Archives octobre 2012

Quelques photos

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Voici quelques photos piquées çà et là dans l’Internet des suites de la Super Tempête Sandy à New-York, et spécifiquement en ce qui concerne Manhattan.

tumblr_mcqqr3ECYu1qdqlcdo1_500.jpgOn voit la différence très nette entre les quartiers avec du courant et ceux qui ne l'ont pas

ap_sandy_lower_manhattan_ll_121029_wg.jpgUne vue du bout de l'île de Manhattan, où l'on voit bien les bâtiments qui auraient des générateurs (comme le chantier de la nouvelle tour du Centre commercial mondial, qu'on a quand même coupée aussi plus tard)

On m’a aussi envoyé des photos de l’Île du feu – où l’on voit bien que les maisons en face de la mer aux Pins l’ont un peu encaissé, mais ils restent debout.

487157_4276465104537_2113241554_n.jpgUne maison au bord de la mer aux Pins, dans l'Île de feu, après le passage de Sandy lundi soir

Mise à jour:

Le mari vient de m'envoyer cette photo qu'il a prise de cette fameuse grue cassée par Sandy dans la 57e rue ouest et qui sème la pagaille dans la circulation dans cette partie de Manhattan.

gruecassee.jpg

Nous avons quitté son bureau, le mari et moi, vers 17 h 15 pour aller acheter de quoi manger le soir – des sandwiches de poulet, en l’occurrence, achetés au traiteur Guy & Gallard (noms bien français, non ?) dans son commerce de la 34e rue est, que fait marcher toute une équipe très efficace d’Asiatiques du sud, c’est-à-dire des originaires de l’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, et du Sri Lanka.

haveandhavenots.jpgDans ces tours résidentielles dans la 6e avenue, il est très facile à voir ceux qui ont le courant (les « haves ») et ceux qui ne l'ont pas (les « have-nots » ) – la ligne de division est tout ce qu'il y a de plus incompréhensible pour le New-Yorkais moyen

On a ensuite mis le cap sur le sud, en prenant d’abord la 5e avenue et ensuite la 6e et, finalement, la 8e avenue, jusqu’à la place Abingdon, où le mari et moi, nous avons attendu dans le vestibule pour l’arrivée de quelqu’un avec une clé pour la porte d’entrée, puisque le système de code porte ne marchait pas.

lesmediasdansla8eave.jpgIl y avait une foule de médias, dont une journaliste francophone blonde avec un caméraman, devant cet immeuble dans la 8e avenue à la 14e rue dont la façade a été arrachée hier par le vent, qu'on peut voir en arrière-plan

Là, on a réussi à convaincre une jeune femme un rien sceptique, avec son ami, qu’on voulait visiter un ami au 4e qui ne pouvait pas sortir de son appartement et dont le téléphone était électronique aussi et donc qui ne fonctionnait pas.

On est monté les quatre étages avec l’aide de l’application Lampe de poche sur son téléphone Droid. On a frappé. La porte de l'appartement était ouverte et une voix un peu nerveuse nous a demandé qui nous étions. On a dit nos noms, il a répondu plus gaîment « Entrez » et on s’est introduit dans l’obscurité – l’ancien conservateur du Musée d’art moderne était assis dans le noir dans un fauteuil roulant, un petit poste de radio à transistor sur les genoux. On a retrouvé deux grands chandeliers en argent derrière le sofa que l’ami n’avait pas pu récupérer et on les a allumés afin d'éclairer un peu le salon, bourré de livres et d'art. On lui a ensuite offert les sandwiches, il nous a offert des apéros qu’on a préparés à l’aide de téléphone, et puis on a bavardé en mangeant jusqu’à 8 h 30, quand on a frappé à la porte – un groupe de trois amis, deux femmes et un homme, sont passés pour vérifier si tout allait bien – l’ami ex-conservateur en était ravi, comme nous aussi – le mari et moi, on les a vite quittés et en descendant l’escalier on s’est dit en souriant qu’on ne pensait pas qu’on aurait tant de gens qui s’inquiéteraient de nous dans un cas semblable.

Voici une vidéo de l'explosion impressionnante d'une station secondaire de la société d'électricité Con Edison dans la 14e rue est. C'est la raison qu'on nous donne pour expliquer la panne d'électricité dans le Village et dans les autres quartiers de Manhattan au sud de la 27e rue.



On a enregistré cette vidéo à partir de Brooklyn. (Merci à Joe.My.God.).

L'Apocalypse et le lendemain

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(J’avais commencé ce billet juste avant la coupure d’électricité hier soir, qui continue ce matin dans le bas-Manhattan, et je suis donc allé au bureau du mari, dans la 5e avenue à l’angle de la 34e rue, où il y a toujours du courant, et d’où j’arrive à publier ce billet.)

On commence à couper le courant « pour protéger le matériel » – le site de Gawker n’est plus accessible (son serveur doit être situé dans le quartier financier, où il y aurait 6 200 foyers sans électricité au sud de Manhattan). On connaît quelques brèves baisses de tension, qui font clignoter les lumières. La tempête vient de toucher la côte néo-jersiaise en direction de Philadelphie, où ma sœur, qui habite la banlieue de cette ville, regrette de ne pas avoir de somnifères pour une soirée pleine de bruit et de fureur. On présume qu’on nous coupera le courant aussi dans la soirée.

(Et puis, paf ! Coupé !)

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(Ce matin, dans l’appartement)

On nous a coupé le courant pour de bon vers 20 heures – on a vite allumé une bougie avant de retrouver la grande lampe à piles et l’ayant trouvé, on s’est mis à trouver une dernière pile AA (il en fallait six en entier) pour faire marcher la radio portable Grundig sans électricité.

