Bon, pour commencer, je me rends compte très, très clairement du fait que je n'habite pas la vraie Amérique, cette Amérique profonde tant mythologisée, cette Amérique idéale des vraies valeurs de substance, du travail dur et de la méfiance de tout ce qui paraîtrait, selon tel ou tel esthéticien subtil du Texas, de l'Utah ou de l'Alaska, pour ne nommer que ces foyers célèbres de culture, trop soigné, trop malin, trop intelligent, trop beau, trop réel, trop laïc, trop étranger. Non, je vis dans un cocon urbain bourgeois des plus douillets, où l'on se débrouille plus ou moins pour vivre dans cette ville trop chère. Une ville où tous mes amis sont démocrates et où leurs origines ethniques, nationales, et religieuses sont très différentes. Ces amis, dont certains mangent des croissants et des boules de riz pour le petit déjeuner, ont fait, la plupart d'entre eux, leurs études dans les universités les plus reconnues du pays, mais ils ne s'en enorgueillissent pas. Ils sont sceptiques, mes amis, mais aussi généreux d'esprit. S'ils n'apprécient pas trop les modes (hé, ils vieillissent, qu'est-ce qu'on peut faire ?), ils sont pourtant ouverts aux idées nouvelles. Ils ont beaucoup voyagé (ils ont tous des passeports) et voyagent toujours et ils ne s'imaginent point en maîtres du monde - ils ne hurleront jamais « U S A » en public pour aucune raison, mais surtout pas pour couvrir les voix de protestataires, comme
l'ont fait les républicains lors de leur dernière convention. Ils sont patriotiques, ces amis, mais d'une manière raisonnable, sachant très bien qu'il y a toujours du bien et du mal dans tout pays et qu'on serait plutôt sage de considérer les perspectives intelligentes qu'on pourrait trouver à l'étranger. Ils ne sont pas fiers de Guantanamo, ni de ce qui s'est passé en Irak, mais ils restent émus, ces amis, tout comme moi, par la vue de la Statue de la Liberté, cadeau de la France, dans le port de notre ville. Voilà, en résumé très grossier, mon milieu à New-York.

Je fais comme tous les touristes et prends la photo obligatoire du bâtiment du fer à repasser dans la Cinquième avenue
C'est pourquoi j'ai toujours eu du mal à prendre trop au sérieux les manifestations hystériques des soi-disant «
fêtards du thé » - le «
Whitestock » (référence ironique au festival de
Woodstock), les placards
mal épelés ou
racistes (ou les deux à la fois), et tout le reste. Tout ça avait l'air tellement débile, tellement crétin, qu'il m'était difficile à faire trop d'attention à ces gens absurdes.
Ceci dit, j'ai peut-être tort. En vue des victoires dans les primaires républicaines de spécimens incroyables comme
Christine O'Donnell au Delaware (en 1996 elle a fait une campagne
contre la branlette, qu'elle considère comme l'avortement !) et Carl Paladino comme candidat républicain pour le poste de gouverneur de mon état de New-York qui envoie des
mails pornos à toute une bande d'amis, je reconsidère. Ce sont des voyous, ces gens, mais je me souviens qu'on a traité les premiers nationaux-socialistes d'abrutis, de demeurés, d'enfoirés, et on se rappelle où ils en sont arrivés en dépit de débuts peu propices. Donc, bien qu'ils soient entièrement, profondément étrangers à moi-même et à mes amis (qui ne sommes pas de vrais Américains, bien sûr, puisque nous habitons la capitale de la non-Amérique), je trouve qu'il faut quand même faire un peu attention.
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