Il m'arrive assez souvent de commencer à écrire un billet sans le compléter - en général, j'efface l'effort inachevé, mais cette fois je propose un assortiment de billets partiels dont la plupart datent de ces dernières semaines et dans lesquelles il y a quelquefois de petits trucs que je n'ai pas envie de perdre tout à fait.

Billet commencé le 6 juillet 2010 :

Danseur aux éventails à La Gorgée et la Pirouette
« Le week-end du 4 juillet, en plus des fêtes de l'indépendance déclarée en 1776, il y a aussi la célèbre Invasion des Pins, assaut simulé de la forteresse de l'archimasculinité incarnée dans les bras musclés, les tatouages de voyou, les crânes rasés d'une grande partie des habitants des Pins par les travestis souvent âgés, surmaquillés, efféminés, portant des talons hauts et des robes à paillettes moulantes, qui viennent de La Cerisaie, pauvre sœur aînée des deux communautés gaies de l'île de Feu.
Cette action « militaire » a lieu le 4 juillet en commémoration du refus de John Whyte, propriétaire du bar-restaurant La Baleine bleue et lui-même ayant des manières assez efféminées, de servir un apéro à un travesti venu de La Cerisaie dans les années 80. Pour répondre à cette incorrection flagrante, les travestis de La Cerisaie se sont organisés pour faire remarquer leur mécontentement. Ils sont venus en masse, en prenant un taxi aquatique jusqu'aux Pins, où ils ont débarqué pour forcer le propriétaire à les reconnaître. Les Piniens, dont la plupart, en dépit de leurs poses machos, ne partageaient pas les préjugés de l'ancien propriétaire mannequin, les ont accueillis avec plaisir et on leur a même offert à boire au pub La Gorgée et la Pirouette (qui ne s'appelait pas comme ça à l'époque, mais j'oublie le nom) qui n'appartenait pas au propriétaire homo homophobe.
Depuis cette première invasion, l'événement est devenu une sorte de fête générale - il y a de grandes compétitions entre maisons, dont la plupart sont aux Pins - ces gens-là s'habillent et s'en vont à La Cerisaie le matin pour retourner aux Pins dans l'après-midi, à bord d'un ferry spécialement organisé qui est bourré de travestis et d'ami(e)s de travestis.
(Je suis en train de taper ce billet dans le train à destination de Manhattan et il y a beaucoup de jeunes gens qui montent à chaque station - il paraît que Lady Gaga fait un concert ce soir au Jardin de la Place Madison (MSG pour les initiés) et une certaine jeunesse ile-longuienne particulière aurait très envie de la voir sur scène.) »
« C'était l'ami avocat anglais qui a voulu voir l'arrivée de l'armée envahissante - en général, l'ayant déjà vu plusieurs fois, j'évite ce genre de spectacle de foule, mais par accident on s'est retrouvé au milieu d'une foule qui ne bougeait presque pas - il a fallu pousser les filles venues de l'Île Longue qui ont souvent l'air d'être plus travesties que les travestis eux-mêmes et qui se soûlent à la bière avec leurs copines pour arriver à une allée qui nous a permis de traverser le Pavillon juste au moment où l'impératrice de la flottille avait débarqué. « Pourriez-vous m'aider à me débarrasser de cette traîne ? » demande-t-elle à l'ami anglais, qui lui répond sur l'instant « Mais avec plaisir, madame ! » Et comme ça il est devenu camériste impériale. D'autres personnages royaux ont suivi et vu la chaleur qu'il faisait, ils ont aussi demandé à l'ami anglais de leur aider à défaire leurs cols et leurs couronnes/coiffures. Il était aux anges !











