Quand l’envie s’en va, il n’y souvent rien à faire qu’attendre son retour – je blâme le temps, même s’il est plutôt bête d’attendre un temps plus clément pendant ces jours d’hiver profond. Il y a aussi le soupçon de déprime qui me frappe régulièrement par ces jours sombres où je me rends compte de toutes les promesses (pour la plupart à moi) auxquelles j’ai manquées dans les mois précédents, où je ressens d’une façon particulièrement sensible le temps qui file et que je gaspille avec une insouciance feinte, où je constate la frivolité et même la vanité et surtout l’immaturité avec lesquelles je persiste, en dépit de tout, à mener ma vie. Bon, je sais très bien que j’ai (en général) de bonnes intentions, mais celles-là importent peu quand il n’y que peu ou pas de résultats concrets.
Si j’étais logique à cent pour cent, je me plongerais sans gêne dans la poursuite du plaisir physique et intellectuel (la différence n’étant que de perception), l’hédonisme (et non pas la luxure, qui serait autre chose) étant une philosophie qui me semble bien raisonnable. Mais je sais que je ne suis pas logique – ou plus correctement, je n’arrive jamais à poursuivre un chemin parfaitement logique – je suis faible et je poursuis des chemins bien alambiqués et serpentins au bout desquels je retrouve trop souvent ou une vérité qui déçoit ou une qui désillusionne. (Je ne m’y renonce pas pour autant.)
Suite de « Où l’on se les gèle » :
Dimanche on est allé à pied au Palais des Congrès Jacob Javits et au Quai 94 où des amis marchands de mobilier exposaient leurs nouveautés dans le cadre de la Foire internationale de cadeaux de New-York. Du monde, ô Dieux ! On a passé une heure à examiner les articles offerts avant de se sauver dans la Cuisine de l’Enfer, où on a dit bonjour à un barman qu’on connaît de La Cerisaie au restaurant The Eatery. Notre brunch terminé, on est passé au magasin de vêtements TAGG, où le mari, qui n’est jamais dans le vent côté fringues, s’est finalement offert deux sweatshirts à capuche soldés, dont un marron et un bleu ciel. Voici quelques photos de notre longue et lente promenade:
Le restaurant Pastis, qu'on nous dit va fermer bientôt à cause d'une hausse du loyer
Façade de l'ex-restaurant Florent
L'hôtel Standard vu de la « Ligne Haute »
Le palais des congrès Jacob Javits, déjà trop petit, dit-on, pour les plus grandes expos
Dans le hall du palais des congrès, créé par l'architecte I M Pei (cela se voit, n'est-ce pas ?)
L'un des longs halls d'accueil du palais
Dans le stand de nos amis, avec un pigeon égaré au milieu
En quittant le Quai 94, on a passé devant ce panneau humoristique pour l'émission The Daily Show
Voici le studio pour les émissions du réseau Comedy Central, dont The Daily Show et The Colbert Report, dans la 10e avenue
Devise comique au-dessus de la porte d'entrée aux studios de Comedy Central et du Daily Show :
« Abandonnez les Infos, Tous Qui Entrez Ici »
L'un des longs halls d'accueil du palais
Dans le stand de nos amis, avec un pigeon égaré au milieu
En quittant le Quai 94, on a passé devant ce panneau humoristique pour l'émission The Daily Show
Voici le studio pour les émissions du réseau Comedy Central, dont The Daily Show et The Colbert Report, dans la 10e avenue
Devise comique au-dessus de la porte d'entrée aux studios de Comedy Central et du Daily Show : « Abandonnez les Infos, Tous Qui Entrez Ici »
Le lendemain on est allé à un cocktail dans le showroom de nos amis où ils lançaient officiellement leur nouvelle collection de meubles et d'objets, dont ces boîtes en porcelaine:
Ah, mais cette couleur me dit quelquechose !
Tout comme celle-ci ! Voyons, faites un effort !
