Le « quartier commercial » du port des Pins au coucher de soleil
Je suis crevé, le sommeil me manque surtout - hier soir je me suis réveillé à trois heures du matin, pour aucune raison particulière - j'écoutais pendant quelques minutes le bruit des vaguelettes qui se brisaient plus ou moins rythmiquement contre les bords de l'île tout proches de nous et la respiration régulière du copain à côté de moi, lui qui dort toujours comme un innocent (au demeurant, il ne l'est pas, mais passons), ce qui peut être très énervant. Je voyais des taches de clair de lune qui pénétraient le feuillage des arbres. C'était très calme, même pas un petit cri d'oiseau nocturne pour secouer juste un instant les cadences curieuses, presque temporelles de la nuit. Je suis resté là, éveillé, couché mais rêveur, jusqu'au moment où je me suis rendormi.
On rentre à la vie « normale » à bord du ferry
On s'est levé de toute façon quelques minutes avant que la sonnerie du réveille-matin ne se déclenche à six heures. Un café, une douche, et hop, on est habillé plus ou moins correctement pour rentrer en ville d'abord par le ferry de 7 h 25 et ensuite par le train de 8 h 8 - il nous faut des billets d'heure de pointe, c'est 15 $ l'aller simple aux heures de pointe, par comparaison au billet qui ne coûte que 10,75 $ l'aller simple aux heures creuses. Il y a peu de monde sur le ferry, très facile à avoir un taxi pour emmener à la gare (un court trajet de cinq minutes tout au plus qui coûte 5 $ - c'est du vol, mais la gare de Sayville est trop loin pour y aller à pied à temps.) Il a fallu changer de train à Babylone pour aller jusqu'à la gare de Pennsylvanie, où on s'est quitté, le copain et moi, et d'où j'ai pris le métro de la ligne express nº 3 vers le Village, descendant à la station de la 14e rue (l'escalier sud débouche pourtant dans la 12e rue ouest, ce qui m'arrange pour rentrer chez nous.)
Au thé bas
On est allé à la plage, le copain et moi, vendredi après-midi. Les thés divers, on les a faits avant de rentrer à la maison où l'ami galeriste et deux amies à lui, belles et gentilles et très sympas, avaient déjà préparé un grand dîner.
Chaussures à la mode - baskets, tongs, chaussures de sport
Samedi il a fait beau, on est allé à la plage, à la salle de sport, on a acheté du vin et des alcools pour un petit cocktail organisé par le copain samedi après-midi - on a découvert qu'avec le mélange assez chaotique de programmes proposés dans les maisons à colocation, on ne sait jamais très bien qui va finalement se trouver aux Pins d'une fin de semaine à l'autre - ou on a loué la maison « pour la semaine » ou l'on n'a une participation d'une moitié ou d'un quart, ce qui veut dire qu'on a droit à un lit deux fois par mois, ou pour la participation d'un quart, de seulement une fois part moi. C'est compliqué. Malgré tout, des gens sont venus nous dire bonjour, dont d'anciens amis à moi qui sont venus de l'île Longue, ce qui m'a fait énormément plaisir. Il y avait aussi l'écrivain de théâtre et scénariste Paul Rudnick, qui est charmant mais qui m'énerve aussi parce qu'il a trop de talent, avec son copain à lui, médecin je crois. On a fait les thés avec nos amis de l'île Longue mais on est rentré chez nous assez tôt.
Dimanche il a fait toujours beau - après le sale mois de juin, on a eu un juillet pas mal, en termes de météo - et on en a profité pour passer des heures sur la plage avant d'aller faire un peu d'exercice. Pour manger dimanche soir, on a grillé des hambourgeois de dinde accompagnés d'une énorme salade verte. C'était après qu'un jeune homme, pas mal, mais définitivement saoul, nous avait montré comment porter un cockring spécial de ce genre, à la terrasse du bar qui s'appelle le Sip and Twirl, qu'on pourrait traduire, à la façon d'un nom de pub anglais, À la petite gorgée et la pirouette, ce qui veut dire boire et danser, mais que de bien mauvaises langues ont vite déformé en « Trip and Fall », ou trébucher et tomber, pour des raisons qu'on comprend facilement.

La place aux divas - la Streisand et la Garland
Dimanche soir, le copain a voulu sortir pour voir la soirée de vidéos camp qu'on donne tous les dimanches soirs à la Baleine bleue - il y avait du monde, surtout des jeunes, et c'était très drôle de les voir en train de « représenter » les vidéos qu'on projettait en dansant et en chantant. Et le dj vidéo était une merveille aussi !
Tout le monde devient Tina Turner chantant « Proud Mary »
L'Apollon discret qui s'occupait des vidéos
Plus tard, on est passé au Sip 'n Twirl où l'on jouait une musique excellente.
Il y avait un DJ tout en haut
Lundi, c'était pareil - belle journée ensoleillé. On a fait quelques dernières préparation pour la fête d'été qu'avaient organisée l'ami galeriste et le copain pour les gens qui travaillent chez eux, à laquelle ils avaient invité d'autres galeristes et leurs maris, enfants, etc. On avait réservé une table au nouveau restaurant aux Pins qui s'appelle
The Pines Bistro and Martini Bar. C'est pas mal, un peu « urbain » ou sophistiqué pour l'endroit, peut-être, avec une cuisine correcte, des prix abordables, et un service agréable. On y retournera en août avec des amis de Londres et de Paris.
