Hivernation

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Après toute l’activité du jour du Nouvel An, le reste de l’année nouvelle a continué, pour le mari et moi, un peu au ralenti, à cause surtout d’une poussée de « défaillances » physiques de faible teneur, genre nez coulant, toux sèche, fièvre bénigne (37,3°) et passagère, maux de tête. (Un ami infirmier praticien a noté qu’il n’était pas du tout surprenant pour ceux qui aiment se baigner dans l’océan en plein hiver.) On est pourtant allé samedi soir fêter un anniversaire « sans importance » de l’ami ex-bengali chez lui à Brooklyn, où il avait préparé trois grandes casseroles de poulet biryani. Moi, je n’ai pas bu, à cause de ma santé quelque peu fragile, mais aussi à cause d’un supplément nutritionnel que je prends en ce moment qui est censé me faire gagner du muscle – c’est un régime de suppléments recommandé par mon jeune entraîneur Mike, fanatique dévoué de ces méthodes plus ou moins chimiques (et quelquefois plus ou moins légales, aussi) pour devenir plus grand. Étant le vieux roué cynique que je suis, je suis ses recommandations « nutritionnelles » sans trop croire à leur véritable efficacité – à mon avis, si je prends un supplément qui me fait croire que je suis plus fort que je ne le suis en fait et qui me pousse par là, même seulement psychiquement, à aller faire de la muscu dans la salle de sport, je vais quand même gagner du muscle, même sans la rapidité « promise » par le supplément. Aucun perdant !
En ce moment, donc, j’essaie de gagner de la masse musculaire en mangeant beaucoup de protéine – et c’est fou ce que c’est difficile d’en manger assez ! En principe il faudrait manger un gramme de protéine pour chaque livre de poids – puisque je pèse en ce moment environ 193 livres ou 87,5 kilos (oui, oui, je suis énorme, je le sais, et c’est ce que j’ai pris 13 livres depuis fin novembre), je devrais consumer 193 grammes de protéine par jour, ce qui n’est pas si facile que ça. Notez qu’un œuf dur a 6 grammes de protéine, une boîte de thon environ 26 grammes, un blanc de volaille environ 30 grammes, un grand verre de lait 8 grammes, et ainsi de suite. Si l’on cherche à ne pas manger des glucides, on n’aura pas de pain, pas de pommes de terre (frites et crisps), pas de riz, pas de pâtes, et surtout pas d’alcool – et, je vous préviens par expérience, vous aurez toujours faim !

L’entraîneur Mike m’a expliqué il y a quelques semaines que la protéine de petit-lait, qu’on achète en poudre, se digère assez vite, et qu’il vaudrait mieux pour moi de prendre une dose (une grande cuillerée) de protéine de caséine, qui se digère (dit-il) plus lentement et donc c’est plus efficace si on la prend juste avant de se coucher (hmmm, ok, je veux bien le croire) avec un verre de lait écrémé, ce qui je fais depuis deux semaines et j’ai effectivement gagné du poids (et de la masse musculaire, j’espère bien, et pas seulement de la graisse, mais qui sait, au fond ?)

Je m’amuse donc à grossir, mais c’est bien le moment de le faire puisqu’on ne me verra pas en maillot de bain avant le mois de mai, ce qui me donne, je crois, assez de temps pour perdre les kilos en trop que j’aurai acquis à cause de ce régime. C’est marrant tout de même quand les gens qui ne t’ont pas vu depuis quelques mois te disent « Mais, dis donc, t’as grandi ! » surtout quand soi-même on ne s’en rend pas compte.