Il y avait un trio jazz, aussi, qu'on n'écoutait pas, mais c'était sympa d'avoir des musiciensL’ami ex-conservateur de musée m’a demandé de l’accompagner à l’opéra où on présentait une nouveauté de l’année dernière – Le comte Ory de Rossini dans une mise en scène farfelue que, de toute évidence, on espérait aller rendre plus divertissant ce passe-temps assez nouille – des châtelaines médiévales en robes du XVIIIe, des chevaliers perfides en tenue de nonne, un rôle de pantalon pour la mezzo-soprano. Le rôle de la comtesse était chanté par une belle soprano sud-africaine (qui ressemble un peu à la célèbre Oprah Winfrey) au nom de Pretty Yende qu’on a beaucoup applaudie et avec raison. L’ami ex-conservateur marche mal, à cause de ses genoux, et on doit le recevoir au sous-sol de l’opéra avec un fauteuil roulant poussé par l’un des ouvreurs – on prend l’ascenseur pour arriver à l’étage du « Grand Tier » d’où on passe par le Salon Belmont, réservé aux grands patrons de l’opéra, pour passer dans un couloir de bureaux, au fond duquel on descend par un petit ascenseur au « Parterre » où se trouvent les loges – nos places se trouvaient dans la 1ere loge, mais l’ouvreuse à l’accent russe nous a mis dans la loge no 5, moins sur le côté, où, d’après elle, « il n’y aura personne ce soir ».
Vue de la scène à l'opéra Métropolitain de la loge 5Mais elle s’était trompée et on a vite vu l’arrivée d’une folle aux cheveux en tourbillon qui avait apporté avec elle un coussin de siège en velours rouge, d’un homme géant, barbu et aux cheveux blancs mal coiffés, qui portait ensemble trois sortes de carreaux – l’une pour sa chemise, une autre pour sa veste, et une troisième pour sa cravate – d’une femme assez belle en tenue correcte que je croyais la femme d’un homme en costume à un accent étranger qu’on a vite, l’ex-conservateur et moi, appelé « le Belge » (à cause de l’accent étranger impossible à fixer – comme, quand j’habitais Paris, les gens me demandaient si, à cause de mon accent, je venais de « Yougoslavie » dont ils avaient entendu parler, mais dont les originaires n’avaient pas un accent « reconnaissable » en français pour les Français.). Au retour de l’entracte, on a failli avoir une échauffourée dans la loge entre le Belge et le géant qui se sont disputé leurs places ! Quelles manières à l’opéra, quand même !
Le restaurant Serafina, à droite, est un client de la boîte qui a acheté celle du mariOn a dîné avec la boîte qui vient d’acheter l’entreprise du mari – le chef est sympa, il y avait aussi un Russe qui s’appelle Vlad et qui m’a amusé, ainsi qu’un jeune Asiatique qui portait de grosses lunettes noires « seulement pour faire plus intelligent » !
Un panneau moralisateur vu dans la Cuisine de l'Enfer avec lequel je suis dans le plus parfait accordEnsuite on est allé assister au spectacle hebdomadaire de Shequida au bar Hardware, dans la 10e avenue – elle est entrée sur scène avec une heure de retard (seulement) et elle a présenté une autre « vedette » en provenance d’Haïti par Miami, dont j’ai oublié le nom de scène.
Shequida en plein numéro
Le « péché » peut se présenter sous les formes les plus bénignes, comme cette photo d'un couple de jeunes assis à côté de nous qui ont flirté avec le mari
L'Haîtienne – elle me faisait plutôt peur, je l'avoue
Le week-end suivant on est parti pour l’Île Longue et le village de L’Anse-du-Ruisseau, où habite l’ami producteur de télévision. En dépit de ma demande la plus stricte de ne plus avoir rien à faire avec un couple homo qui habite tout près de lui et qu’il fréquente assez souvent, faute de mieux dans ce bled perdu, on a dû fêter l’anniversaire de l’ami avec eux dans un restaurant au village voisin où finalement on a connu, tout à fait par hasard, pas mal de gens venus dîner ce même vendredi soir. L’un était bourré et l’autre, steward pour l’American Airlines, disait n’importe quoi. J’ai souffert en silence.
Le lendemain on est allé faire un tour des magasins d’usine dans le centre commercial Tanger tout près de la ville de Riverhead, à l’est, et là j’ai acheté chez Nike une paire de baskets tout à fait inconvenable, vu mon âge avancé, chez Underarmour un short de sport, chez Barneys un t-shirt bleu, et chez Façonnable une chemise à carreaux de couleurs variées. On a déjeuné tard dans un restaurant polonais du quartier polonais à Riverhead.