On attend en bon comité d'accueil l'arrivée du ferry transportant les employés du bureau du copain et de la galerie de l'ami galeriste
Mardi, c'était la fête de bureau - ils sont arrivés, à notre énorme surprise, par le ferry de 9 h 30, on leur a offert un petit déjeuner tout léger - des beignes au sucre, du café, du jus d'orange, une grande macédoine de fruits - et tout le monde est allé s'installer sur la plage, déserte ce mardi, pour se bronzer et pour jouer au football américain « au toucher » et au frisbee.
Dans la piscine
On est rentré à la maison pour des hambourgeois de dinde, une salade verte, des chips de toutes sortes - et du vin rosé et blanc. On a joué dans la piscine.
On déjeune sans manières
Nos invités nous ont quittés entre 18 et 20 heures, laissant le copain et moi seuls pour la soirée.
On leur dit au revoir
On a fait les thés - il n'y avait en fait que des vieillards aux deux, le bas et le haut, puisque les jeunes doivent encore travailler, les pauvres.
Rien que des vieillards au thé bas, c'est dégoûtant MDR !
Y a-t-il pire au monde que les vieillards qui veulent absolument danser le jerk en écoutant Beyoncé ?
On a fait la connaissance qu'un certain Ed, qui m'avait souri trois ou quatre fois aux thés depuis deux jours - le copain m'a poussé à aller lui dire bonjour, on s'est présenté plus ou moins correctement (prénoms seulement, adresses aux Pins et à Manhattan, périodicité de séjour (propriétaire, part entière, demi-part, etc), aucune question surtout sur le boulot qu'on a,), on l'a accompagné chez lui - une maison qu'ils ont achetée, son copain et lui, il y a un an et demi. C'est curieux, les gens qu'on rencontre là-bas. Il y a de tout, c'est vrai, mais il y a aussi de gentils. On l'a revu ce matin au ferry, qu'il a pris lui-même pour rentrer en ville.
Le bateau des policiers s'amarre dans le port le soir
Demain soir on va dîner avec des amis parisiens de passage à New-York (c'est pour cela que j'ai quitté les Pins aujourd'hui) et puis on rentre à l'île de Feu.
Je viens de terminer ma lecture de
Voyage au bout de la nuit. Cela s'est passé dans le train ce matin, entre les gares de Wantagh et de Freeport. C'est tout à fait bouleversant, ce livre, et j'ai du mal à imaginer comment on l'a reçu en France, dans les milieux littéraires, en 1932.
« Comme la vie n'est qu'un délire tout bouffi de mensonges, plus qu'on est loin et plus qu'on peut en mettre dedans des mensonges et plus alors qu'on est content, c'est naturel et c'est régulier. La vérité c'est pas mangeable.
Par exemple à présent, c'est facile de nous raconter des choses à propos de Jésus-Christ. Est-ce qu'il allait aux cabinets devant tout le monde Jésus-Christ ? J'ai l'idée que ça n'aurait par duré longtemps son truc s'il avait fait caca en public. Très peu de présence, tout est là, surtout pour l'amour. » (p. 461, édition de poche Folio)
« On est ignoble. Il faut en vouloir à personne. Jouir et bonheur avant tout. » (p. 475, édition de poche Folio)
« On abrège... On renonce... Ça dure depuis trente ans qu'on cause... On ne tient plus à avoir raison...[...] On se dégoûte... Il suffit désormais de bouffer un peu, de se faire un peu de chaleur et de dormir le plus qu'on peut sur le chemin de rien du tout. [...] Vous demeurent seulement précieux les menus chagrins, celui de n'avoir pas trouvé le temps pendant qu'il vivait encore d'aller voir le vieil oncle à Bois-Colombes, dont la petite chanson s'est éteinte à jamais un soir de février. C'est tout ce qu'on a conservé de la vie. Ce petit regret bien atroce, le reste on l'a plus ou moins bien vomi au cours de la route, avec bien des efforts et de la peine. On n'est plus qu'un vieux réverbère à souvenirs au coin d'une rue où il ne passe déjà presque plus personne. » (p. 574, édition de poche Folio)
À vous couper le souffle, non ?
C'est bien l'heure des réverbères
(Billet rédigé mercredi, publié jeudi.)
Il n'est pas étonnant qu'un texte aussi fort vous ait marqué sur le chemin du retour... un tel décalage avec la vie sur l'Ile du Feu... Mais justement, ne croyez-vous pas que les moments, vrais ou parfois artificiels, savourés hors du temps sur cette île sont d'autant plus précieux?
Je crois être un incurable cynique optimiste mais quel mal y aurait-il à n'être finalement qu'un vieux réverbère à souvenirs? Nous ne sommes pas obligés de prendre ceux-ci comme des regrets et si nous avons pu/ pouvons éclairer quelque peu, ne serait-ce qu'un court moment, le chemin des autres (comme celui, éventuellement, d'un copain plus ou moins innocent...), tout cela n'en vaut-il pas la peine?