
Devant le « bureau » de TPM à Manhattan
Voilà, c’est terminé, du moins la première partie de cette semaine de fêtes de fin d’année – quoi qu’on se fût promis de ne s’offrir aucun cadeau, étant donné qu’on est bien arrivé à l’âge où l’on s’achète ce qu’on veut quand on le veut et que la consommation effrénée et sans but autre que l’accumulation matérielle ne nous tente pas, le mari m’a surpris en laissant sur le comptoir de la cuisine un mètre à ruban marqué en centimètres, un cadeau qui faisait allusion à mes grognements lors d’une soirée de pose de tableaux au nouveau bureau d’un de ses clients (un comptable assez célèbre chez les compositeurs, les danseurs et les acteurs) à qui le mari avait offert mes prestations d’ancien galeriste – pour ceux qui ne connaissent pas la lourdeur du système de mesures anglaises, où l’on peut se rendre bien fou en voulant diviser par deux des longueurs comme 37 7/8 pouces, à laquelle on ajoutera 53 2/5 pouces, etc., c’est une pénible affaire de mesurer les murs et les pièces encadrées (affiches, photos, diplômes) afin d’en finir avec un résultat (plus ou moins) rectiligne et convenable. J’avais gueulé alors qu’il m’aurait été nettement plus facile si j’avais eu un mètre métrique – j’en ai un quelque part dans le débris dans l’appartement, mais cela fait des années que je n’en suis pas servi –, mais le mari s’est souvenu de ma « doléance » d’il y a quelques jours et m’en a donc offert un nouveau. Par hasard, ce bureau se trouve au même étage que le bureau du site web de nouvelles politiques TPM (l’ancien Talking Points Memo) de Josh Marshall.

Devant le cinéma Ziegfeld dans la 54e rue ouest
Le matin j'ai embêté les amis en leur envoyant nos vœux de Noël par texto, surtout pour savoir ceux d'entre eux qui ne pouvaient ou ne voulaient pas rester loins de leurs mobiles. Et puis, plus tard, comme prévu, on est allé voir le film Les Misérables au cinéma Ziegfeld avec l’ami galeriste, l’ami parisien, et deux « nouveaux » amis de l’ami galeriste, un jeune coiffeur, grand et mince, qui s’appelle Adam, et son copain « épisodique » Logan, beau Néo-Zélandais d’au moins 2 mètres de hauteur en visite à New-York.

On fait la queue dans la 6e avenue, devant l'hôtel Hilton, avant d'entrer dans le cinéma
On a dû faire la queue pour entrer dans le cinéma pour la séance de 14 h 45, qui n’était pourtant pas complète.

On cherche des places dans la salle
Les bandes-annonces au début étaient longues – on a applaudi celle du nouveau film StarTrek et celle du nouveau Tom Cruise, un film sci-fi lui aussi, ainsi que celle d’une comédie bien bête sur le vol d’identité, avec des personnages comiques bien connus ici (Jason Bateman et Melissa McCarthy, qui joue des rôles de « femme obèse » spirituelle.) Par contre, la bande-annonce très « film d’action » super-mouvementée mêlée à un film d’espionnage et de combat pour Zero Dark Thirty, déjà très critiqué (par des gens comme Glenn Greenwald et aussi par la CIA elle-même pour ses aspects faux, chauvins et tout simplement mensongers, n’a reçu aucune réponse, même légère, du public – seulement un silence qu’on dirait presque un peu coupable. Étonnant.
