Pendant que le copain bossait dans le quartier financier hier soir - histoire de serveur pourri, carte-mère foutue et je ne sais plus quoi - j'ai bravé le froid pour marcher du bureau jusqu'à la Place du Temps pour m'offrir le plaisir d'une soirée culturelle solitaire.




Sur l'estrade dans la place du Temps
En dépit d'une température de par sa nature même canadienne, et d'un vent pareil, il y avait du monde devant les guichets du TKTS - des Italiens fous, des hispanophones gelés au fond de leurs âmes latines (non, ils ne venaient pas des Andes, ceux-ci), et moi, on faisait tous la queue devant le guichet marqué, bien inutilement, « Plays Only », puisque les étrangers, ainsi que le couple du Nouveau-Jersey juste devant moi, cherchaient des billets pour des comédies musicales, telles Wicked ou West Side Story, qui pourtant ne vendent pas des billets à prix réduit chez TKTS parce que ce sont de gros hits qui vendent leurs billets à plein tarif - « Aaaah ! » répondent les masses sagement à cet éclaircissement. « Mais vous n'avez toujours pas de billets pour Wicked ? » ils réitèrent, dans l'espoir, je suppose, d'une réponse différente de la première, et plus heureuse. Et enfin ils partent. À mon tour, je demande à la pauvre guichetière, qui n'a sûrement pas souri depuis des lustres, « Un billet pour le Dieu du Carnage, s'il vous plaît. » Elle me regarde comme si j'étais une apparition, peut-être même un zombie (mais dans ce froid, quand même...) - « One ticket ? » « Oui, madame. Un seul billet suffira. » Je lui souris, ce qui la rend nerveuse. Elle tape la requête sur le clavier. Le billet sort. Je lui avance les quelques billets de banque de $20 qu'il faut à travers la toute petite brèche dans le guichet de plastique. Elle les prend tout délicatement et me rend et mon billet et ma monnaie, par le même trou étroit. « Thank you » je lui dis. « Bonne soirée » me dit-elle.

Façade du théâtre Jacobs, ex-Royale, cachée par l'échafaudage
Je n'avais pas lu trop soigneusement la critique, ayant noté seulement qu'on semblait aimer la pièce, et surtout les acteurs qui y jouaient. Mais la distribution avait changé - je connaissais pourtant deux des quatre acteurs, l'excellente Christine Lahti et Jimmy Smits, qui joue, lui, des policiers à la télé.Les personnages sonnent faux - il y a un côté parisien assez 6e arrondissement qui cloche mal avec le quartier de Brooklyn où nous nous trouvons dans cette version américaine. Je me demande où l'on a situé la version anglaise ? À Islington, peut-être ? (Non, je me suis renseigné - dans la version londonienne, il s'agit toujours de deux couples parisiens.) Il y a aussi, dès le début, des indications de classe et de milieux sociaux qui semblent mal à l'aise - le fétichisme des livres d'art est plus français qu'américain, et puis le malaise causé par le décalage social entre les maris, dont l'un n'est qu'un grossiste d'articles ménagers tandis que l'autre est grand avocat-conseil pour une énorme société pharmaceutique est plutôt anglais - en tout cas, les deux maris sont tellement grossiers qu'ils se ressemblent et seraient vite devenus, à New-York au moins, de bons copains vulgaires.
On commence à hausser la voix, mais je me suis demandé à plusieurs reprises pourquoi le couple « visiteur » s'est contenté de rester chez l'autre couple - dans une pareille situation, je me serais échappé vite, en me rendant compte qu'on n'allait pas résoudre grand-chose. L'avocat et sa femme, qui travaille « in wealth management », n'habiteraient jamais Brooklyn. On commence à boire du rhum (« Rum makes you crazy » selon l'un des maris, remarque aussi banale que fausse) et puis, « libéré » par l'alcool, on dit des choses « vraies ». Mais pas terriblement intéressantes, hélas. Du Virginia Woolf bourgeois et aplati.

La grande affiche Pepsi dans la place du Temps, avec son logo « obamaïsant »
À une heure et demie de longueur seulement, sans entracte, la pièce traîne pourtant - la femme assise à côté de moi a regardé sa montre plusieurs fois. Il y a quelques bons mots, à propos, par exemple, de l'habitat naturel du hamster - y en a-t-il un, à part une cage dans une chambre d'enfant ? Les acteurs ont bien joué, mais la pièce, elle, m'a déçu.

Le hamster peut aussi faire la Une des journaux en Alsace :
Extrait des Dernieres Nouvelles d'Alsace du 7 janvier 2010 :
Comptage de hamsters au Fehrel ( C'est à Rosheim, 25 km de Strasbourg)
" Elle avait fait des remous toute l'année 2009, la future zone d'activité intercommunale du Fehrel est suspendue désormais aux moustaches du Grand hamster d'Alsace. « J'ai reçu un avis de la Préfecture indiquant qu'aucun permis de construire ne peut être engagé tant que le comptage [des animaux] n'a pas eu lieu », indique Michel Herr, qui s'étonne : « je ne pensais pas qu'on était dans une zone potentiellement grand hamster, avec la monoculture de maïs sur ces sols et la proximité de la RD 500 et de la voie rapide ». Et le décompte des terriers, ce sera en avril seulement, au moment où la « marmotte de Strasbourg » sort d'hibernation."
Comme quoi le hamster n'habite pas toujours dans une chambre d'enfants...
Bonne journée à vous, cher Edouard.