Le soir l’ami s’est amusé à faire de la cuisine et on s’est finalement rendu à l’idée qu’on devrait inviter à dîner, en tant que faire une bonne action, le soûlard du soir précédent qui était seul chez lui ce soir-ci. Tout s’est assez bien passé pendant le repas – on a parlé testaments (super-marrant, n'est-ce pas !) passés et actuels – et on a bu. Le soûlard est parti et après avoir débarrassé la table, le mari est monté à notre chambre pour continuer à regarder les films nommés pour gagner les Oscars, l’ami producteur, qui est membre de l’académie, ayant reçu des tas de DVD afin de les juger. Celui-ci, ivre mort ou presque, s’est allongé devant la cheminée et a commencé à marmonner des plaintes à propos de sa vie actuelle, de son avenir, de son passé. C’était un moment « in vino veritas », mais le plus pénible pour moi, c’est que je n’y voyais aucune vraie solution – vieillir, c’est surtout voir ses choix qui se diminuent. C’est se trouver dans l’engrenage qu’on a ignoré en prenant les décisions qui l’auront bâti. Cela m’a causé du chagrin, pour lui et pour moi. Heureusement, il ne s'en est souvenu de rien le lendemain.
Sur le quai de correspondance à Babylone
On est rentré à New-York pour voir des amis avant de rentrer chez nous pour regarder le Super Bowl, qui avait lieu à La Nouvelle-Orléans. J’apprécie le talent de la chanteuse Beyoncé (dont le manager serait la sœur du steward benêt), mais son show m’a laissé froid. Quelques minutes après, on a eu le court-circuit et le match a été interrompu pendant plus de 30 minutes. Moi, je soutenais l’équipe de Baltimore, dont l’un des joueurs est partisan connu du mariage pour tous, surtout après les fausses notes sur l’homosexualité de certains joueurs de l’équipe de San-Francisco (faut le faire, n’est-ce pas, et surtout à San-Francisco) – les chefs de l’équipe se sont empressés de s’excuser, mais c’est bête de leur part tout de même.
Le début de l’année, c’est bien sûr la période des ascèses morales et physiques. L’ami galeriste ne boit plus d’alcool depuis son retour de Miami au début de janvier. Moi je suis un programme d’entraînement et de musculation aussi superficiel que douloureux, mes articulations n’ayant plus la fine souplesse de ma jeunesse. Le mari, lui, vient de passer à sa propre mortification de la chair en commençant hier matin un nouveau jeûne à l’eau.
Les transats enneigés sur la terrasse de l'hôtel Out dans la 42e rue ouest
Et par le toit en verre
Les barmen étaient dûment beaux et sympas
Hier soir, on a rejoint l’ami galeriste à l’hôtel Out où la belle Lina jouait sa musique cool dans l’atrium chauffé au toit de verre. Le mari nous a quittés après une courte escale chez Hardware, d’où on est allé dîner à l’Eatery dans la 9e avenue, l’ami galeriste, le jeune Russe et moi.
Les stalactites de glace qui pendent d'un échafaudage dans la 6e avenue – les restes de Nemo le (pas si )Terrible (que ça)
La tempête de neige Nemo, tant crainte par les autorités à partir de vendredi dernier, n’a finalement fait rien de trop grave, au moins ici à New-York – mais l’hystérie généralisée qu’on rencontre à présent en face de toute « perturbation météorologique » éventuelle me rend d’abord fou et ensuite mélancolique, quand je réfléchis au cynisme de ceux qui exploitent les médias pour promouvoir les excès d’appréhension ainsi qu’à la facilité avec laquelle les gens oublient la raison et se laissent faire.
Le lendemain on est allé faire un tour des magasins d’usine dans le centre commercial Tanger tout près de la ville de Riverhead, à l’est, et là j’ai acheté chez Nike une paire de baskets tout à fait inconvenable, vu mon âge avancé, chez Underarmour un short de sport, chez Barneys un t-shirt bleu, et chez Façonnable une chemise à carreaux de couleurs variées. On a déjeuné tard dans un restaurant polonais du quartier polonais à Riverhead.
