et ensuite pour son rôle d’Elphaba, le prénom donné à la célèbre Sorcière méchante de l’Ouest du livre et surtout du film Le Sorcier d’Oz.


aubarlebainaustandard.jpgAu bar Le Bain, au 18e étage de l'Hôtel Standard, où l'on est allé cet après-midi écouter la musique de Lina, de retour de Londres et de Paris pour l'été sur l'Île de Feu


Je suis allé voir Wicked (jeu de mots sur les deux sens opposés de l’adjectif « wicked » qui, dans son sens habituel, veut dire « méchant » ou « inique » et puis dans son sens argotique déjà un peu vieilli, le contraire, c’est-à-dire, « génial » ou « super ») il y a des années, avec des amis français qui avaient grand envie de la voir. On l’avait vue avec les deux vedettes originelles, Kristin Chenoweth comme Glinda et Mlle Menzel comme sa sœur Elphaba, et à vrai dire, le spectacle ne m’a pas trop impressionné – la musique est plutôt médiocre (je n’ai jamais trop aimé le compositeur Stephen Schwartz) et les paroles et les rimes sont trop souvent d'une banalité tout à fait pénible.

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Vue impressionnante des jetées dans le Hudson à partir du bar

De retour aux Pins il y a quelques années après plus d'une décennie chez les « normaux », je me suis amusé, certains dimanches soirs, à passer au restaurant La Baleine bleue au bord du port pour regarder les vidéos joués par le VJ Tony Built, un grand musclé aux sensibilités drôlement ironiques qui aimait contraster des clips de Sarah Palin en campagne électorale aux clips de Barbra Streisand dans Funny Girl. Et c’était un des ces soirs d’été, vers minuit, quand j’ai vu pour la première fois, la vidéo d’Idina Menzel, celle-ci enregistrée aux prix Tony, qui chantait Defying Gravity, la chanson de finale du premier acte de Wicked dont, à vrai dire, je ne m’en souvenais rien du tout.

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C'est un peu Les Pins à Manhattan

Mon ignorance n’était pas partagée – en fait, la plupart des gens dans la salle, et surtout les plus jeunes, connaissaient tous les paroles de cette chanson. Ils la chantaient tous, avec une sorte de délire commun :

« So if you care to find me
Look to the Western sky!
As someone told me lately
Everyone deserves the chance to fly
And if I'm flying solo
At least I'm flying free
To those who ground me
Take a message back from me!

Tell them how I am defying gravity
I'm flying high, defying gravity
And soon I'll match them in renown
And nobody in all of Oz
No Wizard that there is or was
Is ever gonna bring me down!!
»

Ils la chantaient comme s’il s’agissait non pas d’un simple numéro qui clôt une scène mais d’un hymne sacré à la libération personnelle où l’on faisait face bravement à un monde qui les avait rejetés. Difficile à ne pas répondre à l’image de ce beau jeune homme, serveur dans le restaurant, qui, saoul et fatigué à la fin d’une longue journée de travail, sort de la cuisine, un sale balai entre les jambes nues, qui chantait ces paroles devant l’écran, ayant l’air d’être saisi en tout son corps de cette manie divine connue des anciens, où le vrai naît de ces furies spirituelles. Et à cet instant-là, je comprends et je m’y adhère sans hésiter. Voici un moment où le sens peut manquer, mais le sentiment suffira à faire comprendre. Et pour un moment sublime, j'ai moi aussi partagé cette bête envie de braver la gravité. Et pour cela, je suis infiniment reconnaissant au jeune homme qui me l'a révélé, ainsi qu'à la chanson qui l'aurait incité.


Légendes vivantes

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Comment ne pas apprécier ces nouveaux films « sword-and-sandal » ?

Tout comme ma mère avant moi, et déjà depuis quelques années, j’ai mon rendez-vous hebdomadaire chez le coiffeur le vendredi après-midi. Mon coiffeur, qui s’appelle Alex, est un immigré juif d’origine russe qui a quitté le Kazakhstan pour Israël à l’âge de 18 ans afin de ne pas être enrôlé dans l’armée. En Israël, pourtant, on l’a vite enrôlé dans l’armée israélienne, où il a appris à piloter des avions de chasse. Mais en fin de compte il n’a pas trouvé la vie en Israël à son goût, et avec son père, sa mère (tous les deux pourtant divorcés) et son frère (sa sœur est restée en Israël), il a émigré aux États-Unis, où il s’est fait coiffeur pour hommes. Il y a trois ans il a ouvert le petit salon de coiffure pour hommes au coin de la 7e avenue et de la rue Charles.

