Connaître l'avenir

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Des insomnies hier soir m’ont fait quitter le lit vers 3h15 pour aller fouiller dans les boîtes en carton qui jonchent toujours certaines pièces de l’appartement – je cherchais des cartons d’invitation Smythson achetés il y a des années à Londres qu’on avait l’habitude, le copain et moi, de recevoir souvent. En vain (du moins pour le moment), mais j’ai quand même trouvé un vieux stylo Parker que j’avais cru perdu. J’ai continué, dans le salon illuminé seulement par une petite lampe Tensor, ma lecture de la biographie par Dominique Fernandez de son père Ramon, intellectuel qui a collaboré avec les Allemands pendant l’Occupation. M. Fernandez cherche à expliquer la transformation de son père – il propose plein de théories plus ou moins exotiques sur les raisons de ce changement philosophique, mais il n’arrive pas à illuminer le mystère.

Ma sœur m’a téléphoné hier soir et elle m’a rappelé qu’aujourd’hui est l’anniversaire du mort de mon père, dans un accident d’avion en Géorgie. Elle commence à s’intéresser à la généalogie – moi, par contre, ça m’intéresse de moins en moins. On vit, on meurt, les circonstances changent – les grands d’hier ne le seront plus en cent ans. Et les petits-enfants de gens tout à fait insignifiants et inconnus aujourd’hui rempliront les « unes » des moyens d’infos dans deux cents ans.

C’est un peu la raison pour laquelle je ne me permets pas de me mettre en colère quand on se rend compte de la lâcheté presque infinie de nos hommes politiques à la suite des attentats terroristes d’il y a presque dix ans maintenant. Ils n’osent plus juger Khalid Shaikh Mohammed à New-York, dans un tribunal fédéral – on propose des raisons diverses pour ce changement : le coût de la protection (le maire Bloomberg), les désirs de la population locale (le sénateur Schumer), la sécurité de citoyens américains (le sénateur Lieberman et beaucoup de républicains). Mais tout le monde sait qu’il s’agit de la lâcheté, et aussi de la peur qu’on libère cet homme à cause de la torture qu’il a soufferte sous Bush, ce qui ouvrirait une vraie boîte de Pandore d’illégalités officielles qu’on préfère oublier. On en reparlera dans deux cents ans, et on prononcera le mot « lâcheté ».

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