Au jour le jour

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D’une façon générale, je me garde de prononcer trop sur l’actualité politique américaine – en principe, cela m’intéresse (un peu) de constater que Mme Clinton, rivale politique de M. Obama rendue dépendante de lui, sera remplacée par M. John Kerry, le perdant de longue haleine de la campagne présidentielle de 2004, au poste de ministre des Affaires étrangères (ou, comme on le dit en américain, « secrétaire d’État ») mais en fait je me rends bien compte qu’il est peu vraisemblable que cela change quelque chose dans ma vie quotidienne, et mes opinions, basées sur des infos apprises à quelques exceptions près très rapidement et même pimentées de mon cynisme presque institutionnel, sur les qualités et les défauts de ces deux personnes, à qui auront-elles de l’intérêt ?

Donc, je suis, d’un œil plutôt ironique, les contretemps politiques autour de la nomination de l’ex-sénateur Hagel au poste de ministre de la Guerre (en américain, le « secrétaire de la Défense », puisqu’il faut protéger le « Heimat » – oups ! non, je voulais dire le « Homeland » – de bombardements de drones envoyés à partir du Canada ou du Mexique ou peut-être de l’île de Bermude, je ne sais plus) – M. Hagel est censé par certains, dont une brigade médiatique très criarde, être anti-Israël et anti-gay, le premier « crime » étant nettement plus important dans les milieux washingtoniens que le second. Cela m’amuse, c’est vrai, de réfléchir un peu, avec ma paresse intellectuelle habituelle, sur les vraies raisons pour lesquelles M. Obama se serait plu à antagoniser ce groupement politique très influent, étant donné que je suis tout à fait certain qu’il ne cherche pas à entraîner sa chute politique en demandant un peu plus d’impartialité américaine dans le conflit israélo-palestinien.

En ce qui concerne la nomination de son conseiller tortionnaire (oups ! je voulais écrire « conseiller anti-terroriste ») John Brennan au poste de chef de la Police secrète (Section internationale) – plus connu par son nom de CIA – là encore, je me demande pourquoi M. Obama semble chercher à s’attirer l’hostilité de la gauche, après tout, qui serait un de ses axes de support les plus importants.

(Aparté: Vous noterez bien que, comme prévu, on a vite « oublié » les « à-côtés » des affaires des généraux à Centcom – quand l’enquête est allée trop proche d’aspects vraiment importants de toutes ses affaires (politisation du FBI, révélations faites d’abord aux chefs républicains dans le Congrès, des personnes d’origines étrangères associées aux affaires militaires du Moyen-Orient), le silence médiatique est descendu sur tout.)
L’ami libertaire vient de m’envoyer un mail de la côte ouest, où il habite, dans lequel il me prévient, avec un plaisir morbide qui lui est propre, d’un changement « prochain » de la devise américaine, afin de pouvoir traiter la dette – il a ri de l’histoire de la poursuite éventuelle de la société AIG contre le gouvernement, qui l’aurait sauvée de la faillite imminente en 2008 pour la somme de 184 milliards de dollars, poursuite que, vu le grand tapage que la possibilité a soulevé dans les médias avant hier, le conseil d’administration a sagement laissé tomber hier. « Mais tu verras, quand ils essayeront de nous faire avaler une nouvelle devise, alors là, y aura du bruit dans les bleds. »

On s’est rétabli plus ou moins de nos maux divers de la semaine dernière et c’est maintenant la période des « dîners de rapprochement » – c’est-à-dire, de ces dîners qu’on fait pour pouvoir dire en été qu’on s’est vu pendant l’hiver, signe d’une amitié pas seulement saisonnière. Mardi soir on est allé donc dîner avec un ami qu’on connaît de longue date mais non pas spécialement bien – il est architecte et il est devenu une notabilité aux Pins, où il a une maison depuis la fin des années 80. Ce soir, on a invité l’un des jeunes Russes à manger avec nous dans le quartier. Demain, on reçoit le jeune chanteur Juahn, qui je connais assez bien en fait mais qui vient de perdre son père en Colombie, donc c’est plutôt pour essayer de le divertir un peu de ce sujet triste. L’ami galeriste, de retour de Miami, a été abattu par l’influenza qui sévit ici en ce moment – on vient de déclarer à Boston un état d’urgence de santé publique – et il est resté au lit depuis son retour de Floride – ce qui explique son silence, que le mari et moi, nous avons cru dû à une dernière rencontre « heureuse » avec un jeune homme – quand il « disparaît », l’ami galeriste, c’est souvent parce qu’il a rencontré « l’amour de sa vie », qui dure en fait une ou deux semaines avant sombrer dans une réalité moins romantique.

Je suis content d’apprendre ce matin la nomination du film Amour pour Meilleur Film de l’année par les types qui donnent l’Oscar. Pourtant, cela me surprend – ce n’est pas du tout un film qui a cherché en aucune manière (langue, vedettes, cadence, sujet) à plaire à un public américain. Mais, vu l'âge des électeurs de l’Académie (62 ans, âge médian en février 2012), Amour a dû les frapper assez fort.

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Je suis un peu étonné par l'age médian des électeurs pour les oscars. Vu que toute la profession peut voter, il y a quand même mal de petit jeune. A moins que les retraités puissent aussi voter?!

En effet, Amitié, l'Académie me semble assez limitée et les jeunes cinéastes et techniciens du cinéma n'en font en général pas partie avant d'avoir réussi dans leurs carrières, ce qui forcément leur arrive plus tard dans la vie. Et il y a beaucoup de votants qui sont dans la retraite depuis des années – et ils votent, sans surprise, pour les films dans lequels ils ont travaillé à leur époque. Les vraies nouveautés n'y réussissent presque jamais.

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