À la fête d’anniversaire à Brooklyn, je me suis aligné, socialement parlant, avec un ami haltérophile ex-alcoolo, qui comme moi ne buvait que de l’eau minérale Pellegrino (l’entraîneur Mike me dit que le supplément que je prends en ce moment est assez dur pour le foie, donc il vaut mieux ne pas trop taxer cet organe – comme il a vingt-deux ans et possède des abdos en tablettes de chocolat (en dépit de sa blancheur presque aveuglante de sa peau), j’obéis évidemment à (presque) toutes ses recommandations). On s’est amusé à critiquer nos salles de sports respectives et surtout les membres imbéciles qui nous gâchent la vie ! Comme le monsieur qui revendique au moins cinq « stations » d’exercice en drapant une serviette sur les manches de chaque machine ou sur l’un des rares bancs libres. Comme la fille qui se repose sur la machine après une série d’exercices en textant ses amis pendant plusieurs minutes !

Plus tard, un acteur qui n’est plus dans « sa plus verte nouveauté » m’a vivement recommandé le film Jackass 2, qu’il a déclaré un summum de l’art comique cinématographique (on l’a commandé, le mari et moi, avant hier soir, sur Netflix, et c’était d’une débilité adolescente ahurissante, à éviter complètement – ce qui prouve en plus parfaitement bien, vous ne trouvez pas, qu’on ne devrait jamais suivre les recommandations de personnes ayant plus de 25 ans et n’ayant pas de tablettes de chocolat.)

On est rentré à Manhattan vers minuit.

Hier soir j’ai acheté des billets pour La Rondine de Puccini, qu’on présente à l’Opéra Métropolitain ce mois – œuvre qu’on ne voit que rarement aux répertoires. L’histoire me plaît – c’est un peu La Dame aux Camélias en moins pathétique – et j’aime surtout le troisième acte. C’était aussi l’un des opéras préférés d’un ancien boss à moi et l’on l’écoutait au volume maximum dans sa voiture en faisant la navette (très ennuyeuse) entre Manhattan (le bureau) et Les Hamptons (les maisons des clients). L’ami producteur de télévision, qui m’avait invité à partager sa chambre aux Pins mon premier été sur l’Île de Feu, connaissait aussi l’opéra et on chanterait certains airs, tous les deux complètement bourrés, le soir sur la plage embrumée, surtout le dialogue (imbécile, mais marrant) du 2e acte entre Ruggero, le jeune poète, et Magda, la belle courtisane, au café :

MAGDA
Un momento!...

RUGGERO
Che hai?...

MAGDA
(l'abbraccia)
Niente... niente... Ti amo!...
C’est ce « ti amo » qu’on hurlerait ensemble sur la plage, se moquant de cet aveu si « opératique », sublime et ridicule à la fois.

Pour le reste, on fait des projets de petits voyages – on ira à Pierreville le week-end de la fête de Martin Luther King, Jr. Le mari compte rentrer à Los-Angeles en février ou début mars et je ne sais pas si je l’accompagnerai. En allant au supermarché il y a quelques jours, dans la place Sheridan, on a été salué et puis embrassé par un type que je ne reconnaissais pas d’abord et qui s’est exclamé « 90 jours seulement ! » Il s’agissait d’un type qui loue une maison dans le même chemin que nous à La Cerisaie et qui ouvre la maison qu’il loue au début d’avril (ce qui est tôt). Pour nous, ce sera le deuxième week-end de mai – il me faut du temps pour perdre tous ces kilos de graisse accumulés pendant l’hiver.

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heu... 37,3° c'est déjà de la fièvre? Ou seriez-vous finalement un animal à sang froid? ;-)

Ben, chez nous, on a de la fièvre si on a une température corporelle au-dessus de 98,6° F (ou de 37° C) et comme j'avais une température alors de 99,2° F (donc, de 37,3° C), j'avais une (bien) petite fièvre – pas une grande, ce que je n'ai jamais prétendu ;-) !

Ah! Cette légère levée de température était sans doute due à votre concentration dans l'observation de la technique de votre entraîneur...
A ce propos, comment se fait-il que vous ayez pu voir ses abdos? Il vous entraîne torse nu??

37,3° c'est une température tout à fait normal :)

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