Le mari a voulu faire un tour du quartier tombé dans le noir – on s’est dirigé vers la 7e avenue – dans le magasin et le restaurant à l’intersection de la 4e rue ouest et de la rue Perry, on voyait les lumières d’urgence activées par la coupure et qui allumaient grossièrement les intérieurs. Mais à part cela, il faisait un noir des plus profonds. Cela avait un côté assez macabre, voire menaçant, surtout quand on croisait des gens qui, sans lampe ou téléphones portables allumés, étaient presque invisibles. Il faisait doux, mais le vent était fort et les arbres se tortillaient d’une façon assez impressionnante.

La veille de l'Apocalypse

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renversementdepoubelles.jpgLes poubelles municipales ont toutes été renversées, comme celle-ci devant la boutique Marc Jacobs dans la rue Bleecker

Le mari est donc rentré à l’appartement, toujours à pied, vers 2 heures de l’après-midi. Il pleut en ce moment et on a depuis peu des rafales assez fortes. Le mari et moi, nous avons mis nos habits de mauvais temps – un ciré jaune de marin pour lui et un blouson tout rouge et résistant à l’eau (en non pas imperméable) que le mari a acheté il y a des années à la boutique Aigle du boulevard Saint-Germain (je ne sais pas si elle existe toujours, cette boutique) pour moi et nous nous sommes dirigés vers l’ouest, c’est-à-dire vers la rive du fleuve du Nord (que d’autres, moins branchés et moins doctes dans l’histoire de ce coin que nous, appellent le fleuve Hudson), afin de voir pour nous-mêmes comment elle était, cette tempête qui exaspère tout le monde.

verslesuddanslebrouillard.jpgVers le sud et la tour du Centre commercial mondial (avec d'énormes grues là-dessus !)

En théorie au moins, je crois que le parc du fleuve Hudson était fermé – on avait mis des barricades qui bloquaient les entrées piétonnes mais on les avait ignorées pour y accéder – il y avait des joggeurs compulsifs, des promeneurs de chiens, pas mal de touristes, de jeunes gens qui n’avaient pas de cours d’école ou de lycée, des fainéants ennuyés (comme moi) et ainsi de suite.

versweehaukennavecbatpilote.jpgJuste en face de nous, le village de Weehauken dans le Nouveau-Jersey, et ce bateau-pilote qui se déplace à travers au milieu du fleuve

La marée haute avait eu lieu vers 13 heures – à 15 heures, l’eau avait déjà plus baissé et n’atteignait pas la promenade. Il y avait des bateaux-pilotes au milieu du fleuve qui descendaient le fleuve avec le courant et la marée basse (l’Hudson est un estuaire dans les environs de New-York) – mais ils descendaient un peu à travers, pour des raisons qu’on ignorait. Il y avait bien sûr des coups de vent assez violents.

lescriminels.jpgUn tas de contrevenants au bout de la jetée de la rue Christophe cet après-midi

Nous sommes rentrés par la rue Christophe – on a passé une épicerie, un bar, et un resto thaï qui étaient toujours ouverts. Un monsieur qui marchait avec son fils lui a remarqué « J’ai surtout peur qu’un panneau métallique ne se détache et me casse le crâne ! » et en effet j’ai regardé, au-dessus de l’intersection de la rue Christophe et de la rue Hudson, un feu se balancer assez furieusement dans le vent. Et quelle ironie d’avoir été tué par un panneau historique (et aussi meurtrier) sur le quartier si mignon du Greenwich-Village !

restauperuvienenrubanne.jpgUn restaurant péruvien dans la rue Christophe enrubanné contre le vent

couverturedechafauddechiree.jpgUne couverture d'échafaud déchirée par le vent dans la rue Bleecker – ce ne sont pas les arbres qui nous font peur, mais les structures un peu précaires comme celle-ci.


On nous dit que le pire sera pour ce soir, assez tard, vers 2 heures du matin.

Le matin de l'apocalypse

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Hé bien, toujours rien, même pas une goutte de pluie. Le mari est parti à pied pour se rendre au bureau. Les Bourses, dont celle de New-York, l’Américaine et le Nasdaq, sont fermées (décision prise très tard hier soir) et cela ne me surprendrait pas d’apprendre (plus tard, bien sûr) que MM Bloomberg et Cie auraient exercé une pression sur elles de fermer afin de créer le front uni des « gens sérieux et prudents ».

cartedesandynoaa.gifCette carte de l’Administration océanique et atmosphérique nationale indique que l’ouragan Sandy passerait au sud de New-York avant de l’encercler en passant ensuite au nord. Si cela arrive, MM Bloomberg & Cie ne seront pas contents, c’est sûr, mais ils trouveront beaucoup d’excuses pour avoir fermé la ville « par prudence ».

On peut suivre soi-même le temps qu’il fait à Manhattan en cliquant ici chez le Times qui offre une photo prise chaque minute à partir du bâtiment du Times. Cela se situe à la frontière ouest de la place du Temps. Dans la photo on verra le Bâtiment de l’État-Empire à droite, la tour du bâtiment Chrysler au fond au milieu, et le toit « coupé » du bâtiment Citicorp à gauche, entre autres.

ruebleeckervide.jpgLa rue Bleecker à l'angle de la rue Christophe, presque vide à 20 heures

Ayant promis au barman de jeudi soir denrier d’aller le voir à son travail au bar Hangar dimanche soir – on y est passé dans la rue Christophe vers 8 heures. Il n’y avait que deux clients au zinc en plus de deux barmen et deux autres employés. L’un des barmen nous a dit qu’on allait fermer à 9 heures et que notre ami n’allait pas venir.
 maisonmartinmargielableecker.jpg Ces Français ont fermé boutique dans la rue Bleecker aujourd'hui
 – jusqu'à plus tard

Dans la rue Bleecker la nouvelle boutique Maison Martin Margiela était complètement emballée et on y avait mis un avis un rien curieux : Fermé jusqu’à nouvel ordre. C’est peut-être grave, bon, mais il ne faut pas exagérer, quand même !

entreedemetrofermee.jpgL'entrée de métro de la rue Christophe fermée

On est passé devant l’entrée de métro de la rue Christophe, qu’on avait fermée avec des rubans rouges. On a ensuite vu des gens dans la rue qui portaient des sacs à provisions jaunes de chez Gristedes – aha ! c’était donc toujours ouvert ! On y est allé et il n’y avait pas trop de monde cette fois – on est allé chercher les paquets de myrtilles et de framboises fraîches qu’on ajoute à la bouillie matinale. J’ai croisé dans une des allées un type qui prenait une photo d’un rayon d’eaux minérales vidé – je lui ai dit « J’ai fait la même chose au rayon produits laitiers et c’est même plus drôle là-bas ! »

rayonsvides.jpgLe rayon des produits laitiers du supermarché Gristedes ce soir

On est vite sorti avec nos sacs à provisions canari pour rentrer chez nous et non pas aller boire un coup à Pieces – le mari avait honte d’y aller en tenant à la main nos sacs pas très distingués. Voici un cas où le snobisme rend sage.

