Suite française

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« On sait bien que l'être humain est complexe, multiple, divisé, à surprises, mais il faut un temps de guerre ou de grands bouleversements pour le voir. C'est le plus passionnant et le plus terrible spectacle, songea-t-elle encore ; le plus terrible parce qu'il est plus vrai ; on ne peut se flatter de connaître la mer sans l'avoir vue dans la tempête comme dans le calme. Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci, pensa-t-elle. Celui-là seul connaît lui-même. » (p. 511, Suite française, livre de poche Folio)


Je viens de terminer Suite française d'Irène Némirovsky. On hésite à juger une œuvre inachevée (elle a été arrêtée par la police française en juillet 1942, envoyée au camp de concentration de Pithiviers avant d'être déportée à Auschwitz, où elle a été assassinée.) J'ai apprécié le ton assez sec de l'écriture - je ne la trouve pas pourtant une grande styliste à la manière de Colette, où les mots et les phrases étonnent et émerveillent. La première partie du livre, Tempête en juin, où il s'agit de l'exode de Paris avant l'entrée des Allemands, recrée l'ambiance folle et paniquée de cette époque cauchemardesque qu'elle avait connue elle-même tout récemment. La seconde partie, Dolce, décrit l'occupation comme on l'éprouve dans une petite ville au centre de la France - on y arrive à des accommodements plus ou moins ouverts entre l'occupant et l'occupé, et pour des raisons très humaines, très compréhensibles. C'est cela le point fort du livre, à mon avis - l'incertitude et la confusion qu'on ressent devant les faits. Et l'injustice du sort.

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