Archives janvier 2010

Récapitulatif

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Le rue du Mur vers l'église de la Trinité

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Au 60, rue du Mur, l'actuel siège social américain de la Deutsche Bank, bâti pour la banque JP Morgan avant la fusion avec la banque Chase

Samedi, comme j'ai déjà indiqué, on est allé à Ikea par le taxi aquatique qui part du bout oriental de la rue du Mur - on y est arrivé en prenant la ligne 2 du métro jusqu'à la station de la rue du Mur, où l'on est descendu. Pas beaucoup de monde à cette heure-là.On a passé deux heures à reconnaître ce qu'il y avait dans le magasin (de choses utilisables) avant de prendre quelque chose dans le restaurant (un repas suédois pour le copain, du saumon poché pour moi). On est rentré à Manhattan par le taxi aquatique et le copain en a fait un petit film (lent, presque warholesque) du pont supérieur (où il faisait bien froid), qui vous pouvez voir ici.


 



Pour une fois je me trouve entièrement d'accord avec la rédaction du Times où ils décrivent leur réaction violente à la décision rendue par la Cour suprême jeudi matin sur la liberté d'expression et le droit des sociétés privées de participer aux campagnes électorales sans limites. Je cite un petit morceau de l'éditorial, mais l'éditorial en entier vaut le détour.

« History is, indeed, likely to look harshly not only on the decision but the court that delivered it. The Citizens United ruling is likely to be viewed as a shameful bookend to Bush v. Gore. With one 5-to-4 decision, the court's conservative majority stopped valid votes from being counted to ensure the election of a conservative president. Now a similar conservative majority has distorted the political system to ensure that Republican candidates will be at an enormous advantage in future elections. »

La politisation de cette Cour continue à un pas rapide et je me demande pour combien de temps une majorité mécontente continuera à simplement avaler ces jugements manifestement injustes.

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Le bout de l'île de Manhattan vu en rentrant de Brooklyn à bord le taxi aquatique

Mais bon, dégoûté par la politique, j'ai obligé le copain, qui n'aime pas du shopping, à m'accompagner ce matin à l'Ikea Brooklyn. Pour y aller, il faut prendre le taxi aquatique, gratuit le week-end, qui va du quai de la rue du Mur jusqu'au quartier du Crochet rouge à Brooklyn, où se trouve le magasin Ikea. On y a trouvé plein de choses qui marcheront pour nous, je crois - des photos suivront -, mais c'était super de rentrer en bateau à Manhattan par ce temps frisquet, mais splendide et serein. Ce soir, c'est la beuverie dans le Village Est avec l'ami galeriste et une professeure de l'histoire de l'art, où l'on racontera plein de bêtises saoules sur des artistes qu'on connaît dont on envie le succès. Ah, « Sind halt aso, die junge Leut' » comme remarque bêtement (et à tort) le bourgeois anobli baron von Faninal à la Maréchale Princesse von Werdenberg à la fin de l'Acte III du Chevalier de la rose. Auquel elle soupire, en pleine connaissance de cause qui lui a échappé entièrement, « Ja, ja ».
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Bon, c'est commencé, la nouvelle décoration intérieure de l'appartement - le décorateur est venu chez nous samedi dernier et il m'a proposé plein de bonnes idées. Chez nous, il s'agit surtout de problèmes de rangement (ou plutôt de manque de rangement) - il va falloir trouver des armoires (petites et minces et pas chères) et des commodes (d°), ainsi que quelques bibliothèques (trop de livres, c'est fou, et il y en a encore dans de nombreux cartons dans l'espace d'entreposage au Connecticut). On va arracher la moquette abîmée pour la remplacer par une nouvelle de chez Home Depot (oui, oui, on est chiche). Et puis on va jeter les stores vénitiens en bois foncé en faveur de stores clairs qui s'élèveront vers le haut (on est au rez-de-chaussée, et oui, c'est gênant quand les gens s'arrêtent pour vous regarder par les fenêtres.)

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Bibliothèque Ikea

J'ai fait une recherche approfondie sur des canapés - j'ai l'impression qu'Ikea va gagner ce concours, mais je suis profondément tenté par ces lampes italiennes Tizio (j'en ai déjà une dans mon bureau).

