Rattrapage

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Déménager, je trouve que c'est un peu mourir à petits pas. Cela peut sembler tout à fait déplacé à certains, mais je comprends le copain quand il dit qu'il souhaiterait presque un incendie dans l'appartement pour en finir avec la tyrannie des choses qu'on possède, et qui, à leur tour, nous possèdent aussi. Je me sers en fait d'un critère assez extrême pour déterminer s'il faut garder un objet ou pas -- je m'imagine à Berlin le jour avant l'arrivée des Russes en 1945 et je me demande, dans ce cas-là, qu'est-ce que je voudrais absolument emporter avec moi ? (Bon, je triche évidemment, mais ça m'aide à me débarrasser de pas mal de choses.) Mais il reste des questions - faut-il garder du papier à lettres gravé portant une vieille adresse, à savoir celle de Pierreville ou de la rue de la Banque ? Qu'est-ce que je dois faire avec le paquet de cartes de visite en bristol écru gravées à Madrid qu'une amie espagnole m'a offertes il y a des années - elle est depuis disparue de ma vie, mais ces cartes évoquent, quand je les vois et quand je les touche et même quand je les sens, car tout papier a ses propres arômes, ce souvenir doux-amer de l'époque où nous étions de grands amis ? Non, il faut être comme l'Allemand juif d'Hambourg en 1938 à la porte duquel on frappe en disant « Votre taxi est en bas » - on a déjà attendu trop longtemps, on a payé le visa pour le Mexique (ou le Chili ou la Chine), les autorités ne vous permettent d'emporter une seule valise, il faut donc se résigner à la perte de ses livres, des ses encyclopédies pesantes, de ses belles assiettes en porcelaine de Limoges qui ne serviront plus à garnir votre table ni à donner du plaisir à vos invités - c'est assez, il faut partir, vite, pour commencer la vie nouvelle, celle qu'on ne connaît pas.
Le copain a peu de patience pour ce genre d'hésitation, ou pour mes souvenirs - lui, il pourrait tout jeter sans y penser un seul moment. Il a peut-être raison, mais mon passé me hante, et je crains de m'en débarrasser d'une manière trop péremptoire si je suis sa politique de la terre brûlée.

J'ai découvert ce matin sept jeux de société en boîtes poussiéreuses - Risk, Modern Art, Cathedral, Monopoly (version parisienne), Go, Scrabble, un jeu d'échecs en plastique et un très élégant jeu de backgammon de chez Loewe offert au copain par une autre amie madrilène. On n'a jamais, à ma connaissance, joué à Modern Art ni à Cathedral. On garde donc Risk, Monopoly, Scrabble, échecs et backgammon - les autres seront offerts à Housing Works.

Il va falloir trouver du papier bulle pour les tableaux.

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Hall du théâtre David Koch au centre Lincoln (photo floue prise par le copain avec son iPhone)

Mardi soir on est allé, bravant une pluie froide et du vent, au ballet, où l'on a vu l'une des dernières représentations de la saison d'hiver du Ballet de la ville de New-York.

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Vue de la salle Avery Fisher de l'autre côté du centre Lincoln du théâtre Koch -
on était au balcon et il pleuvait fort

C'était un programme dédié à deux œuvres du chorégraphe à caractère difficile Jerome Robbins, l'un des chorégraphes principaux de la compagnie. Robbins à mon avis n'atteint jamais la beauté intellectuelle et distinguée de l'œuvre du chorégraphe maître Georges Balanchine -- c'est un populaire malgré lui, et cela se voyait clairement dans le vide, la vulgarité et la prétention du ballet « Dances at a Gathering » créé en 1969.

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Façade de l'Opéra vue du balcon du théâtre Koch par une soirée de pluie

Son talent a trouvé son élément correct à Broadway, pour lequel il a chorégraphié de chefs-d'œuvre, dont les danses dans West Side Story.

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Le carnetier influent Glenn Greenwald sur la gauche

Jeudi, comme prévu, on est allé écouter le carnetier politique Glenn Greenwald dans un amphithéâtre de la Fac de Droit de l'Université de New-York qui se trouvait dans la rue Sullivan. Il faisait un temps infect, mais les fans sont venus admirer leur idole.

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M. Ellsberg se trouve au bout du rang de chaises

Il y avait même dans la salle le célèbre analyste militaire Daniel Ellsberg qui avait osé donner un exemplaire des soi-disant Pentagon Papers, une étude top secret sur le développement de la guerre du Viêt-Nam, au New York Times et à d'autres journaux américains. La salle l'a applaudi. Dans la conférence, M. Greenwald, bronzé à cause, je suppose, de sa résidence au Brésil, où il habite avec son ami qui n'a pas pu recevoir un permis de séjour américain, était aussi intelligent et concentré que l'individu qu'il démontre dans les pages virtuelles de son carnet chez Salon. On lui a posé quelques questions intéressantes, telles : « Is fascism hère ? » et « Do we have a functioning democracy ? » Lui, il nous a posé la question suivante : « Où sont les « tea parties » progressistes ? »