Quand je me trouve dans le salon, on regarde, sur des écrans posés devant chaque siège, ou des émissions télé ou des films qui viennent de sortir dans les salles qu’il pique chez des sites russes. Lui, Alex, il aime surtout la science-fiction et ces comédies débiles du genre confectionné par le comédien Adam Sandler. Il ne veut surtout rien de dramatique ou de trop intellectuel, ce que je comprends.

Hier, quand je suis entré dans le petit salon, je me suis trouvé devant une paire d’hommes haredim, l’un dans sa quarantaine et l’autre un jeune roux d’à peine 20 ans, qui étaient en train de couvrir Alex d’un châle blanc (le tallith) et de lui passer la petite boîte en cuir qui s’appelle le phylactère et qui contient des versets de la Torah par le front et par le bras. On a ensuite récité quelques prières. L’homme âgé est ensuite passé aux autres coiffeurs, qui ont tous refusé de participer, tout en lui offrant des billets pliés.

Pendant tout cela, on passait aux écrans un film nouveau qui s’appelle La Légende d’Hercule, dont la vedette est Kellan Lutz, beau et baraqué comme il le faut. D’après la critique, le film serait une daube catégorique mais on y voit pas mal de muscles gros et luisants et il y a même une scène qui se déroule au bord d’un lac où l’on voit que les seins d’Hercule sont au moins trois fois plus amples que ceux de la princesse crétoise, ce qui a fait rire tous les coiffeurs et moi-même (scène qu'on voit dans la bande-annonce pour un trop bref instant). On y papotait de Zeus et d’Aphrodite et d’autres divinités grecques, en même temps qu’on priait, à moins d’un mètre, à Yahvé, cet autre dieu de la Méditerranée, et je n’ai pas pus me garder de réfléchir que si j’allais croire en des dieux, je préférerais de loin des dieux sexy à ce dieu qui gronde sans cesse, toujours mécontent pour une raison ou une autre. Une adoration d'Hercule quelconque ne me gênerait point, je l'admets, et cela pourrait aussir servir à motiver mes séances de musuc, en plus !

Et tandis qu’on prisait, le jeune haredi roux restait à côté de moi, tout à fait fixé par ce qu’il voyait sur l’écran. Deux fois, l’autre haredi a tiré sur la veste noire de son jeune compagnon pour lui faire détourner son attention du film, mais rien à faire – le jeune était comme soudé au plancher, les yeux exorbités, à suivre les intrigues divines et humaines auxquelles on se livrait avec plein d’émotion si avec peu de tenue, et heureusement ! Les prières terminées, on a dû le pousser dehors pour le faire quitter le salon.

C’était bien le choc des cultures et des croyances humaines qui se poursuivait toujours dans ce petit salon de coiffure pour hommes dans ce coin du Village dans cette ville du Nouveau Monde sur cette planète désespérante.

parcdelaplacewashingtonenhiver.jpgToujours pas une trace de vert dans le parc de la place Washington


Au mépris du calendrier, l’hiver perdure ici, avec seulement quelques brefs moments de douceur météo. Ce qui rend un peu dingues les autochtones.

Le mari a de nouveau un boulot qui l’oblige à se lever tôt et à rentrer à l’appartement en début de soirée. Il grognonne par instinct, mais en réalité cela l’amuse de passer sa journée parmi des amis (ses deux anciens employés, qui l’adorent, travaillent pour la boîte) et à faire plaisir à des clients, les anciens (qui l’adorent et auxquels il manquait), et les nouveaux, ravis de son efficacité et de sa bonne humeur, traits qui les surprennent. 


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C'est de plus en plus le bordel dans la salle de muscu, où les « gentils membres » ne daignent plus ranger leurs haltères – à croire qu'ils ont tous été élevés dans des maisons remplies de domestiques ;-)


Pour moi, je persiste à taper un peu de ceci et de cela, tout en passant à la salle de muscu afin de tourmenter, tel un chrétien flagellant du XIIIe ou un musulman chi’ite déplorant le massacre de l’imam Hossein en effectuant le zanjir, cette piteuse enveloppe corporelle. On vient de recevoir un contrat d’engagement pour le chanteur colombien pour un spectacle qui aura lieu cet été aux Pins – on en discutera les détails ce soir et il va falloir faire de photos de l’artiste pour la pub, y compris des affiches et des cartes postales à distribuer. C’est là, précisément, où il faut être délicat – l’artiste a presque toujours une image de lui-même à laquelle il tient et cette image-là n’est pas toujours celle que chercheraient les producteurs de spectacles. L’amour-propre de l’artiste, en général très susceptible, peut s’opposer aux buts commerciaux des producteurs et il faut trouver un moyen de plaire à tout le monde.

