La vie devant soi

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Du spectacle lundi soir au Palais de Glace à La Cerisaie - Shequida a ajouté quatre beaux danseurs à son numéro d'ouverture

Comment ne pas être impressionné qu'en dépit de tous les échecs qu'il a subis dans ses tentatives de trouver un esclave obéissant (oups, je veux dire un copain jeune, beau et sans ego), l'ami galeriste n'a toujours pas succombé à la tentation de devenir « sage » (c'est-à-dire, de rendre les armes dans la lutte contre l'âge) - hier soir, par exemple, en rentrant aux Pins après avoir dîné chez Jacques qui saute, adorable bistroquet situé au bord de la plage à La Cerisaie, l'ami galeriste s'est allongé sur le nouveau couvre-poubelles en bois sur le quai d'embarquement pour attendre l'arrivée du taxi aquatique. Vient donc un jeune homme, saoul comme un âne, habillé tout en Polo Ralph Lauren (donc assez BCBG, ce que l'ami galeriste apprécie), avec deux amis qui sont en train de se rouler une pelle - le jeune en RL se sent un peu à part, bien sûr, et il se met aussi sur le couvre-poubelles, son punch planteur orangeâtre toujours à la main et peu de moments après, le voilà, la tête sur les genoux de l'ami galeriste (qui portait un short jeans foncé découpé de la bonne longueur, bien sûr), l'ami galeriste lui caressant ses cheveux noirs en lui parlant tout bas - comme une araignée avec une mouche, il avait complètement enroulé sa proie dans ses paroles soyeuses. Suivaient des petits bisous sur le cou, ce qui nous a bien fait rire, moi et les deux Français. Le taxi aquatique est finalement arrivé - vingt minutes de retard qui ont bien servi à l'ami galeriste, il faut le dire - et nous sommes tous entrés dans le petit bateau, dont la capitaine et l'assistante étaient toutes les deux des jeunes femmes - il y a vingt ans, on n'aura même pas vu une employée chez ces sociétés de taxis aquatiques, et maintenant il y a des équipages de femmes. Bravo ! L'ami galeriste les assied, lui et son nouvel ami, sur le banc à la poupe où leur conversation profonde se poursuit. En quittant le bateau, je dis bonsoir aux Français, qui je reverrai aujourd'hui avant qu'ils prennent le ferry pour aller à l'aéroport JFK pour rentrer à Paris, mais l'ami galeriste est tellement absorbé dans la poursuite du jeune homme (qui est, je le remarque, nettement plus grand que l'ami galeriste, qui mesure pourtant 1,87 m) que je laisse partir sans rien dire.
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Le ferry avant de repartir sur Sayville à midi aujourd'hui

Mise à jour : L'ami galeriste m'envoie un texto du port, en disant qu'ils sont déjà là avec tous les bagages (ils voyagent lourd, les amis français) - je les retrouve en train de prendre un café dans le petit café du port. L'ami galeriste m'explique alors qu'ils se sont quittés, lui et son nouvel ami, hier soir, après une séance d'embrassade sur un banc dans le port - l'ami habitait chemin du Thon, et lui, chemin de l'Océan dans l'autre sens, donc ce n'était pas possible, la séparation de domiciles trop grande. Encore une fois, l'amour éternel bafoué par la géographie, je suppose.

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Le coucher de soleil par un temps d'orage, vu de la terrasse en dehors de notre chambre

Ils sont donc tous partis, les Français et l'ami galeriste, qui doit aller voir sa mère au Westchester cet après-midi. Il pleut doucement. J'entends le bruit des vagues et le piaillement sourd d'oiseaux qui semblent chacun me demander « Mais qu'est-ce que tu vas faire de ta vie ? » Et maintenant j'entends les paroles d'une chanson en français « Je ne veux pas travailler, je ne veux pas déjeuner, je veux seulement oublier » - une chanson, semble-t-il du groupe Pink Martini. (Elle s'appellerait Sympathique, si l'on croit à Wikipédia.)

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