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debrisdehalloween.jpg Un déchet d'Halloween dans la rue Perry

Manhattan est en train de fermer – on met du ruban sur les fenêtres des magasins et des restaurants et les queues dans les supermarchés sont folles – on est tout de même allé faire, le mari et moi, une dernière courte balade avant l’arrivée de la pluie en direction de la rue du Printemps, où il y avait une expo que le photographe dont on était allé voir l’expo hier soir nous avait recommandée – surtout en notant qu’elle ne serait ouverte que pour trois jours, ce qui n’est pas commode. Il s’agit de photos d’un jeune photographe russe qui s’appelle Alexandre Kargaltsev et il a photographié de jeunes Russes qui sont gays et qui ont demandé l’asile aux États-Unis parce qu’ils ont peur de rentrer chez eux.

entreegalerie287spring.jpgL'entrée de la galerie 287 Spring avec le photographe à gauche

Ce sont de belles photos, imprimées sur toile et assez grandes. Ces jeunes hommes sont nus et fiers et vulnérables. Il espère les exposer plus tard à Copenhague.

araigneesurlemur.jpg
Quelqu'un est arrivé à ce blog à partir de la Nouvelle-Zélande en cherchant « araignée sur mur de bâtiment pour la veille de la Toussaint » en français dans l'original ! Donc, je n'ai pas pu résister !

Le maire-gouvernante agit !

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zonesaevacuer.pngUne partie de la carte de zones inondables de New-York

Ça y est, notre maire-gouvernante vient d’ordonner l’évacuation d’habitants de la Zone A (en rose) (le mari et moi, nous sommes dans la Zone C en vert clair, donc on ne bouge pas pour le moment !).

dansla7eavenuesud.jpgÇa n'a pourtant pas l'air d'être la fin du monde dans la 7e avenue ce matin

Il y a un peu plus de vent – il fait toujours doux et il n’y pas encore de pluie.

pubirlandaisprepare.jpgLe pub irlandais The Galway Hooker (La pute de Galway) dans la 7e avenue sud préparé pour l'ouragan et la fête d'Halloween

Les hommes politiques locaux sont bien sûr ravis d’avoir cette belle occasion pour pouvoir montrer aux gens combien ils sont bien, intelligents et prudents et pour nous rappeler combien nous avons de la chance de les avoir en ces moments d’urgence.

Bon, ce matin, c’est l’évacuation obligatoire de l’Île de feu. On doit toujours attendre des nouvelles sur la fermeture éventuelle (et probable) du métro, des autobus et des chemins de fer de banlieue. On menace en plus d’ordonner évacuation de certains quartiers de Manhattan, dont la ville du parc de la Batterie. Les journalistes embêtants demandent aux responsables de dire en quoi exactement cette tempête diffère de la grosse daube Irène et ceux-là répondent toujours avec un sourire imbécile : Il faut être prudent. C’est comme si on n’avait jamais subi d’ouragans avant – ce délice d’hystérie est né le 11 septembre et les gens, ainsi que les médias qui en profitent, ont vite découvert qu’ils adorent tous ce genre de griserie générale.

Oups, le gouverneur Cuomo vient d’annoncer qu’on va fermer le métro et tous les autres réseaux de transport métropolitains à partir de 19 heures aujourd’hui. Les aéroports, par contre, restent toujours ouverts, va savoir ! On va donc fermer la salle de sport parce que la plupart des gens qui y travaillent habitent en dehors de Manhattan – faut donc que j’aille faire mon cardio tout de suite !

Soucis divers – médiatisés

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Sans doute il ne s’agit que d’un réflexe humain des plus naturels, mais il n’en reste pas moins que le fait de contempler combien nos congénères se plaisent à se faire peur ou à s’alarmer pour un malheur qui va peut-être leur arriver ou pour un qui est déjà arrivé à quelque qu’un d’autre est, pour moi, assez décourageant. Ici à New-York, c’est la « tempête parfaite » de ce genre d’histoires qui font frissonner tout le monde d’anticipation ou d’horreur – l’arrivée prochaine de Frankenstorm et la trahison meurtrière de la gouvernante.

L’hystérie météorologique ne vient que de commencer – l’ouragan Sandy, qui avait pourtant perdu ses lettres de noblesse pour un petit moment pour devenir rien plus qu’une tempête tropicale bien roturière, a depuis été réhabilité – Dieu merci, bien sûr – et la veille a repris à toutes les stations de télé et de radio. On annule les rendez-vous prévus pour le dimanche et on attend à ce que le peureux maire ferme le métro, comme il a fait l’année dernière pour l’arrivée (décevante, en l’occurrence) d’Irène.

En ce qui concerne les meurtres atroces de deux enfants dans le Côté supérieur occidental, c’est l’excitation générale ! Les un(e)s disent que la mère n’aurait jamais dû laisser ses enfants avec une gouvernante, d’autres la traitent d’égoïste richarde, et d’autres se plaignent de l’absence de blâme sur le mari dans cette histoire répugnante (il est cadre chez CNBC). L’horreur de l’acte lui-même, son intimité (la gouvernante est soupçonnée), le côté privilégié de la famille et des victimes, la culpabilité anxieuse ressentie par beaucoup de mères qui se servent elles aussi de gouvernantes chez elles, la supériorité ressentie par les autres mères qui ne peuvent pas ou ne veulent pas se payer une gouvernante – hé bien, c’est de ces éléments-là qu’on fait la Une du Times.

