
Je ne suis pas le seul à noter l'hypocrisie de certaines réactions au jugement du tribunal nord-coréen de deux journalistes américains et l'oubli judiciaire dans lequel les prisonniers à Guantanamo et à Bagram se trouvent depuis combien d'années déjà.
Début de week-end dans la gare du Chemin de fer de l'île Longue, qui fête son 175e anniversaire cette année (la société fut fondée le 24 avril 1834)
Hier soir, de retour de la plage, le copain et moi avons regardé sur la chaîne History une émission de deux heures intitulée tout simplement « L'Univers » qu'on avait enregistrée - du Big-Bang à la fragmentation finale de la matière elle-même. Bien qu'on évite exprès d'y penser trop, on ne peut pas manquer de se rendre compte de l'insignifiance de nos vies à nous dans le cours des milliards d'années qu'a existé et qu'existera encore ce « monde ». Cette réflexion m'a fait penser à la provocation, juste et sardonique, que fait Ferdinand à l'Américaine Lola venue, elle, de New-York pour défendre la France contre les Allemands dans Voyage au bout de la nuit :
« Vous souvenez-vous d'un seul nom par exemple, Lola, d'un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent ans ?... Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ?... Non, n'est-ce pas ?... Vous n'avez jamais cherché ? Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse-papiers devant nous, de notre crotte du matin...Voyez bien qu'ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! Je vous l'affirme ! La preuve est faite ! Il n'y a que la vie qui compte. Dans dix mille ans d'ici, je vous fais le pari que cette guerre, si remarquable qu'elle nous paraisse à présent, sera complètement oubliée... À peine si une douzaine d'érudits se chamailleront encore par-ci, par-là, à son occasion et à propos des dates des principales hécatombes dont elle fut illustrée... C'est tout ce que les hommes ont réussi jusqu'ici à trouver de mémorable au sujet les uns des autres à quelques siècles, à quelques années et même à quelques heures de distance... Je ne crois pas à l'avenir, Lola... »
Je crois ne pas croire à l'avenir moi non plus, mais cela n'a aucune importance - comme Ferdinand le dit d'un autre personnage qu'on rencontre plus loin dans ce même livre : « Il avait le vice des intellectuels, il était futile. »
Une masse d'atomes qui se croit à tort faire une unité raisonnable et raisonnante - voilà une connerie « consciente » qui console, qui nous fait du bien à divers points de vue, et qui ne vaut pas un pet de lapin. Il n'y a pas de « moi » - la séparation entre « moi » et « les autres » et « ce monde » est fictive - en réalité il s'agit, notre univers, d'une potée de molécules qui s'entrechoquent sans cesse de façon plus ou moins chaotique (merci, les électrons) mais aussi prévisible (c'est pourquoi, grosso modo, on arrive à se reconnaître dans la glace le matin, excepté les cas où, comme il est arrivé à Gregor, on se réveille et se découvre « autre », un cafard en l'occurrence). Le genus Homo serait apparu, on dit, il y a 2,5 millions d'années, en Afrique - mais nos vrais ancêtres à nous, Homines sapientes, datent d'il y a 200.000 années environ. Grâce un peu au gène FoxP2 qui a muté chez nous il y a cent ou deux cent milles ans, on a réussi à développer un larynx qui a permis et encouragé, avec d'autres apports, l'articulation nécessaire au langage. Ah, nous commençons alors à papoter sur tout et sur rien - la terre, le soleil, la mort, les dieux. L'écriture cunéiforme apparaît en Mésopotamie vers la fin du IVe millénaire av. J.-C., c'est-à-dire vers -3100. On suit les étoiles et on note leurs positions. On calcule et on fait des factures. La science (on la désigne pourtant la pré-science) est née - et voilà, on se regarde de plus près depuis. La religion, dans l'Ouest au moins, a été renversée (Dieu merci) - pour le moment, puisqu'un nouveau Moyen âge bien sombre pourrait réapparaître à tout instant, je sais, et surtout si l'on n'apprécie pas ce que la science nous apprend.
Je pensais à tout ceci en portant mes deux sacs de bouffe sur le trottoir en bois vers chez nous, qui se trouve tout à fait au bout du hameau, à une distance de marche qui se prête à la rêverie philosophique. Je disais bonjour à ceux qui, venant dans l'autre sens, me saluaient mais beaucoup ne le font pas - ils font semblant de ne pas vous voir à travers leurs lunettes de soleil noires D&G ou Prada mais au lieu de les trouver cool, comme je l'aurai sans doute fait il y a vingt ans, je les trouve plutôt craintifs, doucement pitoyables, manquants, comme ils font preuve, et d'assurance et d'éducation. C'est bien ça qui arrive dans une communauté comme Les Pins organisée autour d'un seul aspect, aussi important qu'il soit, de la vie au détriment d'une certaine largeur de culture et de monde. Nous manquerait-il des femmes seulement pour avoir dans l'environnement la présence d'êtres avec lesquels on n'est pas en principe censé avoir envie de coucher. Des êtres avec qui on peut se permettre l'amitié sans équivoque et sans concurrence ? Je ne sais pas.
On nous prévoit une semaine de pluie et de grisaille - tant mieux, j'ai besoin de travailler chez moi et non pas me promener oisivement en ville.
On a bien raison d'être fier de lui, non ? Il est diligent !
Le copain a été la vedette du week-end dernier - il a porté pour la première fois le short de bain surf que je lui ai acheté (je suis trop gentil, moi) chez Old Navy jeudi soir dernier et il a eu un succès fou - d'abord, ça lui allait à merveille depuis qu'il a retrouvé avec le régime qu'on suit ses tablettes de chocolat, et sur la plage samedi après-midi une belle fille dans la vingtaine, bonde et mince, est venue en courant lui demander où il l'avait trouvé, puisque, selon elle, « it looks so cool, I want my boyfriend to get one ». Pas mal, non !
On a passé le week-end avec un ami du copain qui est vraiment de l'herbe-aux-chats pour les gamins, euh, je veux dire les moins de trente ans. C'est marrant, il les attire sans même faire d'effort (ce qui rendrait fou l'ami galeriste, dit en passant). On est allé à un petite fête de circuit organisée par la société de téléchargement de musique de danse Masterbeat où il y avait des djeunes branchés (et moi, vieillard nul) qui dansaient et se jetaient dans la piscine (avec leurs portables, ce qui n'arrangeait pas certains, je puis affirmer) tout en buvant de la vodka mélangée à toutes sortes de boissons « énergétiques ».