De toute façon, on lui verse une rémunération raisonnable, on lui paie le transport aller-retour de Manhattan d’un entourage de cinq personnes (celliste, guitariste, ingénieur de son, et chanteuse accompagnatrice), un logement pour une nuit pour lui et une autre personne, un repas, etc. En fait, on logera au moins deux des musiciens chez nous, dans la petite chambre d’invités qu’on a dans notre maison louée, et on s’arrangera à trouver des lits pour les autres chez des amis riches à lui qui ont de belles maisons luxueuses là-bas. Le concert terminé, on fera un tour triomphal aux thés divers avant de renter chez nous pour un grand dîner sans doute très arrosé de grillade en plein air avec les amis et les producteurs.

On est allé, le mari et moi, à la dernière des « fêtes noires » qui aura eu lieu à la salle de danse célèbre Roseland, destinée à être rasée après les spectacles de Lady Gaga cette fin de semaine et la suivante pour être remplacée par, on dit, une nouvelle tour immobilière.

La « Black Party », c’est un peu le carnaval gay à New-York. En principe vouée à cette partie du monde homo qui s’amuse à s’habiller en vêtements de cuir, la soirée est devenue depuis plusieurs années déjà un « circuit party » parmi les autres qui ont lieu pendant l'année, par exemple, à Miami, à Montréal, à Palm Springs et aux Pins, où l’on voit les mêmes gens musclés, tatoués, défoncés qui bougent sur une musique dite tribale où figure une ligne de basse prédominante sans jamais de paroles. C’est sexy mais n’a rien de trop surprenant.

J’ai traité cette soirée comme une longue séance de cardio – et en fait, j’ai perdu 2 kilos, vite regagnés sans doute après avoir avalé deux bouteilles d’eau de retour chez nous à 7 heures du matin. Hé oui, je m’y suis amusé. Le mari aussi. On a vu pas mal d’amis (dont la présence de certains nous a surpris hi hi) et des escadres de beaux jeunes gens plus ou moins déshabillés, ce qui fait toujours du bien.


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C'est ici, dans la grande salle des Anthology Film Archives dans la 2e avenue, où l'on a vu le film « The Bitter Tea of General Yen » (ou en français La Grande Muraille), film de 1932/3 basé sur le roman du même titre écrit par la mère de l'amie écrivain, avec la très jeune vedette Barbara Stanwyck – l'amie écrivain m'avait raconté le moment où elle avait, avec sa mère, été présentée à la vedette pendant le tournage du film en Californie. Le film est beaucoup plus cynique et fort que je n'avais attendu.

Singerie XXIe siècle

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Encore un amateur du patrimoine ému !

À la campagne

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Mes amis chinois continuent à m’assaillir de commentaires aussi longs que divers, dont les sujets soulevés passent aisément de traitements pour l’herpès aux soldes de sacs Michael Kors. Parmi mes gentils spammeurs de l’Empire du Milieu, qui je plains de tout mon cœur (bon, ce n’est pas particulièrement spacieux, mon cœur, j’y conviens, mais tout de même…) de devoir passer chez moi et d’y coller ces longs commentaires extravagants que certainement, à part la récitation de noms de marques de luxe célèbres, leurs sens leur échappent, avant de devoir déchiffrer et de retaper les chiffres indiqués par le captcha. Quelle barbe ! Qu’on les paie au moins assez pour ce travail assommant !

Mais un récent commentaire m’a posé un problème plus épineux – il s’agissait d’un commentaire laissé en français correct par un francophone qui faisait pourtant de la pub pour une e-cigarette ou une clope à vapeur. On peut supposer que le commentateur avait lu le billet qu’il avait commenté et il n’y avait aucune pub dans le texte de son commentaire, sauf son nom, qui était la marque de l’e-cigarette et le lien vers le site de ce produit. Est-ce alors vraiment du spam ? C’est-à-dire, du spam pur et dur, ou s’agit-il plutôt d’un commentaire sans intérêt particulier mais admissible qui profiterait en même temps du blogue pour faire un petit coup de pub ? Je ne l’ai pas viré au premier abord, mais ce matin, en faisant le ménage, j’ai décidé de le supprimer. Est-ce que j’ai eu raison ? Ou pas ?

La mort récente, à deux pas d’ici, de l’acteur Philip Seymour Hoffman à cause, on dit, d’une overdose d’héroïne, continue à avoir des répercussions quelque peu surprenantes.