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Chaise Louis XVI avec dossier en médaillon (ou ovale)

On va jeter le futon qu'on remplacera par deux chaises - copies Louis XVI à dossier plat carré, ou en médaillon, pas cher (bien sûr), revêtues en tissu à grands carreaux pâles. Il faut que je trouve un peintre et un électricien.

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Canapé Le Corbusier (ou une copie)

On est déçu, mais pas surpris par le résultat de l'élection au Massachusetts. J'espère que cela poussera le président à agir d'une manière un peu plus combative en faveur des gens qui l'ont, somme toute, élu. J'ai regardé le discours de victoire de M. Brown - oh la la, il dit n'importe quoi, ce qui est plutôt marrant... au début. On verra ce que ça donnera plus tard.

À quand la justice ?

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L'arrestation d'un pilote néerlando-argentin en Espagne en décembre dernier et sa prochaine extradition en Argentine pour poursuite judiciaire à la suite d'allégations d'avoir participé aux soi-disant vols de la mort, une atrocité qui faisait partie de l'arsenal particulier des militaires argentins lors de leur répression pendant la « sale guerre » contre la « subversion », c'est-à-dire contre tout et tous qui se rangeaient contre la tyrannie de l'état, ces faits ont souligné combien nous, Américains, nous n'avons toujours pas su assumer notre responsabilité personnelle en tant qu'état de droit pour les crimes (on n'ose toujours pas prononcer le mot « torture », lui préférant la phrase euphémistique de « tactiques d'interrogation agressives ») que nous avons permis à nos responsables de commettre en nos noms.

Ce triste article publié par Scott Horton dans le magazine Harper's sur les « suicides » de la prison de Guantánamo nous montre la distance qu'on a à traverser avant de finir avec ce qu'il faudra faire. Sans grande surprise, à part quelques blogs (ici, ici, ici et ici), on n'en parle toujours pas dans les médias traditionnels - le thème d'Américains criminels ne promouvant pas trop les ventes de produits pharmaceutiques ou de slips absorbants pour incontinence à la télé pendant l'heure des journaux télévisés.

(Mise à jour: Mon idole Glenn Greenwald en parle aujourd'hui, le 19 janvier, avec sa verve tranchante habituelle dans un billet intitulé « Le crime de ne pas "regarder à l'envers" ».)

Et puis on hésite à se demander trop pourquoi M. Obama, celui à qui on a versé de l'argent pour sa campagne électorale, celui qui nous a promis « du changement » et du respect pour les lois (la primauté du droit, etc), celui qui allait fermer la prison de Guantánamo et les « sites noirs », celui qui, on croyait, allait poursuivre les criminels employés par Bush et nettoyer la bureaucratie des pires vestiges bushiens, pourquoi M. Obama n'a presque rien fait de tout cela, et pourquoi il s'est abaissé si souplement devant les banquiers et les courtiers de Wall Street, pourtant en faillite, et contre les excès desquels le pays en son entier s'est levé, pour ne pas mentionner l'inaction préméditée sur l'indécente politique de Ne demandez pas, n'en parlez pas dans les forces armées.

C'est pour tout cela qu'on n'est pas tous, en ce moment, « fous de joie » sur la situation actuelle et c'est aussi pour cela, à mon avis, que la candidate démocrate au Massachusetts pour le siège au Sénat du défunt Ted Kennedy n'a pas réussi à gagner la campagne électorale en toute facilité - les progressistes ne se sentent pas particulièrement poussés à voter pour une démocrate qui leur semblent seulement un nouveau exemplaire de ceux qu'on trouve déjà au Congrès, tandis que les républicains et une bonne partie des indépendants cherchent un moyen visible de faire preuve de leur mécontentement actuel en rejetant le vainqueur présumé. C'est le danger de laisser tomber la base sans gagner pour autant d'autres électeurs.

Mais revenons à notre sujet. Quand verrons-nous des poursuites judiciaires contre ceux qu'on accuse d'avoir torturé les prisonniers ? Pas demain, c'est sûr. Mais il n'y aurait pas, de toute façon, de prescription extinctive d'un crime de guerre ou d'un crime contre l'humanité. On patientera. Pour le moment.

