La leçon d'Irène

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Jeudi après-midi on avait bien l'impression qu'une tempête approchait



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La préparation vedredi aux Pins pour l'arrivée d'Irène attendue le samedi soir



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La journée de vendredi avant l'arrivée de l'ouragan était superbe – notez bien que certains propriétaires de maisons au bord de la mer aux Pins ont fait barricader les fenêtres, tandis que d'autres n'ont rien fait de spécial, comme ci-haut


Il est fort probable qu’en premier lieu ce n’était qu’un de ces mythes qu’on trouve agréable à maintenir sans trop s’inquiéter de leur existence dans la vraie vie. Le mythe du vacher de l’Ouest américain, par exemple, lui confère un caractère taciturne, stoïque et indépendant.  Dans un passé pas trop éloigné, ce caractère était censé représenter l’esprit national américain où l’on ne se plaint pas, on agit, sans trop rien expliquer. Mais l’expérience récente de l’ouragan Irène montre le fossé entre les traits que mes concitoyens s’imaginent posséder et les traits dont ils font preuve.


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L'avis d'évacuation decrété par le comté de Suffolk



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La réponse des fêtards – tout était fermé non pas à cause d'Irène mais parce qu'on a coupé le courant « par précaution » et aussi, tout le monde le croyait, pour forcer les gens à quitter leurs maisons



D’abord, en ce qui concerne la télévision, ce ne sont que des putes à catastrophes. Ils diront n’importe quoi afin d’effrayer le public qui par la suite se sentira obligé de regarder la télé pour les dernières nouvelles de la catastrophe attendue (et promise). Dans le cas d’Irène, c’était impayable de voir les journalistes en imperméable expliquer le « grand danger » de mer et de vent sur les côtes tandis qu’on voyait les gens se promener sur la plage, indifférents apparemment aux déclarations hystériques des journalistes, des bureaucrates, et de tous ceux qui ont surtout besoin de justifier leurs salaires devenus précaires dans ces temps de réductions budgétaires – les pompiers, les flics, les experts en « gestion d’urgence ». Les hommes et les femmes politiques savent très bien qu’il n’est pas la peine de recommander la modération, car les catastrophes les mettront devant un énorme public de téléspectateurs sans avoir à payer un centime pour les pubs – « Il (ou elle} me rassure » disent les gens en les voyant dans le vent et la pluie, la tête nue, la chemise mouillée – et tout cela vaut bien un éditorial analytique de leurs politiques dans le Times.


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On fait la queue pour le ferry de retour le vendredi soir, pendant que le thé se passe au Pavilion – on y trouvait une ambiance étonnamment amicale et sympa pour une fois,  très Till the World Ends de Britney Spears, qu'on jouait bien sûr sans cesse



À New-York, le maire Bloomberg a semblé donner une conférence de presse télévisée toutes les dix minutes, mais quand il a menacé d’arrestation les gens qui ne voulaient pas quitter leurs domiciles à l’île aux Conils, on s’est enfin rendu compte de son excès de zèle salvateur, un zèle qui avait ses origines très probablement, on disait, dans le fait que pendant les grandes tempêtes de neige l’hiver dernier monsieur le maire se trouvait, non pas à New-York comme il se devait en temps de « crise », mais dans une de ses résidences secondaires qui se trouve sur l’île de Bermude.



On a été évacué, le mari et moi, des Pins, par un ordre d'évacuation obligatoire (qui ne l'est pas vraiment, d'après les tribunaux, mais bon...) du comté de Suffolk, le samedi 28 août, à 8.30, parce qu’il fallait arriver assez tôt pour prendre un train qui arriverait avant midi, parce qu'on allait fermer le chemin de fer (et le métro à New-York, pour la première fois dans l’histoire de ce moyen de transport). On est monté dans un train à destination de New-York à la gare de Ronkonkoma. On est arrivé à la gare de Pennsylvanie avec juste assez de temps pour prendre le métro pour rentrer au Village.  Le mari a ensuite pris un taxi (Bloomberg avait divisé la ville en zones : chaque passager payait un tarif autorisé de 10 $ par zone, donc pour aller du Village à une destination au nord de la 59e rue (ses parents), il s’est déplacé en deux zones et donc a dû payer 20 $, sans pourboire) pour aller voir ses parents.