On a d’abord appris son vœu « formel », exprimé dans son testament, que son fils (il avait finalement trois enfants au total, mais il n’a pas refait son testament), Cooper, soit élevé dans l’une des ces trois villes : New-York (et plus spécifiquement, dans ou près de l’arrondissement de Manhattan), Chicago, ou San-Francisco, ou, au cas où le tuteur ne pourrait pas habiter dans l’une de ces trois villes, qu’il ferait en sorte que son fils visiterait ces villes au moins deux fois par an pendant toute la tutelle. En plus de la spécificité un peu curieuse de cette stipulation, on a aussi rigolé de l’absence du nouvel arrondissement branché de Brooklyn (oh ! ils ont gueulé !) et celle de Los-Angeles, le centre de l’industrie qui lui aurait fait gagner une fortune qui s’élèverait à environ 35 millions de dollars, dont il aurait léguée la grande partie à sa compagne et mère de ses trois enfants (et qui, quelques mois avant son overdose, l’avait fait quitter, pour des raisons de comportements difficiles dûs à sa toxicomanie, l’appartement familial qui se trouvait à quelques pas seulement de l’appartement qu’il a loué ensuite dans la rue de Béthune et où il est mort).


Aparté presque – mais pas tout à fait quand même – hors de propos :

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Le panneau indicateur dans le métro

Le mari vient de quitter l’appart pour se rendre par train à l’aéroport J F Kennedy où il prendra l’avion de 11 h 29 à destination de « La ville non citée » de l’autre côté du continent. Il y va pour vérifier que tout va bien avec son père, qu’on a dû transférer à la section « Perte de mémoire » de la maison de retraite où il habite depuis environ un an, à la suite d’un incident d’évacuation d’urine en public (bon, il a fait pipi dans le bassin d’une fontaine décorative dans le complexe, comportement, hélas, tout à fait typique en ce qui le concerne, mais la bonne sœur qui l’aurait découvert en train de polluer l’environnement de cette façon s’est trompée en croyant qu’il s’agissait d’un indice de démence certain et non pas, comme il l’était en fait, une vielle habitude issue de toute une vie gâtée, égoïste et suprêmement indifférente à l’opinion des autres).

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Vue du parking enneigé (oui, de nouveau) prise à partir du quai de l'Airtrain à la gare de Jamaïque dans le Queens – le mari a pris le métro de la ligne A pour aller à la gare de Jamaïque, d'où il a fait la correspondance pour l'Airtrain qui l'a emmené à l'aéroport J F Kennedy – ça a pris 1 heure et quart de route

Il y va aussi pour faire preuve d’un certain soutien moral à sa sœur (qui est adorable, mais timide) qui, parce qu’elle est la plus proche des enfants et aussi parce que le père se soumet beaucoup plus facilement à ce que lui proposent des femmes (comme la mère du mari et la belle-mère, toutes les deux mortes) qu’à des hommes, contre qui il s’insurge par pur orgueil mâle, doit s’occuper de lui en tant que tutrice légale. Il a promis de m’envoyer un SMS lors de son atterrissage à LAX.

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Aux portes d'embarquements à Kennedy


La seconde répercussion de la mort de l’acteur serait l’accord annoncé dans le Times ce matin d’une somme de dommages et intérêts accordés à un certain David Bar Katz, écrivain dramatique, scénariste et grand ami du défunt, par le grand journal à scandale le National Enquirer qui aurait publié un article dans lequel on le nommait l’amant gay secret de l’acteur. Or, tout comme M. Hoffman (il faut absolument voir son Truman Capote extraordinaire), M. Katz se foutait de l’allégation fausse d’être homo (« The issue was never me being outraged at being accused of being gay — we’re theater guys, who cares? »), mais il n’était pas du tout content d’être accusé d’avoir trahi la confiance de son ami, et pour cela il a porté plainte contre le journal hebdomadaire qu’on trouve surtout aux caisses des supermarchés et des épiceries.

On n’a pas précisé de chiffre, mais la somme a dû être suffisante (aux environs de 1,5 million, si l’on suppose un rendement plutôt circonspect de 3 %) pour d’abord fonder la Fondation américaine pour la dramaturgie, dont le but sera de décerner un prix annuel à une pièce jamais montée (et donc à son auteur) qui sera sélectionnée par un comité d’auteurs dramatiques, et ensuite pour doter le prix d’un montant de 45 000 dollars, afin de pouvoir « s’acquitter du loyer et se payer un steak de temps en temps ».

Militant bobo que je suis, j’applaudis l’action de M. Bar Katz et j’approuve aussi le choix des villes américaines dignes de résidence par la progéniture de M. Hoffman, auquel j’ajouterais sans hésiter Paris et Londres, et peut-être Berlin. Et non, ça n’a évidemment rien d’original.