Pour le Capitaine

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ohjesus.jpgC'est sans doute infiniment enfantin (pour ne pas dire tout à fait déplacé) mais quand j'ai découvert, dans un fil de commentaires sur une bande dessinée promouvant la violence contre les homos (si, si) qui était parue tout récemment dans un journal d'étudiants d'une grande université catholique (Notre Dame, en l'occurrence), cette image grossière et satirique (à plusieurs niveaux, dont le linguistique de l'expression même et le religieux), j'ai tout de suite pensé au Capitaine, qui est beaucoup plus courageux que moi et qui n'a jamais peur d'offusquer qui que ce soit. Donc, je lui dédie cette belle image et je demande pardon à tous ceux d'entre vous, chers lecteurs, que j'aurai offensés en la publiant. (Mais c'était trop fort pour moi et je n'ai pas pu résister !)
Puisque il pleuvait cet après-midi - une pluie froide et bête, on est allé au ciné - le copain se déclarant d'accord si l'on ne quittait pas le Village. J'ai donc choisi « The Hurt Locker » - nom difficile à traduire, puisqu'il s'agit selon les experts (moi, je ne connaissais pas l'expression) d'un endroit métaphorique (« locker » veut dire un casier de vestiaire ou de lycée) où l'on se cache pour se soigner de blessures physiques ou morales (ou des deux) - qu'on passait au Cinéma Quad dans la 13e rue ouest.

C'est un film de guerre (l'opération militaire américaine en Irak en 2004, en l'occurrence) où il s'agit d'un groupe de démineurs militaires américains qui font leur boulot à Bagdad, dans des circonstances évidemment affreuses. Tout Irakien est naturellement suspect - le niveau de paranoïa, raisonnable ou pas, est super élevé chez tout le monde - et l'on trouve des « engins explosifs improvisés » un peu partout, que nos héros s'efforcent à enlever. Le héros est un type un peu renfermé, fonceur, peut-être même imprudent. Il prend des risques que d'autres trouvent insensés. Et puis il y a ces moments atroces où l'on doit nettoyer des balles ensanglantées en crachant de la salive de sa propre bouche afin qu'on puisse se défendre.

On n'y trouvera pas d'histoire de guerre typique - la guerre qu'on y mène est moins nationaliste et patriotique que personnelle. Ça a l'air d'un documentaire, avec les mêmes problèmes dramatiques intrinsèques au genre - on n'y trouvera donc pas de résolution à la Rambo, ou à la Seigneur des Anneaux. D'abord, il n'y a pas de « grand ennemi » - il n'y a que des insurgés difficiles à cerner, des « haji » en argot militaire, et tout Irakien est automatiquement « haji ». C'est exactement cela l'horreur de cette guerre trouble, impossible, informe, et indécise. Donc, un film qui pose des questions.

(L'actrice Mo'Nique vient de gagner un Globe d'or à Hollywood pour son interprétation du rôle de la mère impossible dans Precious. Elle le mérite.)

Cela te va à ravir !

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« So, awareness of when we're being put on may not be enough to curb the effectiveness of insincerity. » La flatterie même la plus évidente marche - qui l'aurait cru ? (Merci à Naked Capitalism.)

Rattrapons un peu

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L'ancien théâtre de l'État de New-York, maintenant re-nommé pour un type riche qui habite actuellement l'ancien appartement de Mme Onassis dans la 5e avenue

Rien de profond à dire sur la situation actuelle en Haïti, ce pauvre pays qu'on pourrait presque croire maudit.

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La salle Avery Fisher, bâtiment plutôt vilain où joue la Philharmonique de New-York

On est allé voir Turandot à l'Opéra mercredi soir - un Calaf italien et une Turandot russo-ukrainienne convenables, une Liu très agréable, direction correcte, si peu exceptionnelle, par un jeune chef d'orchestre latvien (ou letton) Andris Nelsons. Mise en scène incontournable, exagérée, presque ridicule de Franco Zeffirelli que le public new-yorkais adore, avec plein de figurants un peu partout, qui termine avec un tourbillon d'étoiles étincelantes qui, lancées du plafond, tournoient lentement vers le plancher. Non, ce n'était pas du Chéreau.

Et puis, hier soir, on est allé écouter l'orchestre philharmonique de Vienne, sous le bâton de Daniel Baremboim, à la salle Carnegie - programme un peu curieux à mon avis, la symphonie no. 6 (La Pastorale) de Beethoven, l'ouverture et le Liebestod de Tristan et Iseult de Wagner, et les Variations pour orchestre de Schoenberg. Avec un polka énergique en bis. New-York aime beaucoup Baremboim.

