Bienvenue au Royaume des Aveugles. Ne vous inquiétez pas, vous ne trouverez ici aucun Roi borgne pour vous montrer un supposé bon chemin - non, non, non, ici (pour changer de métaphore) on est tous dans le même bateau, quoi qu'imaginent, j'en suis convaincu, certains. Mais comme ça, sans capitaine, dépourvu de mappemonde et de sextant, sans abris sûrs ou destinations rassurantes, on voguera au hasard du flot et du vent sous de belles étoiles froides d'indifférence. Bon, en route !
Comme tout le monde - ce qui veut mon petit cercle d'amis et de connaissances - je suis surtout soulagé par l'élection de M. Obama comme prochain président du pays. Je n'ai pas vraiment pu saisir l'énormité terrible d'une victoire éventuelle de la liste McCain-Palin - un ami plutôt libertaire qui déteste tous les politiciens m'a dit dans un mail à propos de Mme Palin : « she's Bush in drag and represents about 82% of what annoys me in life all in one place. » (La spécificité du 82 % m'a fait sourire.) Non, je suis surtout heureux que mon pays se soit enfin débarrassé du personnage honteux et méprisable qu'est George W. Bush.
Barack Obama mérite sa victoire électorale parce qu'il était, sans doute, le meilleur des deux candidats par presque tous les critères (âge, intelligence, éducation, vie privée) mais il y a des foules de candidats jeunes, intelligents, bien éduqués, aux mœurs pas trop dégueu. Non, l'important pour moi dans l'élection d'Obama est le fait qu'on a élu un « noir » chez nous, et là, il s'agit tout simplement d'un changement de générations. Ce sont les jeunes (et les moins jeunes, comme moi) qui se sont habitués, à partir des premiers épisodes de Star Trek avec la lieutenante Uhuru, à voir au cinéma et sur la télé des présidents ou des hommes noirs au pouvoir (je pense au président Lindberg dans le Cinquième élément - un film français, je sais - et au président Tom Beck, joué par Morgan Freeman, dans Deep Impact, et aussi au capitaine de vaisseau Benjamin Sisko dans la série Star Trek de Deep Space Nine.) Pour eux, cela n'avait rien de choquant, ni d'inhabituel. Et quand vous voyez la différence entre un Obama et un McCain, l'intensité relative du « bronzage », pour reprendre le mot d'esprit du premier ministre italien, devient peu de chose. Et cela, c'est une bonne chose.
Mardi dernier on a commencé à hurler dans les rues à partir de 23h20, quand les chaînes nationales ont déclaré la victoire d'Obama à la présidence. J'étais soulagé, comme je l'ai écrit, mais aussi, je ne le nie pas, anxieux. Sur deux plans : d'abord, il y d'énormes forces de réaction qui s'engagent déjà à bloquer toute action de la part du nouveau président. On entend déjà des plaintes, hypocrites en l'occurrence, étant donné ce qu'ils nous ont fait subir pendant huit ans, de la part des républicains. Et puis il y aussi les racistes - et il y en a beaucoup, cachés, au premier abord respectables, qui aiment leurs chiens et leurs chats - dont certains n'accepteront jamais un président « noir ». Voici le texte d'un commentaire laissé chez Steve Clemons du carnet politique Washington Note à propos d'Obama :
« Well, America. Everyone told you Obamasama was the most corrupt enemy lie that's ever attacked your country from within, but you didn't believe us. You believed the marketing hype and internet blog trolls. You believed the lie and gave it a free benefit of the doubt as it laughed at you and smiled its big smile. NOW you're actually finding out for real, and it hates you and wants you dead.
The only way to repair an evil dog, is to kill it good and dead.
You know it. Everybody knows it.
Get it done, America, or someone else will have to come into America to get it done for you, and you know it.
America the Beautiful, The Strong and The Free.
Not america the embarrassment, the weak and the dead. »
C'est joli, non ? Et c'est précisément à cause de ce genre de sentiments, jamais exprimés ou seulement chuchotés entre amis, que j'ai aussi peur. Pour le dire brutalement, je ne sais pas ce qu'arriveraient aux États-Unis au cas qu'on assassine Obama. La colère, la déception, le désespoir, ce sont des combustibles redoutables.
Mais parlons de choses plus agréables...
J'étais quand même surpris et content de retrouver, dans un commentaire laissé chez le carnet économique Calculated Risk ce poème, simple et beau, d'Elizabeth Bishop (connaissance, je crois, de l'amie écrivain) qui s'appelle One Art. Le voici en entier :
The art of losing isn't hard to master;
so many things seem filled with the intent
to be lost that their loss is no disaster.
Lose something every day. Accept the fluster
of lost door keys, the hour badly spent.
The art of losing isn't hard to master.
Then practice losing farther, losing faster:
places, and names, and where it was you meant
to travel. None of these will bring disaster.
I lost my mother's watch. And look! my last, or
next-to-last, of three loved houses went.
The art of losing isn't hard to master.