Anxiété météo et anxiété domestique – le plus important, de toute évidence, c’est de savoir en tirer parti.
espacesbloques.jpgLa rue Perry dégagée de voitures stationnées

Je me suis plutôt bien amusé hier – ma journée a commencé avec le bruit d’une certaine commotion dehors, dans la rue, entre les automobilistes voulant laisser leurs voitures stationnées tout calmement dans la belle rue Perry et les assistants de production, jeunes et à peine payés s’ils ne sont pas des stagiaires gratuits, avec leurs oreillettes sans fil à Madonna qui cherchent à se faire voir, par le metteur en scène surtout, pour leur efficacité professionnelle étonnante. Ensuite j’avais rendez-vous avec un jeune peintre à l’angle de la 10e avenue et la 20e rue – on s’était convenu de faire une petite tournée de certaines galeries d’art de Chelsea, ce que je n’ai pas fait depuis des lustres. C’est un jeune homme qui, en Rastignac au pinceau, chercherait, comme tant d’autres avant lui, à triompher à New-York. Il est ambitieux sans être prétentieux – voilà une combinaison qui plaît.

tournage11erue.jpgOn a à tort parlé d'un tournage de film dans la 12e rue – en fait, on tournait, comme j'ai découvert, dans la 11e rue ouest


Quelques réalités de base

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À cause d’un film qu’on tourne dans la 12e rue, les assistants de production crient devant chez nous pour des cônes de stationnement, puisqu’il paraît qu’on va bientôt bloquer la rue Perry en faveur des camions de production. Ce qui fait gueuler mes concitoyens à voitures qui seront bientôt chassés de leurs espaces de stationnement (gratuits, en l’occurrence) dans la rue. Ah, c’est comme ça que ça se passe ici, la lutte pour la vie à New-York ! Ceux qui ont les moyens et qui ne veulent ou ne peuvent pas gaspiller 45 minutes à trouver un espace libre dans le quartier louent des espaces de stationnement dans l’un des garages privés, où l’on peut payer jusqu’à 600 $ ou plus le mois pour garer sa petite voiture (ça coûte plus cher pour les 4x4 et les voitures de luxe.). Et ceci en plus d’un loyer moyen, dans le quartier du Village-Ouest, de 3 769 $. Il n’y a plus que les banquiers et les stars qui peuvent se payer un nid dans le quartier (la moyenne des prix des propriétés à vendre actuellement dans le quartier serait de 2 562 000 $ mais pour une maison entière il faudrait compter au moins 6 100 000 $ pour une maison dans la rue Morton et 20 000 000 $ pour une dans la rue Horace, à quelques pas du quartier des Bouchers en gros. Mais c’est aussi tout près des boutiques Christian Louboutin Femme (au numéro 59, rue Horace) et Homme (au numéro 808, rue Washington), donc on peut être définitivement sûr d’être bien et joliment chaussé ! Ce qui soulage, n'est-ce pas ?

Et si Mitt gagnait...

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Et si Romney gagnait…

Au début on n’y a pas trop pensé, c’est vrai, mais les médias, qui ont bien sûr intérêt à clamer une course serrée à la présidence afin de faire monter l’anxiété et de vendre leurs produits d’infos, n’arrêtent pas de déclarer que les sondages montrent un électorat divisé plus ou moins également. (On note pourtant que le blogue qui se spécialise en statistiques électorales, FiveThirtyEight, trouve qu’Obama aurait deux chances sur trois de gagner l’élection.)

dinolove.jpgComment un intégriste pur et dur explique l'extinction des dinausaures – c'est parce qu'ils étaient homos, bien sûr ! (L'image m'a fait rire et je l'ai sauvegardée sur mon disque dur.) 

Mais pensons l’impensable : si Romney gagnait la prochaine élection présidentielle, que se passerait-il alors ?

original.jpg

D’abord, il y aurait des tas de gens, dont les homosexuels, les immigrés (légaux et pas), les syndicalistes, les Afro-Américains, les non-chrétiens, les sans-religions, et les femmes, pour ne citer que ces groupes-ci, qui auraient tout de suite l’impression que leurs droits allaient être ciblés par les Républicains les plus fanatiques pour la révocation. Des mouvements de contestation directe, tel Occupez la rue du Mur, réémergeraient sans doute avec une force redoublée. Le clivage de la société américaine en deux camps conceptuellement opposés, les libéraux et les intégristes, s’accentuerait, avec des conséquences diverses.

 


La chanteuse Leslie Gore chante son tube de 1964 « You Don't Own Me » pour rappeler aux femmes américaines les réelles conséquences pour elles d'une victoire républicaine – en l'occurence, Mlle Gore est une lesbienne qui habite avec sa partenaire depuis presque 30 ans

Sur le plan international, il serait très probable qu’on participe à une guerre contre l’Iran. Ce qui déclencherait, à mon avis, une crise économique dans le monde entier qui nous ferait rêver nostalgiquement de l’époque actuelle des petits frissons de la zone euro.