Bon, pour Les Misérables, je dois déclarer à l’avance que je n’ai jamais vu la comédie musicale sur scène. Et je n’ai pas lu le roman d’Hugo. À force de l’entendre un peu n’importe où, je connaissais le grand motif mélodique de la pièce, qui constitue la chanson de Fantine désabusée de la vie sur cette terre, « I Dreamed a Dream » et qu’on réentend partout ailleurs dans les passages musicaux. La musique de MM Boublil et Schönberg m’a toujours semblé sans grand intérêt (l’ami parisien s’est vivement plaint de mon opinion négative, m’insistant que M. Schönberg était un grand ami à lui et très sympa, ce que je lui ai répondu était tout à fait hors de propos en ce qui concerne son talent réel ou pas.) Russell Crowe semble mal choisi pour le rôle de Favert, mais on s’y habitue. M. Jackman travaille avec intensité. La belle Anne Hathaway meurt très tôt, juste après avoir chanté la chanson I Dreamed a Dream (qui me fait penser toujours à cette version de Susan Boyle, que j’ai adorée et que j’adore toujours) – c’était pour moi le moment le plus émouvant d’un film où le metteur en scène Tom Hopper semble craindre qu’on ne va pas être assez ému et qui s’efforce donc à nous rappeler les images qu’on trouve dans les paroles (profondément médiocres, en l’occurrence, par Herbert Kretzner, qui n’est pas à la hauteur d’un Alan Jay Lerner, d’un Oscar Hammerstein ou d’un Stephen Sondheim – loin de là, hélas) – « On My Own » chantée par Éponine – quand Samantha Banks, au visage rond comme une assiette, chante « in the rain the pavement shines like silver » (quel cliché, quand même !), M. Hopper nous montre tout de suite les pavés argentés, et juste après, quand elle continue avec « all the lights are misty in the river » (une image banale de plus, sacrebleu ! – et cette rime insipide, miséricorde !), le camera se lève pour nous montrer un réverbère allumé.
Tout ceci ne veut pas dire pourtant que je ne suis point sensible à la mièvrerie sentimentale cinématique (j’ai eu des larmes, c’est vrai, quand Valjean mourant au couvent reçoit les jeunes époux Cosette et Marius) mais c’est la beauté, le réalisme et la finesse de l’histoire de Victor Hugo qui brillent surtout, malgré les couches de médiocrité musicale et lyrique qu’on y a mise.
Et pour les jeunes révolutionnaires qui meurent de toute apparence inutilement, à nos yeux d’Américains tout à fait ignorants de l’époque de Charles X, il n’y a aucune explication des événements sociaux (à part une pauvreté généralisée) et politiques (il y a des bourgeois bien habillés qui voyagent en berline que le petit Gavroche embête) à Paris en 1830 qui mènent à cette insurrection échouée – là encore, on a bien l’impression qu’on aurait coupés d’éléments importants de l’histoire, qui nous aideraient à comprendre les personnages.
Bon, tout se passe comme on l’aurait attendu et puis on applaudit (il n’y a qu’au cinéma Ziegfeld où, dans mon expérience, le public applaudit les noms d’acteurs dans le générique, comme s’il s’agissait d’un spectacle sur scène). On est sorti pour chercher des WCs pour les deux jeunes – les grands bars du quartier, Therapy et Industry, étaient tous les deux fermés (leurs barmen sanglotaient sans doute avec tous les autres au Ziegfeld) mais Posh était ouvert. Ensuite on est allé dîner assez tôt dans un petit restaurant indien, dont l’ami galeriste trouvait l’éclairage tout à fait impossible, avis qu’il a partagé avec empressement avec le jeune serveur « sous-continental » qui, lui, semblait bien s’en foutre. Un plat de poulet tikka masala m’a assouvi la faim et la vue du jeune et beau Néo-Zélandais assis devant moi m’a réjoui les yeux – un repas plutôt réussi, ce me semble. Sans parler de son accent délicieux !
On s’est dit au revoir sur le trottoir devant le restaurant – l’ami galeriste, le mari, l’ami parisien et moi, on est monté dans un taxi pour aller « downtown », c’est-à-dire, vers la 23e rue, où nous nous sommes arrêtés devant l’immeuble de l’ami galeriste. Lui et l’ami parisien partent aujourd’hui pour Miami, où ils vont passer le Nouvel An – ils y vont avec l’ami italien chef de pub pour une maison de mode, qui fait la navette entre New-York, Paris et Milan. Le copain de l’ami parisien le rejoint là-bas après-demain.
•
(Note de la rédaction: ce qui suit est un long aparté qu'un honnête homme traiterait de bête et méchant, dépouvu d'intérêt ou d'utilité – vous voilà donc avertis.)