I lost two cities, lovely ones. And, vaster,
some realms I owned, two rivers, a continent.
I miss them, but it wasn't a disaster.
--Even losing you (the joking voice, a gesture
I love) I shan't have lied. It's evident
the art of losing's not too hard to master
though it may look like (Write it!) like disaster.
Du stoïcisme pur et modeste.
Par contre, dans les milieux financiers et politiques, on a toujours bien trop peur de dire la vérité devant « le peuple » - on a appris dans Bloomberg (via Naked Capitalism) hier matin que la Réserve fédérale se donne le droit de refuser d'« identifier les bénéficiaires d'à peu près 2 trillions (mille billions) de dollars prêtés d'urgence par les contribuables américains ou les actifs en difficulté que la banque centrale accepte en tant que nantissement ». Oh, et l'American Express s'est transformé hier - hop ! comme ça ! - en holding bancaire, tout comme ses meilleurs amis pour toujours Morgan Stanley et Goldman Sachs, afin de pouvoir profiter du « bail out » gigantesque. Cela ne vous rend pas fou de joie ? Surtout que la Réserve fédérale a supprimé l'obligation d'une attente de trente jours... Mais vu les circonstances inhabituelles... ah, vous pouvez vous-même chanter le reste de cette chanson, vous connaissez sans doute les paroles.
Dans le domaine de la morale et de la bonne conduite, « tout le monde » « sait » que les gages du péché sont la mort, mais quels sont les gages de la modération ? Écoutez-moi bien : c'est la grippe. Vous n'avez pas fait la foire depuis des lustres, vous avez bien mangé, vous vous êtes mis sérieusement et régulièrement à l'entraînement physique, vous vous couchez tôt, vous avez même, petit Puritain anxieux que vous êtes malgré vos prétentions insouciantes « catholicisantes » et sensuelles (genre Saint Augustin, Père de l'église qui demande à son Dieu « donnez-moi la chasteté et la continence, mais pas tout de suite »), accepté un travail temporaire - rien que de la modération la plus péniblement, euh, modérée, vous en conviendrez. Vous comprendrez alors mon étonnement quand, samedi dernier, vers six heures et demie du matin, je me suis levé du lit tout grelottant de froid avec une fièvre de 38,9º - et cela après avoir mangé la veille des pâtes au blé complet avec de l'huile d'olive, de l'ail, de l'oignon vert, et du blanc de volaille bio et après s'être couché vers onze heures, c'est le comble, je vous jure ! Je me suis mis dans la douche, sous l'eau chaude, pour me réchauffer, mais une fois sorti, je tremblais toujours de froid. J'ai donc dû téléphoné à l'ami galeriste pour lui dire que je ne retournerais pas à l'Armurerie de l'avenue du Parc parce que les microbes superméchants du Côté oriental supérieur m'avaient tout à fait tabassé en seulement deux jours. Je suis donc resté au lit, enfermé dans ma chambre de malade, pendant deux jours, sans vouloir manger (c'est vrai que souvent cela marche pour la ligne, la maladie), à sommeiller sous un duvet mouillé de transpiration. Mais maintenant c'est passé. La foire d'art, pourtant, n'a pas été un succès - personne ne dépense rien en ce moment (et la bourse chute encore ce matin, ce qui va sûrement déprimer les ventes chez Christie's (12 et 13 novembre) et chez Sotheby's (ce soir même). Il y a des galeries qui vont bientôt fermer et on annule les participations dans les foires de Miami et ailleurs. Il fait un temps gris pour le monde de l'art.
Bon, pour terminer cette première note qui est déjà bien trop longue, je voudrais remercier tous ceux qui m'ont encouragé à continuer à publier mes bêtises. J'ai eu un peu de mal à m'habituer aux règles du logiciel Movable Type Version 4 - je ne sais toujours pas comment télécharger des photos, mais ça viendra. Comme l'a dit Elizabeth Bishop plus haut, j'ai peut-être « perdu » Sale bête mais je me retrouve ici Au royaume des aveugles, où je continuerai à tâtonner dans l'obscurité du plein jour, dans cette langue qui m'est à la fois chère et étrangère, avec vous. (Mesdames et messieurs, vos gilets de sauvetage sont sous vos sièges, mais leur fiabilité n'est pas assurée, sorry.)
First! :-)
Deuz'...
Content de te "retrouver".
Merci, les gars ! ; )
(C'est trop bizarre – mes deux mots reCaptcha sont « haphazard queen », ce qui me décrit parfaitement !)
Cher Edouard,
"Salut les copains" était le titre d'un magazine que je lisais dans les années 72-73, j'avais douze ou treize ans, on y lisait des potins sur des chanteurs à la mode, je découpais aussi les paroles de chansons que je collais dans un cahier.
Ce titre donne un côté très "cool" à votre nouveau blog, qui me plaît et m'amuse.
(comme je suis contente de vous retrouver!)
oh que je suis ravie de lire à nouveau cette prose !!!
Content de te retrouver ici, Édouard.