Où l'on embête des jeunes

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On n'a pas été paresseux en cette fin de semaine – jeudi on avait invité à dîner le beau Juahn et la belle Ariana au restaurant de tapas français Sel et Gras (oui, encore une fois) dans la 7e avenue, où l'on a consommé, avec des rillettes de canard, des escargots, des croquettes de morue, et des brochettes d'agneau, trois bouteilles de Crozes-Hermitage Papillon, tout en discutant de la prochaine étape à faire dans l'avenir du groupe Juahn Cabrera en général et du chanteur en particulier.

jsayrealareunion.jpgM. Sayre sur la scène du Duplex

Vers 21 heures, on est passé, nous quatre, au théâtre du Duplex pour assister à la réunion mensuelle de l'Ordre international des sodomites présidée par M. Justin Sayre avec la participation de l'amie chanteuse Colleen McHugh et d'autres. C'était surtout pour faire connaître la salle aux deux chanteurs et aussi de les présenter aux autres – M. Sayre et Mlle McHugh – qui pourront un jour peut-être leur être utiles. L'entraîneur-ex-chanteur-de-jazz James nous a rejoints aussi pour le spectacle, en dépit de son horaire pénible qui l'oblige à être dans la salle de sport à 6 heures du matin presque tous les jours.

marilynmann.jpgLa chanteuse Marilyn Mann qui racontait le moment quand on l'a présentée à Barbra Streisand, le sujet de cette réunion de l'OIS


Manhattan extra muros

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Je n’y peux rien (à moins que d’aller m’y installer pour un séjour de durée indéterminée) et je sais que ce n’est plus cool mais à Brooklyn je suis toujours complètement perdu. Et surtout la nuit, quand on ne retrouve plus les points de repère, déjà assez maigres, qu’on connaît dans cet énorme arrondissement, tel la tour de l’ancien hôtel St-Georges, qui ne reçoit pourtant plus de voyageurs fatigués depuis 1995. Mais on avait été invité hier soir par une amie de la belle-mère du mari à dîner avec elle dans les Hauts de Brooklyn, le quartier où elle habite.

On a donc pris le train A, sujet de la chanson jazz Take the A Train composée en 1939 et rendue célèbre par l’orchestre de Duke Ellington, en direction de Rockaway-le-lointain, ancienne station balnéaire sur la péninsule de Rockaway, dans l'arrondissement de Queens. On est sorti à la station de la Rue Haute-Pont-de-Brooklyn. À la surface on a été accueilli par plusieurs équipes de pompiers qui se parlaient par talkie-walkie mais nous n’avons rien vu d’alarmant.

pompiersdebrooklyn.jpgLes pompiers à la sortie de métro dans la place Cadman – et le vendeur de saucisses de Francfort

La sortie qu’on a prise nous a déposés dans la place Cadman, sorte de zone piétonne propre mais informe, et le mari a vite sorti son mobile pour fixer où nous nous trouvions sur une carte Google. Quant à moi, on aurait pu être en Mongolie extérieure ou sur Mars, tellement j’étais perdu. En l’occurrence, on n’était qu’à quelques pas de la rue Henri et la rue de Canneberge et le restaurant qu’on cherchait se trouvait à l’angle de la rue Hicks et de la rue de Canneberge, donc on a réussi assez vite à gagner notre point de rendez-vous, qui était le restaurant Jack the Horse ou Jacques le Cheval, nom qui est aussi curieux en anglais qu’en français. (Et non, je ne proposerai pas l'autre signification possible mais infiniment plus grossière.)

Lectures

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Ils sont arrivés, mes nouveaux livres, d’Amazon.fr. Les voici : Ils Sont Fous Ces Juifs de Hugues Serraf, dont je lis le blogue depuis des lustres ; Suicide d’Édouard Levé et Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres de Marcel Bénabou . Ces deux derniers titres figuraient à un rayon chez Barnes & Noble marqué Choix du personnel. Comme ils étaient tous les deux des traductions anglaises d’œuvres écrites en français, je me suis tout de suite (ben, il m’a fallu une ou deux semaines, car à mon âge la mémoire flanche) connecté au site Amazon pour les commander en VO.

J’ai commencé Ils Sont Fous… hier soir, après avoir regardé le deuxième « débat » présidentiel, qui a eu lieu dans la banlieue new-yorkaise et qu’on avait enregistré, et après être rentré du restaurant Elmo où on avait dîné avec l’ami producteur de télévision et un ami à nous trois venu de Paris pour quelques jours. L’ami parisien nous a invités à venir fêter l’Action de grâce chez lui et son copain dans leur maison de campagne près de Jouy-en-Josas (je crois) – il nous a raconté comment cette fête hyperaméricaine est devenue si prisée par leurs amis français qu’ils la célèbrent tous les ans avec de plus en plus d’éclat (ce qui ne devrait pas toutefois égayer les dindons du pays).

Le débat, bon, ce n’était pas gentil-gentil, à peine poli même. N’empêche, Obama a réussi à souligner avec une certaine verve qui manquait au premier débat les grandes différences de politique et de perspectives sociales qui le séparent de Romney. On verra ce que ça donne.

Ils Sont Fous Ces Juifs est écrit dans un style décontracté, comme si on bavardait avec l’auteur, qui nous garde dans son avis au lecteur de le prendre en théologien pointilleux de la religion juive. Il est très drôle quand il parle des « petites invraisemblances » qu’on retrouve dans la Bible, par exemple tout au début de Genèse, quand Jéhovah a chassé Adam et Ève d’Éden, leur fils aîné, Caïn, après avoir tué son frère (un peu lèche-cul, quand même) Abel, est allé s’installer avec d’autres personnes (dont sa femme), il semble bien, dans le pays de Nod, à l’est d’Éden. D’où sont-elles venues, ces autres personnes ? Dieu les a-t-il créées en même temps qu’Adam et Ève ? Est-ce qu’elles ont été créées par un autre dieu aussi habile que celui des Juifs ? Ce sont là des questions que je me suis posées, moi aussi, dans mes cours de religion. (Effectivement, il n’y a rien au monde qui vous rendra plus sceptique de la religion en général qu’une lecture appliquée de la Bible et du Coran, sans parler des âneries à mourir de rire et fabriquées de toutes pièces, où il n’y a même pas le divertissement de moments souvenus dans l’histoire d’un peuple ou d’une tribu, qu’on lira dans le Livre de Mormon.)