Le soir l’ami s’est amusé à faire de la cuisine et on s’est finalement rendu à l’idée qu’on devrait inviter à dîner, en tant que faire une bonne action, le soûlard du soir précédent qui était seul chez lui ce soir-ci. Tout s’est assez bien passé pendant le repas – on a parlé testaments (super-marrant, n'est-ce pas !) passés et actuels – et on a bu. Le soûlard est parti et après avoir débarrassé la table, le mari est monté à notre chambre pour continuer à regarder les films nommés pour gagner les Oscars, l’ami producteur, qui est membre de l’académie, ayant reçu des tas de DVD afin de les juger. Celui-ci, ivre mort ou presque, s’est allongé devant la cheminée et a commencé à marmonner des plaintes à propos de sa vie actuelle, de son avenir, de son passé. C’était un moment « in vino veritas », mais le plus pénible pour moi, c’est que je n’y voyais aucune vraie solution – vieillir, c’est surtout voir ses choix qui se diminuent. C’est se trouver dans l’engrenage qu’on a ignoré en prenant les décisions qui l’auront bâti. Cela m’a causé du chagrin, pour lui et pour moi. Heureusement, il ne s'en est souvenu de rien le lendemain.
Sur le quai de correspondance à BabyloneOn est rentré à New-York pour voir des amis avant de rentrer chez nous pour regarder le Super Bowl, qui avait lieu à La Nouvelle-Orléans. J’apprécie le talent de la chanteuse Beyoncé (dont le manager serait la sœur du steward benêt), mais son show m’a laissé froid. Quelques minutes après, on a eu le court-circuit et le match a été interrompu pendant plus de 30 minutes. Moi, je soutenais l’équipe de Baltimore, dont l’un des joueurs est partisan connu du mariage pour tous, surtout après les fausses notes sur l’homosexualité de certains joueurs de l’équipe de San-Francisco (faut le faire, n’est-ce pas, et surtout à San-Francisco) – les chefs de l’équipe se sont empressés de s’excuser, mais c’est bête de leur part tout de même.
Le début de l’année, c’est bien sûr la période des ascèses morales et physiques. L’ami galeriste ne boit plus d’alcool depuis son retour de Miami au début de janvier. Moi je suis un programme d’entraînement et de musculation aussi superficiel que douloureux, mes articulations n’ayant plus la fine souplesse de ma jeunesse. Le mari, lui, vient de passer à sa propre mortification de la chair en commençant hier matin un nouveau jeûne à l’eau.
Les transats enneigés sur la terrasse de l'hôtel Out dans la 42e rue ouest
Et par le toit en verre
Les barmen étaient dûment beaux et sympasHier soir, on a rejoint l’ami galeriste à l’hôtel Out où la belle Lina jouait sa musique cool dans l’atrium chauffé au toit de verre. Le mari nous a quittés après une courte escale chez Hardware, d’où on est allé dîner à l’Eatery dans la 9e avenue, l’ami galeriste, le jeune Russe et moi.
Les stalactites de glace qui pendent d'un échafaudage dans la 6e avenue – les restes de Nemo le (pas si )Terrible (que ça)La tempête de neige Nemo, tant crainte par les autorités à partir de vendredi dernier, n’a finalement fait rien de trop grave, au moins ici à New-York – mais l’hystérie généralisée qu’on rencontre à présent en face de toute « perturbation météorologique » éventuelle me rend d’abord fou et ensuite mélancolique, quand je réfléchis au cynisme de ceux qui exploitent les médias pour promouvoir les excès d’appréhension ainsi qu’à la facilité avec laquelle les gens oublient la raison et se laissent faire.
le mari porte encore des sweats à capuche? c'est qu'il doit être resté très jeune dans sa tête!
quant aux boîtes sur la photo,leur couleur évoque furieusement le orange d'Hermès. ça pourrait d'ailleurs être des produits de la vénérable maison,puisqu'elle vend également des meubles -hors de prix comme il se doit- et des objets décoratifs.
Oui, Hermès pour l'orange et Tiffany pour le bleu... chic et vaguement superficiel, n'est-ce pas? Mais j'aime beaucoup le canapé sur le stand de vos amis.
N'êtes vous pas un peu trop lucide pour vous adonner, sans arrière-pensée, à l'hédonisme?
Et dire que vous vous mortifiez sans même avoir "pêché"!
Mais moi, qui date de l'ère paléolithique (et non, je ne blague point), j'en porte toujours, ce qui doit être encore plus drôle et invraisemblable, n'est-ce pas ?
En ce qui concerne les boîtes, les couleurs sont assez différentes qu'on ne saisira pas la justice pour utilisation abusive, bien que...
Depuis le temps que je te lis (en silence) je suis sidérée par les progrès que tu as fait en français, ta maitrise, la poésie, la richesse de ton vocabulaire, et les mots justes que tu emploies... Ceux que tu écris, notamment sur la vieillesse me touchent énormément. J'aimerais écrire en français aussi bien que toi
Merci beaucoup, Alice !