Bon, pour nous, le mari et moi, les fêtes, c’est bien fini – ouf, il était temps – on est sorti avec les amis londoniens lundi soir et l’on a même vu au petit restaurant italien où nous sommes allés (I Sodi dans la rue Christophe) le financier Jon Corzine, ancien PDG de la banque d’affaires Goldman-Sachs, ancien gouverneur du Nouveau-Jersey, ancien sénateur du même état et plus récemment PDG de la société MF Global qui vient de faire faillite en fin octobre, ayant « perdu » plus de 1,2 milliard de dollars de fonds clientèle (et une autre somme de 700 millions de dollars aurait été expédiée à Londres avant l’annonce de la faillite). Malgré la présence d’un éventuel escroc monumental assis sur la même banquette que nous, on a bien mangé.
Hier on s'est voué à la récupération physique et morale – donc, pas une goutte d’alcool, pas une seconde de TV (il ne faut pas compter pourtant le jeu Effet de masse 3, pour lequel le mari se passionne en ce moment – il m’est par exemple strictement interdit de passer devant le téléviseur quand il serait en train de tuer une bête extraterrestre quelconque). Moi, je me retire à la chambre à coucher à lire (ou à relire dans certains cas) les romans sentimentaux gais que j’ai achetés à Londres, dont Then & Now (bien écrit, quoique un rien banal – béguin de lycée qui ravage une vie pendant plus 30 ans, ce qui rappelle en quelque sorte Maurice, Lord Dismiss Us et A Separate Peace – et avec une résolution qui déçoit) et L’Aurige de Mary Renault.) Ces deux livres sont pleins de phrases hyper-anglaises (et souvent vieillies) telles la boisson dite « gin and french », abrégé pour « gin and French vermouth », c’est-à-dire ce qu’on appellerait aujourd'hui un « dirty gin martini », « dirty » à cause de la quantité considérable de vermouth, qui « salit » la « pureté » du gin, et l’adjectif « ropy », qui n’a rien à voir avec les « ropes » ou les cordages, mais qui veut dire « médiocre, d’une qualité inférieure »). C’est drôle, j’ai découvert L’Aurige en livre de poche dans la chambre d’invité chez la famille de ma petite amie le soir avant mon départ pour l’Afrique pour deux ans – ce qui marquerait effectivement la fin de nos relations – et je l’ai lu d’un coup, étonné et aussi ému profondément par la représentation d’homos pas efféminés (un officier naval et un militaire, tous les deux blessés dans la IIe Guerre) et n’ayant pas honte de leur sexualité autre – et cela, écrit en 1953 (année de parution) par une Anglaise, quand l’homosexualité était toujours illégale au Royaume-Uni, et publié aux États-Unis en 1959 seulement. Je me demande toujours pourquoi la famille avait ce roman dans la petite bibliothèque de la chambre d’invité de leur appartement.
c'est amusant, cette histoire de livre ; c'est ainsi que j'ai trouvé "les amitiés particulières" chez ma cousine (ultra-hétéro coincée). sans que ce fût définitif, cette lecture a dû jouer d'une façon ou d'une autre.
sinon, je boirai un aloxe corton (domaine pierre bize) en pensant à vous : pour la finesse et l'impression de force qu'il laisse.