Je lis aussi en ce moment la biographie de Marie-Antoinette par l’Anglaise Antonia Frasier, dans un livre de poche ramassé il y a quelques mois dans l’appartement de la belle-mère, qui l’aurait lu pendant un séjour dans l’hôpital de New-York. La dégringolade de la monarchie française à partir de 1789 m’étonne toujours.
Bien qu’on fasse bien sûr un effort pour l’éviter, il est toujours utile, je trouve, d’assister à des spectacles qui, finalement, ne réussissent pas. Cela aide à raffiner les goûts. C’est pourquoi je ne suis pas tout à fait irrité ou déçu quand je vois une exposition de tableaux que je trouve ennuyeuse ou sans originalité (ou souvent les deux), ou quand j’assiste à une pièce de théâtre ou à une comédie musicale qui tombe à plat, ou quand j’écoute un morceau de musique mal joué – tout cela me rappelle concrètement pourquoi j’ai aimé les œuvres que j’ai aimées.

abirdland.jpgMlle Monheit et M. Holmes, qui chantaient hier soir à Birdland

Hier soir on est allé donc à Birdland, boîte de nuit célèbre pour le jazz mais qui, les lundis, propose une soirée plutôt Broadway à laquelle des vedettes de la Grande Voie Blanche, les vraies et celles qui seraient disons prometteuses, peuvent venir se pavaner vocalement sur la scène puisque la plupart des théâtres de Broadway sont fermés le lundi soir.

On avait appelé la soirée « Frank and Friends » et pour le Frank, il s’agissait du compositeur de comédies musicales Frank Wildhorn. Les amis étaient la chanteuse, assez connue, il semble, Jane Monheit et le chanteur Clint Holmes. M. Wildhorn était au piano, qu’il joue bien. Il y avait aussi un saxophoniste et un batteur. Bon. Il y avait du talent, là, mais le grand problème, c’était que toutes les chansons étaient des œuvres de M. Wildhorn, qui n’est – et cela dans le meilleur des cas – qu'un talent mineur. Sans originalité, étouffées par des clichés musicaux et verbaux, ses chansons ont gaspillé les talents potentiels des chanteurs. On avait l’impression d’assister à une sorte d’audition pour bailleurs de fonds à l’envers – on se réjouissait de ne pas avoir versé de l’argent pour aucune des comédies musicales qu’il avait créées.

Heureusement le spectacle a commencé tôt et on était à l’appartement à 21 heures à peu près. En dehors du fait d’avoir gaspillé d’un peu d’argent pour un repas médiocre, je me suis amusé avec les ami(e)s à notre table. Celui qui a subi la chimio avait perdu beaucoup de kilos et plus mince il avait l’air mieux en forme que jamais, si l’on oubliait la canne qu’il lui fallait pour marcher. « Drôle de manière de perdre du poids » il a remarqué en souriant, « mais j’assume tout ce qui m’arrive, même les compliments. »

danslappart.jpgDans l'appartement avant le concert

On a assisté samedi soir à un petit concert intime du « groupe Juahn Cabrera » dans un appartement bien chic dans la 20e rue ouest – prévu pour 21 h 30, le concert a commencé avec un retard d’une heure à cause d’un embouteillage sur le pont de l’Arrondissement de Queens (et non, il ne faut pas l'appeler, en dépit du conseil municipal, le Pont Ed Koch, pour l'ancien maire toujours dans son placard honteux) qui aurait bloqué le bassiste, qui est arrivé vers 22 h 25. Il y avait du monde et le maître de maison, que j’ai reconnu des Pins, avait engagé deux barmen et un concierge, tous les trois beaux comme des dieux, pour accueillir les invités. Le mari et moi, avec un bel et grand Argentin et son copain au cheveux roux, et un couple hétéro des Pins (il y en a), nous faisions une sorte de bande à part de vieillards parmi des jeunes vraiment péniblement beaux. On l’a pourtant survécu, cet excès de fraîcheur, et j’ai même rencontré un jeune peintre avec qui j’ai bavardé assez longuement et avec qui j’ai convenu de faire un tour des galeries la semaine prochaine – il n’a que 23 ans et vient de s’installer à New-York, ayant été à Munich avec un petit ami avec qui il a rompu – il veut bien sûr faire sa carrière de peintre à New-York et il occupe un tout petit coin dans un loft à Williamsbourg qui lui sert de chambre à coucher et d’atelier de peinture – « Je lève le matelas pour avoir de la place pour peindre. » Ah, la jeunesse !

avantleconcert.jpgOn cause et on boit – c'est l'accompagatrice à gauche en attendant le bassiste bloqué


Un monde qui s'en va

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eglisestjacquesnyc.jpgL'église St-James, dans l'avenue Madison

Hier après-midi j’ai assisté aux funérailles (en fait un service religieux de commémoration, puisqu’on avait enterré la défunte, morte en août, il y a des semaines) de la mère d’une ancienne petite amie à moi, une fille que j’ai failli épouser – sa mère m’avait toujours bien accueilli et j’ai passé pas mal de temps au sein de famille, à New-York, chez la grand-mère au Nouveau-Jersey, et dans leur maison de week-end sur la côte du Connecticut. En plus, fanatique du sport de patinage artistique, elle avait aidé, moralement et financièrement, plusieurs champions à parfaire leurs talents, dont un jeune homme qui a finalement gagné une médaille d’or aux Jeux olympiques.

Sur la terre comme au ciel

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lignedestoitsjerseycitysoir.jpgLa ligne des toits de Jersey-Ville en face de Manhattan hier soir

Hier soir le mari a voulu se faire donner un bon point en guiquerie genre Big Bang Theory en voyant de ses propres yeux la Station spatiale internationale qui allait en principe passer au-dessus de New-York vers 19 h 30 – et on l’a vue ! On est donc allé au bout de la grande jetée de la rue Christophe. La station a apparu dans le ciel au-dessus du Nouveau-Jersey, au sud-ouest de Manhattan, et elle allait vite ! À 27 700 km/h, ce n’est pas lent. La station a traversé le ciel dans la direction du Bâtiment de l’État-Empire, c’est-à-dire vers l’est-nord-est, et a très vite disparu derrière des nuages (ou à cause de la disparition des rayons solaires qui l’illuminaient, on n’est pas sûr.)