Sur le pont d'Avignon, on y danse, on y danse... (et notez la hampe de drapeau énorme)
Défilé de shorts sur la terrasse de cette grande maison (à vendre, 2.595 millions $ seulement)
Bras dessus, bras dessous - et ailleurs, aussi !
Le couple « du week-end » - il y en a toujours un ou deux - des « étrangers » venus de Los-Angeles ou de Miami pour passer un week-end aux Pins avant de s'envoler à Provincetown ou à Mykonos - on voyait ceux-ci un peu partout, choyés de tous

On s'est amusé et je trouve qu'il est toujours facile à plaire aux pochards, jeunes et moins jeunes. Un bel ivrogne, jeune, beau et assez paumé déjà à 17 heures de l'après-midi - effectivement, la soirée allait être longue - s'est épris de notre ami, qui a dû lui expliquer tout gentiment qu'il avait déjà quatre mecs en laisse à New-York et qu'il n'avait pas la force d'en acquérir un autre - ce qui a, vous comprendrez bien, surpris l'éphèbe en question, qui n'avait pas l'habitude, je crois, d'être refusé !
Ces cerfs-ci m'ont au moins dit bonjour, à leur façon ;-)

On a construit une piste d'atterrissage en bois pour hélicoptère tout près de chez nous - on l'a découvert samedi soir, vers 23 heures, quand un appareil s'est atterri là avec plein de bruit pour évacuer un malade vers un hôpital dans l'île Longue
Bon, j'ai déjà trop tapé - il faut que je travaille - c'est futile et vain, je sais, mais la matière qui compose ce moi réducteur qui s'appelle, par péché de paresse, Édouard, m'oblige à faire semblant d'habiter un monde qui compte pour quelque chose, où le travail a une valeur réelle et indépendante, où la vie a un sens. (Note à moi-même : Good luck with that.)

Vous êtes bien philosophe... un peu cynique (comme d'habitude) mais aussi désabusé... Sinon, c'est vous qui étiez presque méchant sur ce "post"... moi, je serai gentil: vous avez très bon goût et ces pecs et tablettes de chocolat m'ont presque fait tombé de ma chaise! Vous lui ferez mes compliments! Sans aucun doute, si vous êtes aussi assidu à la salle de sport, c'est normal de faire craquer les coutures de vos pantalons!
Nous nous activons tous un peu comme des mouches dans un bocal (particulièrement dans des lieux clos comme Mykonos ou l'Ile du Feu...) et ce qui compte à la fin c'est le peu de bien que nous aurons fait à nos semblables. Cela n'a pas plus d'importance que le reste mais cela donne un certain "sens".
Mais il a carrément fait du sport à outrance le copain depuis décembre ?? :))
Sinon je t'envie pour ce temps magnifique, chez nous il pleut, il pleut. :'(
quoi ? pas de champagne autour de la piscine ?
de la vodka et du r....l ?
il fallait vite partir ... ;)
Matoo, le copain se lève à six heures tous les matins (sauf le dimanche, quand il fait de la course!) et passe une heure et demie au gymnase avant d'aller au boulot (heureusement qu'il n'est qu'à 15 minutes en métro de son bureau). Et il pleut ici pendant la semaine – mais on a eu de beaux week-ends, c'est vrai. Orages hier soir et aujourd'hui...
Wam, pas encore – je viens de commander une caisse de Veuve Clicquot pour fêter l'anniversaire de l'ami galeriste au début du mois de juillet. L'ami galeriste, lui, a commandé deux caisses d'un rosé du Domaine Ott qu'il apprécie – moi, personnellement, je préfère ces rosés légers du Var mais je ne suis pas spécialiste, seulement amateur. Donc, il y aura bientôt du vin autour de la piscine – avec des joueurs de water-polo et tout et tout ;-)
Jérôme, vous avez tout à fait raison – le bien qu'on ferait aux autres donne un certain sens à la vie – c'est en quelque sorte un acte gratuit, puisqu'il ne peut pas être remboursé.
édouard> ott, c'est bon, mais terriblement cher, et un poil trop puissant pour moi. je préfère les - rares - bons rosés de bourgogne (surtout pas les marsannay) et les bons rosés du sud (france, italie, espagne) plus fruités, plus simples ... mais s'i la veuve est invitée, tout va bien ;)
me doute que c'est mode mais non, vraiment non... ces bermudas taille basse avec vue sur le calcif.... non !