Fashion

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Voici un précis, foncièrement subjectif, matériellement superficiel et intellectuellement allégé, voire maigre, que je viens d'établir selon des critères parmi les moins raisonnables, de choses que j'aime, de choses que je n n’aime pas, et de choses que je n’a pas encore mises de façon définitive dans l’une ou l’autre des deux catégories précédentes.


In

Le calme à Kiev (pourvu que ça dure)

Les beaux cellistes croates (Stjepan Hauser et Luka Sulic) du groupe 2Cellos (vidéo assez marrante d’un concert très XVIIIe siècle ici)

Les bergers australiens – le chien qu’on aimerait avoir, le mari et moi, si le propriétaire permettait encore aux locataires dans notre immeuble d’avoir des « animaux de compagnie » (et d’après les règlements de la ville, les chats ne comptent pas comme animaux de compagnie, parce qu’on ne les rencontrera pas – en principe – dans les couloirs).

Le défilé de la Saint-Patrick « pour tous » à Queens, dimanche, où il y aura, parmi tout un bouquet d’homme et de femmes politiques, le maire de New-York, M. de Blasio, et la drag queen irlandaise Panti Bliss (Rory O’Neil), devenu célèbre pour son discours émouvant sur l’homophobie prononcé le 2 février à partir de la scène de l’Abbey Theatre (le théâtre national irlandais) à Dublin et qui a connu ensuite un succès viral extraordinaire

L’humour évident dans les cérémonies de clôture des JO de Sotchi, où l’on a rappelé le « malfonctionnement » qui s’était produit dans l’éclosion correcte de l’un des cinq anneaux olympiques dans le grand spectacle organisé pour ouvrir ces Jeux d’hiver

Out

Cet hiver dans le nord-est des États-Unis – trop long, trop de neige

Le projet de loi en faveur de la discrimination contre les homos voté par les deux chambres en Arizona et remis tout récemment à la Gouverneure pour signature (ou son véto ou son inaction totale, par laquelle la loi est adoptée après un certain délai)

La censure Internet en Turquie

Facebook, et ça depuis le début (ou presque)

Le défilé « traditionnel » de la Saint-Patrick à Manhattan, qui aura lieu le lundi 17 mars, quand des masses d’écoliers et d’élèves des écoles catholiques de la métropole (toutes fermées pour la fête), des compagnies de flics et de pompiers en tenue d’apparat (métiers municipaux pendant très longtemps dominés à New-York par des gens d’origine irlandaise) qui descendront la 5e avenue, ainsi que des foules d’autres membres de guildes de métiers en déclin rapide, tous applaudis par des gens sur le trottoir qui ont peur de l’avenir et qui aiment exprimer leur anxiété sociale petite-bourgeoise en blâmant les nègres, les « libéraux », les féministes, les homos, les Mexicains, pour ne nommer que ceux-là, pour tout ce qu’ils s’opposent dans la société américaine actuelle.

L’acte signé hier à Kampala par le président ougandais Museveni contre les homos (une peine de prison de 7 ans pour « délit d’homosexualité » et une condamnation à perpétuité pour le crime d’« homosexualité aggravée »)

La suppression de l’opposition en Égypte par le gouvernement militaire (et c’est trop bête de toujours traiter de « terroriste » toute personne opposée à une politique particulière ou à un individu au pouvoir, car finalement tout le monde se rendra compte un jour de la nullité débile de l’accusation et à ce moment-là l’on ne vous prend plus au sérieux)


On verra

Twitter – j'ai toujours des doutes*

La situation politique au Vénézuéla – M. Maduro n'est pas aussi malin que l'était M. Chávez, et c'est dommage

Antony and the Johnsons, groupe musical dont je viens de prendre conscience – le côté bohème branché, implacable et un rien condescendant, me rebute assez, je l’admets, mais la voix d'Antony est extraordinaire (c’est le chanteur colombien qui me l’a fait écouter pour la première fois dimanche soir et il l’adore), comme on se rend compte dans ces vidéos ici et ici (il y en a beaucoup d’autres chez YouTube)


Mise à jour:

* Cette photo d'une « explication » manuscrite (ô horreur !) de comment se servir de certains des médias sociaux les plus populaires en utilisant comme exemple le fait de manger un doughnut (ou donut) – ce fameux beignet avec un trou au milieu – et de le faire savoir à travers de diverses plate-formes informatiques, d'une façon, comme vous verrez, assez drôle.

mediassociauxexpliques.jpg

Je l'ai piquée, cette photo, chez JimRomanesko.

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  • Édouard : Hi hi, je connais l'immeuble – j'ai même travaillé là-dedans. lire la suite
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