versleboutdelile.jpgVers le bout de l'ʼile de Manhattan

Il y avait avec nous, au bout de la jetée, un homme qui longeait le côté nord (nous étions sur le côté sud) pour des raisons inconnues, deux jeunes femmes qui se sont assises sur un banc pour bavarder, et deux jeunes Latinos qui restaient accoudés à la clôture à parler de « beaux endroits de Queens et du Nouveau-Jersey » – je crois qu’on était les seuls, le mari et moi, à attendre et à regarder le passage de la Station spatiale.

bateauillumine.jpgUn bateau de fête illuminé quitte le quai pour faire un petit voyage dans le fleuve Hudson, aussi dit « du Nord »

De retour à l’appartement on a regardé le « débat » entre le vice-président Biden et le candidat républicain Paul Ryan avec, comme modératrice, la journaliste Martha Raddatz, qui a posé des questions bien plus dures que celles posées par le modérateur du débat Obama-Romney, Jim Lehrer, il y a une semaine. Biden a soulevé beaucoup des points faibles de Romney qu’Obama avait manqué de faire : le célèbre mot de Romney sur les 47 % d’Américains qui seraient selon lui des « assistés » ; le fait que le représentant Ryan lui-même avait demandé au vice-président de lui aider à avoir une subvention fédérale pour une entreprise au Wisconsin ; le mensonge républicain qui prétend qu’Obama aurait « volé » 716 $ mille millions du budget pour l’assurance-santé. Pour le reste, Ryan avait l’air, à mon avis, d’un jeune homme pétulant, irrité d’avoir à se défendre contre un pépère plus aimable.


esbentrebatiments.jpg
La tour illuminée du Bâtiment de l'État-Empire apparaît entre deux immeubles résidentiels qui bordent le fleuve Hudson


Morceaux variés

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Aujourd’hui c’est la Journée du coming-out, où tout homo devrait en principe se montrer publiquement gay – moi, je pense que mes nouvelles baskets feront assez bien l’affaire.

chaussuresnouvelles.jpgMon entraîneur m'a vite appris la manière correcte de les porter – il ne faut jamais fermer la fermeture Velcro, et il est aussi recommandé de ne pas attacher les lacets – sauf s'il faut pouvoir courir, pour une raison ou une autre !

J’avoue que je les ai achetées mardi sans trop réfléchir (ben, un peu quand même) à leur signification fashion ou socioculturelle, mais mon jeune entraîneur est resté bouche bée quand il m’a vu arriver, chaussé ainsi, à la salle de sport pour la séance d’entraînement – « T’as l’air d’un type des quartiers ! » il s’est écrié. « Là ils portent tous ces mêmes Air Force 1 – quand ils peuvent pas se payer des Air Jordan. » Ah, la hiérarchie occulte des chaussures ! Moi-même j’avais surtout voulu ne pas ressembler à (ou faire semblant de vouloir copier) ces jeunes qui portent des chaussures de boxe ou des baskets montantes fluo (le vert et le bleu sont les plus recherchés) – mais il paraît que je viens de dévoiler, par le plus pur hasard (bon, quand je dis ça, je ne dis rien), ma vraie identité de fossile gangsta homo, ce qui amuse beaucoup, de toute apparence, les jeunes. Tant mieux !

C’est un peu la saison des pluies en ce moment – pas comme en Afrique, c’est vrai, où on aurait de violents orages tous les après-midi qui rendraient boueuses et impraticables tous les chemins de terre – mais tous les matins depuis quelques jours j’entends le toc-toc-toc constant sur le climatiseur installé dans la fenêtre de la chambre à coucher, ce qui indique qu’il pleut dehors.

Vendredi dernier, au lieu de prendre le train pour Sayville, le mari m’a téléphoné pour que je le rejoigne au bar Boxers dans la 20e rue ouest, qui se trouve plus ou moins à égale distance de son bureau et de notre appartement. Il y avait pas mal de monde au bar, où il y avait une promotion happy hour, où, quand on se paie une boisson, on reçoit une carte de jeu qui est valable pour une boisson supplémentaire (plus ou moins) gratuite. On a donc bu nos consommations en regardant les gens autour de nous – ils sont en général plus vieux qu'aux bars dans la Cuisine d'Enfer, mais bon... Le mari a voulu ensuite faire un tour au bar Splash, assez près dans la 17e rue ouest, et on y est donc allé. On vient de réaménager une fois de plus ce bar fondé en 1991, qui reste populaire en dépit de son ancienneté. On est descendu au sous-sol, où l’on a vu le propriétaire, en t-shirt, en conversation d’affaires avec un autre homme, en costume – le jeune et beau barman, au nom de Jesse, en short et torse nu comme tous les barmen chez Splash, avait le corps de dieu requis par ce genre d’établissement.


Le concert gratuit de Psy à Séoul


Il y a du magnifique et du déconcertant dans cette vidéo. (Le rappeur coréen Psy donne un concert gratuit à ses milliers de fans à Séoul.)

Difficile de ne pas sentir, encore une fois, que l’Avenir bouge vers l’Est. À quand, on se demande, les héritières asiatiques épousées par les hommes de bonne famille américains afin de redorer le blason ? (Non, ce n’est pas le cas de la seconde Mme Rupert Murdoch, née Deng, qui serait, de toute apparence, plutôt une chercheuse d’or experte.)

