Voici deux « commentaires » aux commémorations des attaques du 11 septembre qui m’ont frappé en particulier. Le billet de Krugman dans son blogue au New York Times provoque des tollés chez la droite. Le commentaire délicieusement exaspéré laissé chez Gawker m’a semblé un bon exemplaire du dégoût ressenti par pas mal de mes concitoyens sur la distorsion de cet anniversaire à des fins grotesques.
Je sais bien que tout mon lectorat, ou presque, parle l’anglais couramment, mais je me suis amusé hier soir à essayer de traduire ces deux morceaux en français. Je vous saurais gré de corriger mes fautes de français – les textes originaux en anglais sont donnés dans les hyperliens.
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Est-ce seulement moi, ou les commémorations du 11 septembre sont-elles curieusement effacées ?
Franchement, je ne crois pas que je sois le seul, et il n’est pas vraiment aussi curieux.
Ce qui s’est passé après le 11 septembre – et je crois que même les gens de la droite s’en rendent compte, qu’ils l’admettent ou pas – était profondément honteux. L’atrocité aurait dû être un événement unifiant, mais au contraire il est devenu une source de dissension. De faux héros comme Bernie Kerik, Rudy Giuliani, et, oui, George W. Bush, se sont dépêchés à profiter de l’horreur. Et puis l’attaque a été utilisée pour justifier une guerre sans rapport que les néo-cons voulaient lancer, pour toutes les mauvaises raisons.
Beaucoup de gens se sont mal comportés. Combien de nos pontifes médiatiques professionnels – des gens qui auraient dû savoir parfaitement bien ce qui se passait – ont choisi la solution de facilité, fermant les yeux sur la corruption et prêtant leur appui au détournement de l’atrocité.
La mémoire du 11 septembre a été irrévocablement empoisonnée ; elle est devenue un moment pour la honte. Et dans son cœur, la nation le sait.
Je ne vais pas ouvrir les commentaires sur ce billet, pour de raisons évidentes.
Paul Krugman
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Commentaire laissé chez Gawker.
« J’ai eu l’expérience malheureuse d’avoir à prendre un vol international hier (NDLR – le 11 septembre 2011) et c’était exactement ce qu’on aurait attendu. Comme on le sait, chaque futur flic qui n’arrive pas à passer l’examen physique travaille plutôt pour la TSA (agence américaine de sécurité dans les transports) ou les gardes-frontière.
Et ils bandent tous quand il s’agit de choses ayant trait au 11 septembre – ils se comportent comme s’ils auraient été sur place et auraient perdu des familiers. (Salope, tu étais un gosse bourré de stéroïdes travaillant comme pompiste à Perth Amboy le 11 septembre – dis pas de conneries.)
Par conséquent, chacun d’eux se comportait comme une petite salope hier. En passant par la Douane, le type devant moi a ouvert son sac pour sortir quelque chose en parlant à l’« officier », et l’agent a commencé à hurler à propos de – non, sans blague – Engins explosifs Improvisés. Espèce de connard, si le type avait un EEI, il aurait fait exploser la putain d’avion – il n’a pas apporté une bombe du fin fond de l’Allemagne afin de te faire sauter, toi ! Tu le sais, nous le savons, alors calme-toi, petit con.
Et, vous savez, ils diront qu’ils étaient sur les nerfs à cause d’une « menace crédible » – mais ça, c’est des conneries. Ces types vivent 364 jours par an quand ils ne peuvent pas être aussi cons qu’ils voudraient l’être – quand ils doivent être un peu polis et ne peuvent pas aller gueuler sur leur « autorité » (NDLR – référence à cet épisode célèbre de South Park dans lequel Cartman est nommé policier temporaire et devient tout de suite férocement autoritaire). Pour 364 jours ils s’attirent des ennuis s’ils agissent en Gestapo sur de vieilles femmes au hasard pour prendre leur pied. Mais le 11 septembre, c’est le Noël des cons – c’est l’occasion pour eux d’abuser des gens dans la manière qu’ils auraient toujours voulue.
C’est vraiment chiant d’avoir à s’occuper de ça – j’évite les voyages en avion quand je peux, parce que je n’aime pas qu’on me traite comme ça. Mais c’est aussi une profanation absolue. Les victimes du 11 septembre sont sursanctifiées, c’est sûr. Mais il reste toujours offensif de croire que leurs mémoires sont utilisées par des abrutis sans bite afin de lâcher leur agression – qu’un connard qui ne peut plus s’en prendre à sa femme à cause d’une injonction peut se permettre d’être un salaud envers des citoyens américains au hasard, et puis peut s’excuser en disant « 11 septembre, 11 septembre, 11 septembre. »
Ce n’est pas le 11 septembre qui t’a fait un connard, connard. C’est seulement ton excuse. Et c’est une putain d’insulte aux gens qui sont morts ce jour-là. »
(Le registre des injures est particulièrement difficile à répliquer.)
Belle traduction,mais puisque vous nous le demandez j'aurais plutôt utilisé le plus que parfait :ils se comportent comme s’ils avaient été sur place et avaient perdu des familiers .
Je pense que vous vous leurrez sur les capacités linguistiques de votre lectorat, je vous remercie donc pour la traduction que j'aurai été ( futur antérieur) incapable de faire aussi bien.
Autrement tout à fait d'accord avec ces commentaires .
Merci beaucoup, Nanarf. Et merci pour la correction – c'est beaucoup mieux – et j'ai aussi remarqué une faute de frappe – "sue" pour "sur". Je corrige tout de suite ;-) !
"S'ils avaient été sur place"
pas mal les commentaires, ça fait toujours plaisir de voir qu'il y a des américains lucides..