Le samedi, notre fête nationale, m'a trouvé sans beaucoup d'esprit patriotique, je ne sais pas pourquoi. Je n'étais pas non plus d'humeur à assister à l'invasion des travestis.
On avait des billets pour la BayDance Party qui allait commencer vers 18 heures.
Cela nous arrive, cette invasion insolite, tous les ans depuis le 4 juillet 1976. Il s'agit d'une invasion de travestis qui se rendent aux Pins de la Cerisaie par un ferry spécial vers 14 heures. On débarque et c'est la pagaille en paillettes au port des Pins, où l'on donne à boire aux folles mourant de soif.
C'est aussi la fête pour les jeunes hétéros, garçons et filles de la Côte sud de l'île Longue, qui se saoulent en regardant défiler les « filles » extraordinaires beaucoup plus grandes qu'eux - à moi, les travestis me font peur, un peu comme des clowns, dont je me méfie aussi, donc je me suis réfugié dans le gymnase mais une folle, une des plus « fierce » de toutes comme vous pouvez voir dans la photo d'elle que j'ai piquée ici, m'a interpellé en disant « You ! »
Je me suis retourné croyant tout naturellement qu'elle voulait dire le jeune Brésilien derrière moi allongé sur le banc d'à côté, mais elle a crié encore une fois, et plus fort « No, I mean YOU ! » en m'indiquant avec son index. Je m'approche d'elle - elle me dépasse en hauteur d'au moins deux pieds - et lui dit, tout gentiment, « Hello ». « Tu t'exerces ? » me demande-t-elle, traînant l'ongle énorme de son doigt sur ma poitrine baignée de transpiration. « Oui, un peu - ben, j'essaie. » « Tu n'aimes pas les folles ? » « Non, c'est très bien, les folles » je lui mens lâchement, mais je tiens à m'en sortir toujours en vie. « T'as un copain ? » « Oui » je lui dis. « Il n'est pas ici. » « Non, il est là-bas, avec les autres. » Elle se tait, puis reprend. « Tu t'es énervé contre lui ? » (Elle est trop forte, la folle !) « Non, pas particulièrement » je lui mens encore une fois (c'est toujours moins de fois que Pierre, et dans une circonstance beaucoup moins grave, quand même.) Le jeune gérant du gymnase nous approche alors pour me demander de le photographier avec le travesti. « Mais j'ai déjà enculé celui-ci » elle annonce à (très) haute voix, mais le gérant passe outre à cette révélation pour me demander de prendre la photo. Ce que j'ai fait avec soulagement, puisque cela m'a donné l'occasion de me tirer de l'affaire. Clic, et bye-bye.
La BayDance Party, ou le bal de la baie, qui a eu lieu l'après-midi du 4 juillet, était un divertissement à caractère légèrement bénévole en faveur de la Fondation du fond au soleil (aucune idée de quoi il s'agit, mais je connais de nom et de (mauvais) renom l'un des directeurs) et du Centre lesbien, gai, transgenre et bisexuel de New-York, qui se trouve à deux pas de chez nous dans le Village et que je connais très bien et que je puis recommander.
On payait les billets et on avait droit à quatre heures de musique de danse et de tout ce qu'on voulait boire - mais la plupart du monde n'ont bu, d'après ce que j'ai moi-même remarqué, que d'eau minérale, puisqu'il y avait d'autres « excitants » que l'alcool pour donner envie de danser et de causer avec des inconnus plus ou moins déshabillés. Ça s'appelle communément le « candy » ou les bonbons, qui sont en général en forme de petites pilules toutes blanches. N'importe.
On avait renoncé au thé bas, le copain et moi, où j'avais un peu envie de voir les jeunes hétéros en train de se conduire mal après la célèbre invasion dont j'ai parlé plus haut. Mais quand on voyait tout un bataillon d'hommes torse nu venant vers nous, ou plutôt vers notre petit sentier en planches de bois vers le bout duquel on donnait ce bal, on a changé de plan et on les a rejoints, ces soldats un peu irréguliers, pour aller tous ensemble à la maison au bord de l'eau où le bal se passait.
Il y avait assez peu de monde au début, mais les masses sont venues goutte par goutte s'ajouter à celles déjà sur le ponton, que les vagues agitées par un vent fort arrosaient de temps en temps. Mais chaussés en baskets ou en tongs, on se moquait des flots.

Elle est pour le moins impressionnante, vous ne trouvez pas ?
En haut des installations pour le bal, avec la Grande Baie du Sud au fond
Et dans l'autre sens, vers la maison
On danse et on prend des photos, aussi
Plus de monde

Les vagues arrosent ce côté du ponton
La musique était bonne. Le copain a été assailli par un admirateur un peu fou mais beau qui s'appelait Tim et qui a essayé de lui apprendre à suivre un rythme. Je les ai laissé faire pendant quelques minutes, puis le copain me l'a présenté, à quoi ce Tim a dit tout simplement « I should have known » en me souriant. Le copain en était ravi. On a continué à danser jusqu'au feu d'artifice qui a terminé le bal.
Dimanche il a fait très beau, enfin, et on en a profité pour passer la journée sur la plage, en y faisant quelques longues promenades le long des Pins. On s'est plu à regarder les divers jeux de volley avec des équipes de quatre, de cinq et de six personnes. Vers six heures on a pris le ferry de retour avec des centaines d'autres - le train pour New-York était bondé aussi.
Ça commence à être assez bondé
De jeunes danseurs devant le coucher de soleil, et la pose de l'un m'a rappelé cette statue de Rodin qui se trouve au Musée métropolitain

ainsi que cet Esclave mourant de Michel-Ange

Mais, bon, assez de l'histoire de l'art, revenons à nos moutons ...
Danseurs au crépuscule
La péniche d'où on va lancer les feux d'artifice
Le feu d'artifice « naturel » nous a étonné
Et puis, la nuit venue, on dansait encore, à attendre le feu d'artifice
Joli week-end au final? La fête d'anniversaire semblait plutôt gentillette.
Euh, le copain ne ferait-il pas une crise de la quarantaine en ce moment? Gardez-bien la photo compromettante au cas où!
J'adore la comparaison des danseurs et des statues de Michel Ange ou Rodin....