Le copain, tout comme Jean-Luc Godard, n'est pas allé à Cannes cette année - mais c'est parce que le copain tourne toujours ses propres films, dont celui-ci qu'il a fait pendant une traversée de la Grande Baie du Sud vendredi après-midi de Sayville aux Pins-de-l'Île-de-Feu.
De retour à Manhattan, je continue ma lecture d'un livre célèbre que j'aurais dû lire au collège, mais que je ne sais trop comment j'ai manqué à faire - il s'agit du roman satirique Babbitt de Sinclair Lewis, auquel on doit le nom d'un genre de personne conformiste (Babbitt) et d'un certain tempérament social (Babbittry). C'est intéressant - l'écrivain Lewis se sert d'un argot plutôt désuet, qui peut frapper un peu trop l'attention du lecteur, mais en même temps on trouve des phrases d'une beauté tout à fait poétique comme celle-ci : « The thick sunlight was lavish on the bright water, on the rim of gold-green balsam boughs, the silver birches and tropic ferns, and across the lake it burned on the sturdy shoulders of the mountains. Over everything was a holy peace. » J'ai surtout aimé l'image de « montagnes aux épaules robustes » - c'est exactement ce qu'on voit ici aux Appalaches.
J'ai rempli les rayons des bibliothèques un peu au hasard, et c'est pour cette raison que je retrouve des bouquins que j'avais souvent un peu oubliés, telle cette collection des pièces de théâtre de Jean Giraudoux publiée en 1959 chez Grasset. Je commence ma lecture avec Sodome et Gomorrhe, créé au théâtre des Arts à Paris en 1943, et c'est merveilleux la façon dans laquelle l'auteur commence la pièce avec un dialogue assez insolite entre l'Archange des archanges et un jardinier de Sodome. En pleine Occupation allemande, l'Archange dit : « Nous avons vu des empires s'effondrer, et les plus solides. Et les plus habiles à croître et les plus justifiés à durer. » Puis loin il ajoute, à propos du destin de deux villes : « L'archange mon collègue qui fait tourner les crèmes et les sauces dans la cuisine des empires est entré, et c'est fini. » Cynique, mondain, délicieux ! Je me demande ce qu'ont dû penser les Allemands en entendant de telles paroles.
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