La partie royale étant descendue et prête, nous sommes montés à La Gorgée et la Pirouette, où l'on a pu voir l'entrée des travestis - il y avait celles habillées en marée noire BP, les oiseaux couverts de pétrole noir collant aux cheveux tachés ...
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Billet commencé le 14 juillet 2010 :
Les déménageurs syndicalisés nous ont tous surpris en arrivant au bureau du copain à 8 heures 5 au lieu des 9 heures prévues - heureusement le jeune technicien sino-malaisien y était arrivé à 8 heures précises et a pu donc leur ouvrir la porter - le matériel avait quitté le bureau à 8 h 30 et alors, ce n'était plus mon problème.
Je suis allé directement à la Galerie nationale d'art en taxi - je m'imaginais très washingtonien en disant au chauffeur tout simplement « Sixth and Pennsylvania, please ». Pour la seconde fois pour moi un chauffeur de taxi écoutait la musique classique en conduisant - mardi j'avais écouté dans un taxi le début assez déchirant du 3e concerto pour piano de Serge Rachmaninoff dans un enregistrement fait par l'Orchestre d'Oslo. On m'a déposé devant l'entrée arrière du Musée, qui fait face au Mail national dominé à l'est par la Capitole et à l'ouest par le monument Lincoln, où l'on entre au rez-de-chaussée.

L'entrée arrière du Musée d'art national à Washington
La plupart des musées à Washington ont l'entrée gratuite, ce qui est agréable (à New-York, par contre, il faut payer 20$ l'entrée au Musée d'art moderne, mais ce musée-là reste ouvert assez tard, tandis que les musées washingtoniens ferment le plus souvent à 17 heures.)

Vers les tableaux espagnols anciens dans la Galerie nationale d'art

St-Martin et le mendiant
Je me suis dépêché d'aller voir quelques tableaux de peintres favoris, dont Murillo, Zurbarán, El Greco, Rembrandt.

Portrait d'une femme de Bernardino Luini
Je ne connais pas Bernardino Luini mais j'ai été très impressionné par la délicatesse des tableaux qu'on nous montre.

La Liseuse de Fragonard (ca. 1770)
J'ai été agréablement surpris par la souplesse de pinceau qu'on voit chez Fragonard dans son portrait d'une jeune fille qui lit, qui m'a rappelé la même élégance de touche légère qu'on remarque aussi chez Sargent dans ces deux petits portraits.

Nonchaloir de Sargent (1911)

Miss Beatrice Townsend de Sargent (1882)

Un Poussin à faire plaisir

Tout comme ce Georges de la Tour
Je suis redescendu au rez-de-chaussée pour voir l'exposition des œuvres, pour la plupart françaises, du grand collectionneur Chester Dale, new-yorkais en l'occurrence. Quelle collection extraordinaire ! Il a vraiment bien choisi, lui et sa femme Maud, peintre elle aussi. Il a donné toute sa collection au Musée.

L'entrée du Ministère du Commerce
De là je suis allé rejoindre un vieil ami d'internat que je n'ai pas vu depuis longtemps et qui venait de recevoir de très mauvaises nouvelles sur sa santé. Mais cela sera le sujet d'un billet plus sérieux, plus approfondi que celui-ci. Je l'ai laissé devant l'entrée du Ministère du Commerce, où il travaille.
Je suis allé au Vida Gym, à deux pas du loft. Plein de jeunes beautés à la washingtonienne construites comme la plupart des bâtiments dans cette ville - « well-bred, tidy and smart, to be sure, but also reserved and perhaps a little dull » (AIA Guide de l'architecture à Washington, page 21) - beaux, mais un peu artificiels, et pas toujours sexy, mais bon, j'exagère. »

Dans le restaurant du pub sportif gay Nellie's à Washington - à ne pas manquer, les gens y sont très sympas
Je trouve très drôle de traduire Cherry Grove par La Cerisaie, même si c'est la traduction exacte, simplement parce que je suis allé là-bas une fois pour l'élection de Miss Cherry Grove et que pas un instant je n'ai pensé à Tchékov ! Après l'élection, je suis rentré aux Pines avec un ami, par le chemin en caillebotis, et nous avons suivi un instant un vieux travelo hors d'âge, déguisé en Reine Mère d'Angleterre, qui se prenait les talons aiguilles entre les planches, c'était à mourir de rire !