Aujourd'hui on reçoit chez nous le décorateur d'intérieur qui va m'aider à « rafraîchir » le taudis dans lequel nous vivons depuis trop longtemps. Je donne des meubles et les objets « de famille » à ma sœur qui habite la banlieue de Philadelphie, qui doit venir les chercher avec son mari un de ces jours. J'espère vendre le canapé style Regency aux enchères, ainsi que mes estampes françaises du XVIIIe siècle de Pompéi (cadres en bois doré Louis XVI, montage à la « française » du XVIIIe siècle avec bordure en aquarelle, bandes en or et en encre, etc.), quelques fauteuils du XIXe, à remplacer s'il faut par des meubles moins stylisés. Une table pour manger et pour écrire, une bibliothèque pour les livres, un canapé, quelques chaises, une commode et le lit - c'est vraiment tout ce qu'il nous faut.

Nos goûts particuliers

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Où l'on nous montre nos goûts cinématiques par codes postaux. (Manhattan est habité surtout par des gays et des alcooliques, évidemment.) Et il y a des cartes pour Los-Angeles, Atlanta, Miami, etc. (Merci, Gawker.)
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Dans la station de métro PATH de la rue Christophe (un peu sinistre, non ?)

Hier samedi on est allé voir le nouvel appartement de l'ami ex-marine qui vient de déménager de la Nouvelle-Rochelle dans le comté de Westchester, au nord de New-York, pour Ville-Jersey, dans le Nouveau-Jersey évidemment, juste à l'ouest de Manhattan sur l'autre rive du fleuve Hudson. Pour y aller on a pris le train métropolitain PATH, un métro spécial géré par l'Autorité portuaire de New-York et du Nouveau-Jersey qui ne coûte que 1,75 $ le voyage (contre 2 $ pour le métro new-yorkais). Il y a une station PATH dans la rue Christophe et c'est de là qu'on est allé à Newport-Pavonie, où nous sommes descendus pour aller chez l'ami ex-marine.

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À Ville-Jersey - le complexe résidentiel de l'ami ex-Marine sur la droite

Scandale à venir ?

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On semble voir venir, de l'horizon, une nouvelle controverse qui éclatera peut-être bientôt au-dessus des boucles rousses qu'on trouve sur la tête du ministre des Finances Timothy Geithner. Il s'agit dans ce dernier cas de mails qu'on a retrouvés dans lesquels M. Geithner, en tant que chef de la Réserve fédérale, est censé avoir conseillé à AIG, le groupe d'assurances en faillite avec des milliards d'obligations envers des gens comme la Société Générale, la DeutscheBank et, comme toujours, Goldman Sachs, de n'en pas parler publiquement comme la loi oblige, afin de ne pas « faire peur » aux marchés financiers. Une partie des mails a été publiée par un représentant républicain de Californie. L'ex-gouverneur de New-York, Eliot Spitzer, demande la publication de la totalité des mails en question.
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Devant le grand magasin Macy's, dans la place du Héraut

Il faut avouer que je prends un vrai plaisir bien méchant à suivre les divers contretemps que subissent en ce moment Mme Iris Robinson, parlementaire « fondamentaliste » et anti-gay de l'Irlande du nord, et son mari, Peter, premier ministre du gouvernement local.

On est allé chez Macy's cet après-midi pour acheter un cadeau d'anniversaire pour notre ami bengali - il est grand amateur d'ustensiles de cuisine en fonte émaillée de la marque Le Creuset (que Martha Stewart a de toute évidence copié pour sa propre gamme d'ustensiles de cuisines en fonte émaillée). On ne savait pourtant pas quelle couleur il fallait choisir - on a donc opté pour une casserole ronde et noire qu'il pourra changer contre une d'une autre couleur.

