L'arrestation d'un pilote néerlando-argentin en Espagne en décembre dernier et sa prochaine extradition en Argentine pour poursuite judiciaire à la suite d'allégations d'avoir participé aux soi-disant vols de la mort, une atrocité qui faisait partie de l'arsenal particulier des militaires argentins lors de leur répression pendant la « sale guerre » contre la « subversion », c'est-à-dire contre tout et tous qui se rangeaient contre la tyrannie de l'état, ces faits ont souligné combien nous, Américains, nous n'avons toujours pas su assumer notre responsabilité personnelle en tant qu'état de droit pour les crimes (on n'ose toujours pas prononcer le mot « torture », lui préférant la phrase euphémistique de « tactiques d'interrogation agressives ») que nous avons permis à nos responsables de commettre en nos noms.
Ce triste article publié par Scott Horton dans le magazine Harper's sur les « suicides » de la prison de Guantánamo nous montre la distance qu'on a à traverser avant de finir avec ce qu'il faudra faire. Sans grande surprise, à part quelques blogs (ici, ici, ici et ici), on n'en parle toujours pas dans les médias traditionnels - le thème d'Américains criminels ne promouvant pas trop les ventes de produits pharmaceutiques ou de slips absorbants pour incontinence à la télé pendant l'heure des journaux télévisés.
(Mise à jour: Mon idole Glenn
Greenwald en parle aujourd'hui, le 19 janvier, avec sa verve tranchante habituelle dans un
billet intitulé « Le
crime de ne pas "regarder à l'envers" ».)
Et puis on hésite à se demander trop pourquoi M. Obama, celui à qui on a versé de l'argent pour sa campagne électorale, celui qui nous a promis « du changement » et du respect pour les lois (la primauté du droit, etc), celui qui allait fermer la prison de Guantánamo et les « sites noirs », celui qui, on croyait, allait poursuivre les criminels employés par Bush et nettoyer la bureaucratie des pires vestiges bushiens, pourquoi M. Obama n'a presque rien fait de tout cela, et pourquoi il s'est abaissé si souplement devant les banquiers et les courtiers de Wall Street, pourtant en faillite, et contre les excès desquels le pays en son entier s'est levé, pour ne pas mentionner l'inaction préméditée sur l'indécente politique de Ne demandez pas, n'en parlez pas dans les forces armées.
C'est pour tout cela qu'on n'est pas tous, en ce moment, « fous de joie » sur la situation actuelle et c'est aussi pour cela, à mon avis, que la candidate démocrate au Massachusetts pour le siège au Sénat du défunt Ted Kennedy n'a pas réussi à gagner la campagne électorale en toute facilité - les progressistes ne se sentent pas particulièrement poussés à voter pour une démocrate qui leur semblent seulement un nouveau exemplaire de ceux qu'on trouve déjà au Congrès, tandis que les républicains et une bonne partie des indépendants cherchent un moyen visible de faire preuve de leur mécontentement actuel en rejetant le vainqueur présumé. C'est le danger de laisser tomber la base sans gagner pour autant d'autres électeurs.
Mais revenons à notre sujet. Quand verrons-nous des poursuites judiciaires contre ceux qu'on accuse d'avoir torturé les prisonniers ? Pas demain, c'est sûr. Mais il n'y aurait pas, de toute façon, de prescription extinctive d'un crime de guerre ou d'un crime contre l'humanité. On patientera. Pour le moment.

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