
Le petit train de banlieue qui m'a permis de prendre fuite
J'ai donc fui la maison du père du mari assez tôt lundi matin – il m?a fallu d'abord rentrer à New-York pour le début à Birdland de l'amie chanteuse Colleen McHugh mais de toute façon je n'aurais pas pu rester, après tout ce qu'on s'est dit dimanche soir – le père m'a engueulé en me demandant, par exemple, « Ah, vous les pédés, c'est bien sale. Tu t'essuies comment quand tu sors ta bite d'un cul ? » « Sur tes draps et tes serviettes de bain » je lui ai répondu. « L'expert qui vient, c'est une autre tapette, lui ? » « Je pense qu'il est gay, oui. » « Typique. » « Il arrive avec une femme. » « Ah, elle doit être très laide. Les tapettes ne veulent être qu'avec des femmes laides. » « Ah, je trouve que les gays aiment bien les belles femmes. C'est pourquoi ton ami Corky invitait ta femme (l'ancienne, morte depuis 25 ans) à l'opéra à San-Francisco. » « Il n'était pas une tapette ! » il hurle. « C'est ta femme (la plus récente) qui me l'a dit ! » je réponds. Il s'enrage plus. Puis le mari commence : « Tu devrais me remercier d'être assis ici dans cette pièce, puisque ta femme voulait te divorcer six semaines avant sa mort, et si je ne l'avais pas dissuadée, moi et l'avocat, tu n'aurais eu rien ! » « Elle voulait me divorcer ? Salaud, tu mens ! Tu mens ! Je vais te faire virer de ton boulot d'exécuteur ! Je vais téléphoner à mon ami avocat en Californie et il te fera virer de cette qualité ! »
Évidemment, il ne peut rien faire et ce sont des menaces futiles, mais cela donne le ton de notre séjour chez le père. Moi, je suis sorti pour me coucher, mais le sommeil m'a fui, puisque j'entendais le père qui rôdait dans la maison et je m'attendais à entendre ou un coup de fusil (il y en a beaucoup dans la maison) ou des coups furieux contre la porte faits par quelqu'un avec un couteau à la main (on est vraiment entré dans le monde des films d'horreur et en ce qui concerne les couteaux, il y en avait plein aussi dans la maison). Je me suis endormi, crevé, vers trois heures du matin. Le mari s'est réveillé, lui, vers quatre heures et il n'a pas pu se rendormir. Une nuit donc pas reposante du tout.

La bibliothèque en désordre hier matin après l'engueulade

Le père dit qu'il veut garder cette maison pour faire honneur à sa femme décédée – mais il la traite ainsi
Mais hier soir je suis allé voir l'amie chanteuse Colleen, qui avait son début professionnel à Birdland devant une salle remplie d'un public ami (pour la plupart). Un programme intéressant, plein de jolies chansons. Après le spectacle, on est allé manger quelque chose chez Joe Allen.

Devant le cabaret Birdland

Colleen chante avec son groupe à Birdland – et c'était en plus son anniversaire !

Un public plein d'amis et d'admirateurs

On a quitté Birdland vers 20 h 30 pour aller chez Joe Allen – les lumières de la place du Temps au fond

L'extérieur du restaurant célèbre Joe Allen dans la 47e rue ouest
J'espère que vous pourrez bientot prendre des vacances pour mettre un peu de coté cette ambiance lugubre. Bon courage à vous deux.
On va pour la dernière fois aux Pins ce week-end (en principe, car tout peut changer au dernier moment) pour ramener nos affaires et puis on va, le week-end après, à « Pierreville » où l'on restera chez des amis qui veulent fêter notre mariage avec un dîner chez eux. Ensuite, pour l'action de grâce, on ira chez ma sœur, à côté de Philadelphie, et chez elle c'est le summun de l'ennui familial, où il n'y (presque) jamais de scènes tout à fait folles comme celles qu'on a éprouvées à Sharon le week-end dernier. C'est pour vous dire qu'on espère pouvoir se détendre un peu dans les jours à venir – et merci d'avoir pensé à nous.
A vous lire cela tient du cauchemar. C'est si triste de terminer sa vie aussi violemment en guerre contre tout et tous. Je souhaite beaucoup de force à votre mari, cela doit être terriblement éprouvant.