Heut' oder morgen

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Devant l'Opéra Métropolitain hier soir

Représentation très correcte, très satisfaisante, hier soir du Chevalier de la Rose à l'Opéra métropolitain. L'orchestre était dirigé, un tout petit lentement à mon goût, par le chef Edo de Waart - si l'on y trouvait qu'une passion bien retenue, les instruments n'ont par contre pas submergé les voix. Renee Fleming était une excellente Marschallin. Sophie était chantée par Christine Schäfer, mais pour la grande et heureuse surprise était la voix, belle et émotionnelle, de Susan Graham dans le « Hosenrolle » d'Octavian. Le baron Ochs était chanté avec humour et expertise par Kristinn Sigmundsson. Le livret du poète von Hofmannsthal est toujours un délice. (Fidèle à ses coutumes pérennes, le public new-yorkais adore déballer lentement et avec le plus de bruit possible les bonbons dans les passages les plus délicats - l'âge moyen du spectateur étant bien au-dessus de soixante, je dirais.) On a rencontré, sans l'avoir attendu, plusieurs amis et connaissances au bar dans les deux entractes - l'opéra étant long (quatre heures vingt-trois minutes), on a quitté le théâtre après minuit.

Les parents un peu terribles

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Pendant que le copain bossait dans le quartier financier hier soir - histoire de serveur pourri, carte-mère foutue et je ne sais plus quoi - j'ai bravé le froid pour marcher du bureau jusqu'à la Place du Temps pour m'offrir le plaisir d'une soirée culturelle solitaire.

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Sur l'estrade dans la place du Temps

En dépit d'une température de par sa nature même canadienne, et d'un vent pareil, il y avait du monde devant les guichets du TKTS - des Italiens fous, des hispanophones gelés au fond de leurs âmes latines (non, ils ne venaient pas des Andes, ceux-ci), et moi, on faisait tous la queue devant le guichet marqué, bien inutilement, « Plays Only », puisque les étrangers, ainsi que le couple du Nouveau-Jersey juste devant moi, cherchaient des billets pour des comédies musicales, telles Wicked ou West Side Story, qui pourtant ne vendent pas des billets à prix réduit chez TKTS parce que ce sont de gros hits qui vendent leurs billets à plein tarif - « Aaaah ! » répondent les masses sagement à cet éclaircissement. « Mais vous n'avez toujours pas de billets pour Wicked ? » ils réitèrent, dans l'espoir, je suppose, d'une réponse différente de la première, et plus heureuse. Et enfin ils partent. À mon tour, je demande à la pauvre guichetière, qui n'a sûrement pas souri depuis des lustres, « Un billet pour le Dieu du Carnage, s'il vous plaît. » Elle me regarde comme si j'étais une apparition, peut-être même un zombie (mais dans ce froid, quand même...) - « One ticket ? » « Oui, madame. Un seul billet suffira. » Je lui souris, ce qui la rend nerveuse. Elle tape la requête sur le clavier. Le billet sort. Je lui avance les quelques billets de banque de $20 qu'il faut à travers la toute petite brèche dans le guichet de plastique. Elle les prend tout délicatement et me rend et mon billet et ma monnaie, par le même trou étroit. « Thank you » je lui dis. « Bonne soirée » me dit-elle.

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Façade du théâtre Jacobs, ex-Royale, cachée par l'échafaudage

Je n'avais pas lu trop soigneusement la critique, ayant noté seulement qu'on semblait aimer la pièce, et surtout les acteurs qui y jouaient. Mais la distribution avait changé - je connaissais pourtant deux des quatre acteurs, l'excellente Christine Lahti et Jimmy Smits, qui joue, lui, des policiers à la télé.Les personnages sonnent faux - il y a un côté parisien assez 6e arrondissement qui cloche mal avec le quartier de Brooklyn où nous nous trouvons dans cette version américaine. Je me demande où l'on a situé la version anglaise ? À Islington, peut-être ? (Non, je me suis renseigné - dans la version londonienne, il s'agit toujours de deux couples parisiens.) Il y a aussi, dès le début, des indications de classe et de milieux sociaux qui semblent mal à l'aise - le fétichisme des livres d'art est plus français qu'américain, et puis le malaise causé par le décalage social entre les maris, dont l'un n'est qu'un grossiste d'articles ménagers tandis que l'autre est grand avocat-conseil pour une énorme société pharmaceutique est plutôt anglais - en tout cas, les deux maris sont tellement grossiers qu'ils se ressemblent et seraient vite devenus, à New-York au moins, de bons copains vulgaires.