La police est un peu petite, j'ai l'impression. Je ne sais pas si les autres lecteurs pensent comme moi.
Vivement les premières photos de New York à l'ère Obama!
Merci, Samantdi. J'ai l'impression d'avoir vu en France quelques exemplaires de « Salut les copains », dont un avec Michel Polnareff sur la couverture, si je ne me trompe pas. Ah, les mémoires d'antan ; ) LOL
Olivier, le copain est de la même opinion. On va donc essayer de l'agrandir un peu. Merci de me l'avoir signalé.
Hyper content de te lire à nouveau :-)
Très très content de vous retrouver et de vous lire. Merci
Il aurait été dommage et incompréhensible que tu disparaisses en même temps que l'ère Bush !
Merci de revenir...c'est un vrai plaisir !
A bientôt.
Très grande joie de trouver votre e-mail dans ma boîte aujourd'hui.
Beaucoup de plaisir à vous lire encore ce soir. Je crois que nous sommes beaucoup à partager vos craintes et, surtout, vos espoirs. De qui est le tableau que vous avez mis en entête ? J'ai bien une petite idée... mais je ne m'avancerai pas. À bientôt de vous lire.
Police trop petite sur Internet ? N'oubliez pas le mode "Zoom" dans le menu "Affichage" de "Firefox". Sinon, dans "Safari", que j'utilise (le meilleur navigateur au monde, et de loin), menu "Présentation" ->"Agrandir la taille du texte".
Pour les autres navigateurs, je ne sais pas où c'est...
J'adore votre nouveau titre mais moi aussi (je dois vieillir :-() je trouve la police un peu petite.
Contente de vous relire.
je ronronne de plaisir à l'idée de continuer à vous lire :)
J'ai tout lu:-) même dans le noir!
On dit que vivre , c'est perdre peu à peu tout ce qu'on a. J'espère , néanmoins que vous allez vous remettre de ce méchant virus pour nous régaler encore. On n'a pas tout à fait perdu salebête...chouette!!
Grand merci, bien cher Edouard, d'être résuscité tel Lazare et de m'avoir prévenu par mail de l'évènement. Je vais pouvoir, de nouveau, lire chaque matin ton inestimable blog. Mais tout ceci ne répond pas à ma question récurrente : où as tu appris un si beau français ( un parent français ?)...et ton latin ? Par ailleurs, j'ai étudié le latin dans ma lointaine jeunesse...mais pas le grec, hélas...Alors que veut dire le mot grec en introduction ? Merci d'éclairer ma pauvre lanterne.
Salut Edouard !
Enchanté de vous revoir si vite. Et dire que Gmail a eu le toupet de classer votre message "Mon nouveau site" dans le dossier des spams! Heureusement que je ne fais jamais confiance à l'informatique ;-D
haaa !
Quelle chance cher Edouard de vous retrouver !
Vos fans qui ont rudement bien fait d'unir leurs voix pour réclamer votre retour,
notre vie newyorkaise va reprendre son cours sous la plume de notre chroniqueur préféré.
Le nouveau site me plaît bien avec sa grande page.
Nous en serons tous les rois borgnes, ouvrons l'œil !
Il y a décidément trop de bonnes nouvelles ces temps-ci du côté de notre côte Est chérie, pour tout suivre au jour le jour (et quand je pense que moi aussi j'ai failli passer à côté, parce que gmail avait osé soupçonner votre email m'annonçant l'arrivée de Au royaume des aveugles d'être un vulgaire pourriel !!).
C'est grâce à Tomate Farcie que j'ai eu un doute en voyant son commentaire sur Sale Bête.
Maintenant que j'ai fait éclater ma joie de ne pas vous avoir perdu de vue, je m'en vais aller visiter les nouveaux bâtiments.
SLC a commence comme une emission de radio... si vous faites dans la bite torrentielle, le "jingle" de l'emission se trouve a la piste 17 de ca:
http://btjunkie.org/torrent/SLC-Ann-es-1960-1963/37474add654e62da23319af5990e58c509676632f155
c'est drole, je m'attendai plutot a un titre du genre "Bete et mechant" comme premier article (genre http://livres.fluctuat.net/Francois-Cavanna/livres/bete-et-mechant/ )
bienvenue sur la blogosphere, Edouard:)
welcome back :) je serai a NYC dans dix jours!
La meilleure nouvelle c'est votre retour sur le net merci
Salut Edouard, je dois avoir un train de retard mais je viens juste de trouver ton nouveau blog grace a un lien de Matoo. Merci de continuer et bon vent !
j'avais écrit en son temps combien je m'attristais de l'arrêt de Sale Bête. je me réjouis alors évidemment de ce nouveau départ. vive le regard américain et francophone sur l'amérique, sur l'europe, sur la france et, aussi et surtout, sur la culture. welcome back.
Bonjour Edouard,
et merci à Matoo pour le lien qui me permet, avec grand plaisir, de vous retrouver, votre prose, vos ballades et vos photos... J'ai dévoré vos posts! Bonne continuation...