On a donc regardé le premier « débat » présidentiel entre MM Obama et Romney à L’Auberge Stonewall dans la rue Christophe, qui s'est montrée fidèle à sa belle histoire sociopolitique en mettant l'émission sur tous les écrans TV (sauf celui à côté du bar). Le mari avait d’abord demandé au jeune barman derrière le comptoir du bar Le Monstre, qui se trouve en face du Stonewall à l’autre côté du petit triangle du parc Christophe, si on allait mettre le débat sur les écrans TV autour de la salle et lui, hésitant, a répondu seulement « Peut-être » tandis que le type assis au zinc a balbutié tout ivre «  La politique et la boisson ne se mêlent pas. » À l’Auberge Stonewall, par contre, il y avait une foule de jeunes qui buvaient des boissons à moitié prix et une sorte de maîtresse de cérémonie venue du centre Ali Forney, qui cherche à trouver des logements pour la jeunesse LGBT sans domicile fixe. Elle nous a donné les feuilles pour le jeu pour boire dans lequel il faut prendre une petite gorgée chaque fois qu’un des candidats dise certaines phrases péniblement réchauffées, comme « Obamacare », « small business » ou « freedom ».

danslestonewall1.jpgOn attend le début du débat dans l'Auberge Stonewall dans la rue Christophe au Village

Le débat a commencé à 21 heures – avec un petit retard de quelques minutes. La salle devant du bar était pleine de monde et nous avons tous regardé les petits écrans montés au plafond autour du bar. On avait coupé la musique. Le son n’était pas merveilleux, mais on arrivait tout de même à entendre ce qu’ils disaient.

Ils ont tous les deux, Obama et Romney, cité beaucoup de chiffres énormes et difficiles à vérifier – une diminution de cinq mille milliards de dollars, par exemple, dans les impôts proposée par M. Romney, et le « vol » de 716 $ milliards des fonds de l’Assurance-santé (Medicare), qui sert énormément d’Américains (plus de 48 millions en l’occurrence), par l’administration Obama. M. Romney a bien noté, même si c’est immensément hypocrite toutes choses considérées, les cadeaux financiers que M. Obama a donnés aux banques « new-yorkaises » (c’est décrit comme ça pour agiter les gens pour qui les banques « new-yorkaises » représenteraient tout ce qu’il y a de pire dans le pays – ils oublient que la société Bain Capital, dont le siège social est à Boston avec des bureaux dans tous les centres financiers du monde, fait partie essentielle de ce petit monde financier qu’on appelle communément « Wall Street ») qui seraient, dans la phrase maintenant figée, « trop grandes pour échouer ». Il est vrai que M. Obama n’a pas pu, ou voulu, poursuivre les éventuels criminels financiers qui se trouvaient au sein de boîtes telles Goldman Sachs, Citicorp ou JPMorganChase, mais il est ridicule de croire qu’aucune administration républicaine aurait procédé contre ses amis idéologiques d’une manière différente, voire plus agressive.

autourdelatabledebillard.jpgOn a couvert la table de billard, sur laquelle on nous a servis des bols de maïs sauté parsemés de M&Ms

Tout le monde a grogné quand M. Romney a dit qu’il fermerait la télévision publique – une bête noire de la droite depuis des années, parce qu’elle trouve que le Réseau de télévision public (PBS) favorise les « libéraux » ou la gauche – afin d’épargner de l’argent. C’était particulièrement provocant vu que le modérateur du débat, Jim Lehrer, était l’ancien présentateur du journal télévisé d’information du Réseau public (émis à 19 heures à New-York, et qu’on regarde presque tous les soirs, le mari et moi, quand on est chez nous – et nous l’enregistrons sur TiVo pour le regarder plus tard). Ce qui me rappelle ce mot du comique Stephen Colbert prononcé devant le président Bush au dîner de l’Association de Correspondants agréés à la Maison-Blanche en 2006 : « Reality has a well-known liberal bias. »

M. Romney disait un peu n’importe quoi – il a prononcé la phrase « God-given rights » ou les droits donnés par Dieu, ce qui a ravi ses partisans évangéliques et intégristes, en la mêlant assez légèrement à la phrase de la Constitution « they [les gens] are endowed by their Creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and [beaucoup de Républicains aiment laisser tomber cette troisième partie, qui leur semble au fond profondément libertin] the pursuit of Happiness. » Dans le bar, on scandait de temps en temps « Fuck you, Romney ! » – oui, c’était une salle plutôt partisane. Tout le monde a applaudi naturellement quand, vers la fin de l’émission, M. Obama a mentionné l’abrogation de la politique « Ne demandez pas, ne dites pas » dans les forces armées. Vers la fin du débat, on a commencé à causer plus fortement – il n’y avait pas eu de match sanglant. Pas de KO de Mitaines, ce qui a bien sûr déçu les partisans d’Obama, qui a toujours ce côté réservé et flegmatique qui mécontente beaucoup d’observateurs, professionnels et privés.

Les médias crient à la victoire de Romney, mais à mon avis, le candidat républicain a surtout réussi à rester dans le jeu. Le prochain débat entre Obama et Romney aura lieu dans la banlieue new-yorkaise, à Hempstead, dans l’Île Longue, et parmi les sujets compteront les politiques domestique et étrangère et ils devront répondre aux questions posées par des gens dans la salle.


Peu à peu

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« We press play, don’t press pause »

Mot d’ordre pour une nouvelle génération ?


(Paroles de la nouvelle chanson Same Love de Macklemore, qui milite en faveur d’un oui dans le référendum ce novembre pour approuver le mariage entre personnes du même sexe en Oregon.)

Quand il fait gris

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Il fait aujourd’hui un temps gris et pluvieux – un temps d’automne typique, quoi – et on vient de sortir la chanson I Think It’s Going to Rain Today de Randy Newman qui correspond à merveille à la saison et qui a été enregistrée en septembre 1970 par Barbra Streisand au sommet de son énorme talent (merci à Towleroad) :


« I Think It's Going to Rain Today » par Barbra Streisand

Je n’ose pas l’espérer, mais il semble que dans les élections à venir j’ai la réelle possibilité d’avoir soutenu (et assez tôt, en l’occurrence) deux gagnantes : il s’agit des deux femmes qui font campagne pour le Sénat dans les états du Wisconsin et du Massachusetts. Les derniers sondages montrent une avance de 9 pour cent en faveur de Tammy Baldwin au Wisconsin et de 5 pour cent pour Mme Elizabeth Warren au Massachusetts. Le mari voudrait regarder le premier débat présidentiel, qui aura lieu ce soir à 21 heures, heure de l'Est, dans un lieu public, afin de pouvoir observer les réactions d’autrui.


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