On commence à hausser la voix, mais je me suis demandé à plusieurs reprises pourquoi le couple « visiteur » s'est contenté de rester chez l'autre couple - dans une pareille situation, je me serais échappé vite, en me rendant compte qu'on n'allait pas résoudre grand-chose. L'avocat et sa femme, qui travaille « in wealth management », n'habiteraient jamais Brooklyn. On commence à boire du rhum (« Rum makes you crazy » selon l'un des maris, remarque aussi banale que fausse) et puis, « libéré » par l'alcool, on dit des choses « vraies ». Mais pas terriblement intéressantes, hélas. Du Virginia Woolf bourgeois et aplati.

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La grande affiche Pepsi dans la place du Temps, avec son logo « obamaïsant »

À une heure et demie de longueur seulement, sans entracte, la pièce traîne pourtant - la femme assise à côté de moi a regardé sa montre plusieurs fois. Il y a quelques bons mots, à propos, par exemple, de l'habitat naturel du hamster - y en a-t-il un, à part une cage dans une chambre d'enfant ? Les acteurs ont bien joué, mais la pièce, elle, m'a déçu.

La peur et les soupçons

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Poursuivant ma passion actuelle pour la ville d'Alexandrie en relisant les poèmes extraordinaires du poète grec Constantin Cavafy, je me suis étonné de constater combien le poème suivant, dans une traduction française trouvée ici, comprend bien, à mon avis, la situation actuelle avec les terroristes qui seraient en train de nous assaillir de tous côtés.

Aucun délais (1911-27)

Dans la peur et les soupçons, l'esprit hagard,
les yeux pleins de terreur, tétanisés,
nous nous disons que faire pour échapper
au danger horrible qui nous menace.
Pourtant nous nous trompons, ce danger
nous n'aurons pas à l'affronter,
les augures étaient trompeuses (ou bien
nous les avons mal interprétées).
Une autre catastrophe non prévue,
soudaine et inévitable nous tombe dessus,
nous prend au dépourvu et nous emporte,
sans nous laisser aucun délais.

D'un royaume bien ordinaire

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New-York aurait battu le Royaume magique et autres parcs d'attraction à Orlando, en Floride, comme première destination touristique américaine de l'année 2009, avec 45,2 millions de visiteurs. Doit-on vraiment en être fier ?

Explications partielles

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Je note en passant que ma mauvaise humeur de ces derniers jours n'était en rien améliorée en regardant ce gâchis lamentable de divers projets de loi sur les assurances maladies et les soins médicaux dont le Congrès nous a presque joyeusement fait cadeau. Peut-on vraiment être plus vilement vendus que ces grands sénateurs Baucus et Lieberman ? Et pourquoi ce silence - pour le moins suspect - d'Obama en réponse à ce chantage si grossièrement profitable aux compagnies d'assurances privées ? Mais rien du tout, parbleu !

On a voté pour lui expressément pour nous éloigner des politiques truquées de Bush et cie. Mais il a exécuté de bien chères révérences à la société privée Goldman Sachs tout comme les Bushistes ont fait à Blackwater et à Halliburton (pour ne nommer que ces deux exemples particuliers).

Et la Cour suprême, infectée par ces juges nommés par Bush et tout à fait politisés, qui refuse à se prononcer sur une décision abominable rendue en avril dernier par la Cour d'appel du district de Colombia. Le Times d'aujourd'hui, dans un éditorial intitulé tout clairement « Yes, It Was Torture, and Illegal », note que « In effect, the Supreme Court has granted the government immunity for subjecting people in its custody to terrible mistreatment. » Ah, que c'est charmant ! (Pour ne pas parler de certains commentaires laissés en réponse à cet éditorial, qui me désespèrent tout à fait, genre « Tuez-les ! À bas les Musulmans ! Il faut copier les Israéliens ! » et cetera.) 

Et il y a aussi cette espèce de fin de non-recevoir (non, je ne suis pas avocat et je me trompe peut-être de terme) en ce qui concerne le procès des mercenaires de la société Blackwater inculpés pour meurtres en Irak - le juge avait peut-être raison de rejeter les revendications des procureurs, mais c'est quand même démoralisant et cela laisse aussi la forte suspicion qu'on avait agi, dans le département d'État, avec l'intention de « salir » - rendre inacceptables - les témoignages.

Et les bêtises qu'on dit et qu'on fait à propos du terroriste au slip explosif !! C'est de la vraie folie.