Nous, on est immobiles, ou peut-être immobilisés, je ne sais pas. On reçoit dans le taudis l’ami anglais et son copain (partenaire officiel sous la loi anglaise) anglo-américain (pour vous qui aimez comme moi les langues et les accents, rien n’est plus intéressant que de suivre le développement (ou pas) d’un accent anglais chez des Américains qui habitent en Grande-Bretagne – cela en dit long sur leur caractère, sur leur éventuel sens d’infériorité, ou sur leur sens de supériorité, vis-à-vis de la société anglaise. Il y a, à la fois, un antiaméricanisme profond chez certains Anglais, tout comme il y a son contraire, un pro-américanisme irréfléchi. J’ai des amis qui habitent Londres depuis plus de 25 ans et aucun des deux n’a aucune trace d’accent anglais, tandis que leurs enfants sont de jeunes Anglais qui parlent exactement comme parle le jeune Prince Harry – ce qu’on appelle l’anglais de l’estuaire (de la Tamise), un anglais correct, mais moins soutenu que l’anglais prononcé « reconnu » – ses grands-parents la Reine et le duc d’Édimbourg, par exemple, et même son père, le prince de Galles, parlent un anglais qu’on aime bien (parce qu’on y est habitué), mais qui paraît démodé et qu’on trouverait plutôt ridicule dans la bouche d’autres – c’est sûr que dans les cercles royaux il y a beaucoup de gens qui parlent comme la famille royale –, mais pas beaucoup de leurs petits-enfants.)
Donc, l’anglicisation de l’accent du « partenaire » anglo-américain m’intéresse beaucoup, et dans ce cas particulier parce que j’ai eu l’occasion il y a quelques années de rencontrer (en France) ses parents, qui habitent toujours dans la banlieue de New-York, sur l’Île Longue. Son père, bel homme d’origine irlandaise récente à la carrure solide d’un ouvrier du bâtiment et avocat dans un cabinet prestigieux à New-York, avait un accent en américain que je trouvais bien sexy mais qui ne ressemblait en rien à l’accent qu’on entend chez des gens qui sont passés par le circuit « habituel » de la haute société américaine, c’est-à-dire, l’école privée à Manhattan ou dans les banlieues « bien » comme Locust Valley, Greenwich, Short Hills, ensuite le pensionnat huppé en Nouvelle-Angleterre, pour terminer dans les salles de cours d’une des universités de la Ligue du Lierre. Pour moi, c’était très intéressant de noter la différence entre l’accent du père et celui de l’enfant.
Je ne suis pas persuadé que l'oeuvre d'Hugo est grandie par ces adaptations non plus... Mais bon, ça inspire peut-être certains et permet de faire connaître sans doute cette littérature. C'est mieux que l'oubli pur et simple. :) Quant à Susan Boyle, c'est fou mais moi aussi j'associe maintenant cette chanson à sa performance, et à chaque fois que je revois cette vidéo, j'ai de nouveau des frissons !!! :))
vous pourrez certainement me renseigner,édouard. comment s'appelle l'énorme tour située à l'angle sud-est de central park,juste à côté du plaza?
bon eh bien j'ai fini par trouver. c'est le general motors building.
Matoo, tu as raison – c'est toujours mieux que l'oubli total ;-)!
Grégory, excusez-moi mon retard pour l'identification de l'immeuble – tout dépend bien sûr de la perspective de la photo que vous regardez – pour moi, par exemple, le General Motors Building, ancien site de l'hôtel Savoy Plaza, conçu par le cabinet d'architectes célèbres McKim Mead & White et bâti en 1927 – ère splendide pour New-York – et ensuite démoli en 1964 pour être remplacé par le General Motors Building, qu'on aime, euh, moins – pour moi, cela se trouve juste en face de l'entrée principale de l'hôtel Plaza, au côté opposé de la Cinquième Avenue. De toute façon, je suis heureux que vous ayez trouvé le nom de cette tour, qui donne depuis quelques années sur la boutique Apple la plus fréquentée du monde.
Bonne année à vous deux !
oh il n'y a pas de mal!... :-) c'est justement en voyant sur google maps que l'apple store se trouve dans cet immeuble que j'ai trouvé son nom! en tout cas je plains tous ceux qui vivent ou travaillent dans les bâtiments qui se trouvent dans l'ombre de cette horreur/erreur architecturale...