Samedi soir la pluie et le vent sont venus, mais avec moins de force qu’une bonne tempête du nord-est (est-ce qu’on les appelle vraiment en français des « tempêtes du Cap Hatteras » ?). On est allé dans un restaurant mexicain qui n’est pas très bon, mais comme il n’y avait plus de service de métro, les aides-serveurs n’ont pas pu se rendre en ville pour travailler, donc il n’y avait que quelques rares restaurants ouverts. Et on nous a chassés vers 20 h 30 puisqu’il fallait reconduire les serveurs chez eux en voiture privée.


Le mari et moi, on est rentré chez nous à regarder la télé et après deux comprimés AdvilPM chacun, on s’est couché vers minuit. Avec le bruit du ventilateur, on n’entendait rien dehors.


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Deux arbres dans le petit parc de la rue Bleecker ont été renversés par le vent samedi soir/dimanche matin


Le dimanche matin, une journée calme et silencieuse.  Beaucoup de feuilles et de petites branches dans la rue, mais à part ça, rien de trop grave. On est allé à pied au bord du fleuve, dont l’eau était très haute, et l’on a croisé une équipe de la chaîne d’actualité CNN qui filmait une voiture abandonnée dans une mare d’eau à côté de l’autoroute du Côté Ouest – pas beaucoup de drame là, avec des gens qui se promenaient en shorts avec leurs toutous, mais il faut toujours en trouver un peu, à tout moment, si on veut garder son boulot.


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Cette voiture abandonnée près de la rue Gansevoort a sauvé l'équipe de CNN


Le métro est rentré en service le lundi matin – heureusement, sinon la maire Bloomberg l’aurait payé de sa peau, on était déjà assez mécontent de lui et de ses mesures de « sécurité » exagérées. Dans les commentaires au Times, on le traitait de « Mayor Henny-Penny », référence au personnage de conte de fées qui crie, quand dans la cour un gland lui est tombé sur la tête, « Le ciel va tomber ! Le ciel va tomber ! » Les peureux, embarrassés par l’absence de désastre et de dégâts, disaient tout simplement, « Mieux vaut prévenir que guérir », comme si cela suffisait pour excuser la panique institutionnelle.


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Une grande branche d'arbre est tombée sur un SUV, donc rien de grave, dans la 4e rue ouest devant l'ancienne maison (elle est peut-être toujours propriétaire, je n'en sais vraiment rien) de l'actrice Gwyneth Platrow


L’ère des vachers durs et impassibles n’est plus – nous voici dans l’âge des hystériques, des délirants, des pleurnicheurs.

1 Commentaire

Ah oui, 3 semaines après... qu'est ce que ce spectacle fut ridicule! En plus de votre comparaison avec le mythe du cow-boy (désolé, mais c'est bien comme ça que le dirait un français, meme si j'adore votre façon de franciser exprès les mots que nous utilisons en VO), j'ai trouvé que de nombreux New Yorkais ressemblaient à des enfants dans un parc d'attractions, jouant à se faire peur, de façon très sérieuse. D'un seul coup, les gens faisaient la queue pour acheter des conserves, de l'eau, des kilos de pains, des lampes de poches, etc. Trop drole, comme les messages des pompiers recommandant de ne pas utiliser de bougies, pour ne pas avoir a éteindre des incendies en pleine tempete!
Comme l'indiquait un cartoon du New Yorker, on aurait du vendre des TShirts "I survived the TV coverage of Hurricane Irene"

Quel plaisir de vous relire, en tout cas!

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