Et puis il fait trop froid - en dessous de -7°C, c'est pas possible. Un point c'est tout.

Être à la hauteur

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La France suit l'exemple des États-Unis et du Royaume-Uni en fermant au public son ambassade au Yémen à la suite de menaces qu'on n'a pas spécifiées.


Burj Dubai 3.JPG.jpg La tour la plus haute du monde, la Burj Dubaï, ouvre aujourd'hui dans l'émirat de Dubaï. Je n'aime pas tellement l'emplacement un peu isolé, mais le bâtiment, lui, je trouve assez beau. Ici, on cherche maintenant à vendre l'ex-Tour de la Liberté (nom bêtement débile, de toute façon), qu'on a renommé le 26 mars 2009 le numéro 1, World Trade Center.

Je suis la morve de Dieu

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Pour ceux qui se plaisent à circuler dans un Manhattan un rien névrotique, je recommande le dernier livre de Paul Rudnick, I Shudder - Je tressaille - qui est délicat, spirituel, tout léger. Mi-fiction, mi-mémoire, les sections qu'on y trouve manient finement la langue américaine telle qu'on la parle quand on est, comme l'est M. Rudnick, attentif, connaisseur et, par la force des choses, pessimiste. Voici un court extrait sur les moyens de transport à Manhattan décrits par un dandy fier et pauvre au nom d'Elyot Vionnet.
 

« And so I continue in borderline poverty, save for my one indulgence, no, my single absolute necessity : I take cabs. Yes, on occasion, when I wish to see what people with unpleasant skin conditions are wearing, I do take the subway. I have never, I am proud to say, taken the bus, because people who take the bus have given up. They have said, I am nothing, I will never know a second's joy or even the most minuscule accomplishment, I am a rotting fleshbag rolling toward my squalid garden apartment in one of those fictional neighborhoods, such as Inwood or Yorkville. I am not living, I am simply waiting to be recycled ; instead of a soul, I own a Naugahyde briefcase or a clear plastic rain bonnet, I am God's mucus, and therefore - I take the bus. »

Moi non plus, je n'aime pas prendre le bus.

Rien que du cinéma

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Quand il fait moche et quand tout, presque, est fermé, tout le monde court au ciné. Impossible à avoir des places au Clearview Chelsea vers 16 heures pour A Single Man, It's Complicated ou Up in the Air - séances affichées « sold out ». Par contre, on aurait pu voir Avatar et Sherlock Holmes, mais Avatar, on l'a déjà vu, en Imax 3D même, voyez-vous, ce qui ne l'a pourtant pas évité à être une daube du point de vue de l'histoire qu'on raconte, d'une banalité écrasante à endormir tout spectateur ayant plus de onze ans. (Le militaire méchant habite, avec sa femme, à côté d'amis à nous dans un petit village pittoresque dans la vallée du Hudson - paraît qu'il est bizarre, tandis que sa femme serait plutôt sympa. À vérifier personnellement un de ces jours.)


N'ayant pas pu avoir des places pour A Single Man, on a décidé de tenter nos chances au Cinéma Sunshine dans la rue Houston Est où l'on passait Los abrazos rotos de Almodóvar à 17 heures. On a donc hélé un taxi dans la 7e avenue qui nous a déposés devant le cinéma, où, là aussi, il y avait une grande queue.

Après la grisaille de ces derniers jours, quel plaisir de se perdre dans ce monde si saturé de couleurs et de vitalité que nous offre ce génie du cinéma ! Est-ce le meilleur de ses films ? Sans doute pas, mais c'est tout de même d'une intelligence si subtile, d'une beauté si supérieure et, finalement, d'une sympathie si réelle et engageante par rapport à la plupart des films qu'on cherche à nous faire avaler, que je suis sorti émerveillé. Et je le reste. En contemplant Almodóvar, je trouve que je puis affirmer que tout n'est pas désespérant.

PS - Et puis, qu'est-ce qu'elle est belle, Penélope Cruz ! Dios mio !

Bonne année

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Je respire avec un certain soulagement aujourd'hui sachant que je ne suis pas tout à fait bon à rien puisque je suis arrivé hier soir à préparer d'excellents choux de Bruxelles au beurre.

Meilleurs vœux à toutes et à tous qui me suivent dans ce dérapage virtuel pour l'année qui vient de commencer.


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