Après la conférence, on est allé dîner dans un restaurant japonais très bon, mais tout petit où il est en général impossible à trouver une table - à cause du temps maudit qu'il faisait, le restaurant était presque désert et la propriétaire nous a remerciés d'être sortis par un temps aussi inclément. On a commandé toutes sortes de plats curieux - des foies de maquereau, du poulet à la jamaïcaine, le tout suivi d'une sélection de sashimi choisie par le chef devant nous (on était assis au bar) - et le copain a choisi une bouteille de saké refroidi - je pense que c'est à cause du saké qu'il m'a révélé sa proposition de laisser marcher son affaire informatique ici un mois en automne prochain qu'on passerait, nous, à Paris -- il m'a expliqué qu'il lui faudrait une connexion Internet rapide et sûre (et sans doute chère aussi), mais qu'il pourrait probablement travailler aussi bien à Paris qu'à New-York. Plan qui m'a fort surpris, vous vous en douterez. Et juste au moment où je commençais à faire nos choix de billets pour l'opéra et pour les concerts à la Salle Carnegie, pour ne pas parler de toutes ces préparations pour le déménagement de l'appartement en vue de sa décoration ! Mais si on faisait l'expérience, pour un mois seulement, pour voir comment ça pourrait marcher à l'avenir ?

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Cachée dans les arbres et les arbustes, la petite maison qu'on va prendre

On verra tout ça après l'été, puisqu'on vient de prendre la décision de louer une petite maison aux Pins encore une fois - la dernière, je parie, mais on ne sait jamais.

Le mauvais temps a continué le vendredi - le copain, mon boss méchant, m'a autorisé à rester à la maison pour continuer à remplir les cartons. Mais il m'a ensuite texté pour demander si j'avais envie de profiter du mauvais temps pour essayer d'avoir des billets de théâtre aux guichets TKTS. Bien sûr j'ai dit oui et donc vers six heures de l'après-midi j'ai pris le métro pour la 50e rue, où je suis descendu pour aller à la 47e rue.

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Descendant Broadway pour me rendre aux guichets TKTS dans la 47e rue

La neige ayant cessé depuis quelques heures, il y avait du monde qui faisait la queue le long de la 7e avenue. Mais comme la plupart des gens cherchent des billets pour des comédies musicales et que nous cherchions des billets pour des pièces, je ne m'inquiétais pas trop -- et on a eu des billets à 62 $ pour des places d'orchestre une pièce nouvelle qui s'appelle A Behanding in Spokane (La coupure de main à Spokane ?).

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Il y avait du monde à faire la queue devant les guichets TKTS vendredi soir

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Devant le théâtre Schoenfeld (anciennement théâtre Plymouth) dans la 45e rue

 La vedette de la pièce est l'incontournable Christopher Walken, qui nous offre une interprétation tout à fait originale, maniérée, particulière d'un personnage assez bizarre. Il y avait aussi Sam Rockwell, qui doit aussi être connu (on l'a applaudi lorsqu'il est entré en scène, signe de vedette), mais de qui ? Un jeune homme au visage pas très exceptionnel (à mon avis, bien sûr), il joue un personnage plutôt idiot - et il le joue très bien. Mais la pièce m'a laissé froid - ça fait très Sam Shephard, un peu surréaliste, un rien dada. Il y a du dialogue qui fait sourire, c'est un rien plus intelligent que ce qu'on voit à la télé, mais hélas pas énormément. Il n'y avait pas d'entracte - cela, ils ont bien fait, sinon...

On suit finalement, comme tout le monde, les événements terribles au Chili - on souhaite avoir bientôt de bonnes nouvelles rassurantes de notre amie carnetière Sophie qui se trouve avec son mari et ses deux enfants adorables à Valparaiso (ou dans les environs), donc un peu au nord de l'épicentre du séisme monstre, mais toujours sous l'effet. Il n'y a pas d'Internet, il paraît, ni de courant, donc on attendra avec patience ses nouvelles.

9 Commentaires

une solution une seule : le garde-meuble !!! moi qui en suis à mon 4ème déménagement en moins de deux ans, je t'assure que c'est la solution : les cartons tout bien labellisés au garde-meubles.... en toute conscience que certains cartons passeront à la benne direct !!!

On en a déjà un, mais il se trouve au Connecticut (c'est loin, mais c'est bon marché !)

eh bien, vive le saké refroidi! ça donne des bonne idées, on dirait...

tout va bien, c'était très effrayant mais nous n'avons eu qu'une minute à 7 alors qu'ils ont eu 8,3 durant deux minutes à Santiago. Nous prenons conscience de notre chance en regardant la télé nouvellement reconnectée.

Merci, Sophie, de vos bonnes nouvelles.

Grâce à Sophie au Chili je vous retrouve, quel bonheur!

C'est tellement vrai...Se résigner à laisser des choses auxquelles on tient ou qui nous rappellent de bons souvenirs, ou une période de notre vie. Laisser "les murs" où on a été heureux, c'est dur aussi !

Mais cette maison est adorable ! quel bon choix

Bonjour Edouard
A Paris et en France l'internet est rapide et pas trop cher, il faut juste être dans un coin câblé.
Un lien pour convaincre le Copain de venir http://www.dslvalley.com/adsl/offres-adsl.php

Merci, Nanarf, je lui dirai !

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