On n’est allé à l’appartement de la belle-mère que vers 16 heures, après avoir fait un peu d’exercice à la salle de sport. J’ai peaufiné le service funéraire – il était surtout question de choisir la musique et de choisir un texte du Vieux Testament que le frère du mari lira. (Je ne savais pas qu’un membre du clergé doit lire tout passage de l’Évangile.) Il y aura donc du Franck, du Vaughan Williams et du Bach. Je dois retaper et réviser les remarques de la sœur du mari, qui les a rédigées à bord l’avion qui l’emmenait, avec sa belle-mère à elle, de Los-Angeles. Cette belle-mère qui a partagé une chambre avec la défunte lorsqu’elles étaient étudiantes il y a plus de cinquante ans au collège Vassar. La défunte, dont le mari était mort de la maladie de Parkinson, s’est mariée avec le père de mon mari il y a une vingtaine d’années après l’avoir rencontré, récemment veuf lui aussi, à un dîner d’amis à la station chic de la Plage aux galets (ou Pebble Beach, pour ceux qui préfèrent VO), célèbre pour ses golfs qui donnent sur le Pacifique. Ils ont eu un mariage mouvementé, dans tous les sens – ils ont changé d’appartements comme les oiseaux changent de nids. Ils ont même passé deux années à San-Francisco, que la belle-mère n’a pas aimé, avant de rentrer à l’avenue du Parc, son terroir préféré.


Beignets chinois qu'on a mangés hier soir
Hier soir on s’est rassemblé dans l’appartement (un appartement dit « coopératif » dont les « actions propriétaires » font partie du legs de la belle-mère et qui n’appartient donc pas au père du mari) pour finaliser le service religieux et ensuite pour aller dîner ensemble, peut-être pour la dernière fois. On a choisi un restaurant chinois plutôt minable que je ne vais pas nommer, mais où les tablées saoules et bruyantes ne troublent pas trop. Le père, toujours aussi fou et aussi inapproprié, a sorti par accident de la poche de sa veste des photos peu convenables d’une ancienne petite amie en cherchant sa troisième carte de crédit (que l’on ne lui avait pourtant pas demandée), après en avoir déjà perdu deux hier.
Ces histoires d’héritage ne vont pas être amusantes, c'est certain – le testament signé par la belle-mère va surprendre son mari, qui croit toujours qu’il va hériter toute la succession. Mais ce n’est pas le cas – elle a laissé tout en fidéicommis, dont le grevé de disposition serait mon mari en faveur du fidéicommissaire, son père. Et quand le père mourra, le legs devra être divisé en parts égales entre les enfants de son mari (sa belle-fille et ses beaux-fils) – ce qui met, évidemment, les intérêts du père en opposition directe de ceux de ses enfants, ce qui n’est pas très malin, à mon avis. Le testament ordonne aussi la division immédiate de tous ses biens « mobiliers », c’est-à-dire des meubles, des tableaux, des bijoux, des vêtements, et ainsi de suite, entre les cinq « intéressés », son mari et ses quatre enfants – voici un nouveau champ de bataille, parce que le père va tout revendiquer, puisqu’il aime bien, naturellement, être entouré de belles choses et ne voudra pas croire que sa femme les lui aurait ôtées. On ne va pas lui dire qu’elle a cherché à le divorcer à peine trois semaines avant sa mort, mais son avocat lui avait dit que cela prendrait trop de temps et qu’il lui faudrait dépenser trop d’argent. C’est tout un roman de famille digne de Flaubert ou de Trollope.
C’est ce mercredi donc, après les funérailles de demain, que le père sera mis au courant, dans le cabinet de l’avocat, des termes du testament. Comme bénéficiaire principal, il doit signer son approbation du testament pour qu’on puisse procéder à l’homologation. S’il refuse de signer, je ne sais pas ce qui va arriver alors – surtout qu’il faut de l’argent à mon mari, l’exécuteur testamentaire, pour payer tous les frais funéraires, la crémation coûtant à peu près 10 000 dollars à elle seule.
Oh, il va finir par signer après des tas d'histoire qui vont encore plus vous taper sur les nerfs à tous!
Et vous allez le laisser avec les bibelots pour éviter de le perturber et qu'il vous emm... Enfin, c'est que je subodore.
Le mari va avoir besoin de vous, mais ça c'était dans le contrat/ les vœux!
Oh, Jérôme, comme on dit à Sentier et dans le quartier du vêtement, que Dieu t'entende ! On verra tout ça mercredi ;-)
Oui bon courage à vous deux...
Bon courage à vous deux.
Ma hantise suprême, l'héritage.
Moi aussi je vous souhaite plein de courage.