Archives février 2014

La mort récente, à deux pas d’ici, de l’acteur Philip Seymour Hoffman à cause, on dit, d’une overdose d’héroïne, continue à avoir des répercussions quelque peu surprenantes.

On a d’abord appris son vœu « formel », exprimé dans son testament, que son fils (il avait finalement trois enfants au total, mais il n’a pas refait son testament), Cooper, soit élevé dans l’une des ces trois villes : New-York (et plus spécifiquement, dans ou près de l’arrondissement de Manhattan), Chicago, ou San-Francisco, ou, au cas où le tuteur ne pourrait pas habiter dans l’une de ces trois villes, qu’il ferait en sorte que son fils visiterait ces villes au moins deux fois par an pendant toute la tutelle. En plus de la spécificité un peu curieuse de cette stipulation, on a aussi rigolé de l’absence du nouvel arrondissement branché de Brooklyn (oh ! ils ont gueulé !) et celle de Los-Angeles, le centre de l’industrie qui lui aurait fait gagner une fortune qui s’élèverait à environ 35 millions de dollars, dont il aurait léguée la grande partie à sa compagne et mère de ses trois enfants (et qui, quelques mois avant son overdose, l’avait fait quitter, pour des raisons de comportements difficiles dûs à sa toxicomanie, l’appartement familial qui se trouvait à quelques pas seulement de l’appartement qu’il a loué ensuite dans la rue de Béthune et où il est mort).


Aparté presque – mais pas tout à fait quand même – hors de propos :

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Le panneau indicateur dans le métro

Le mari vient de quitter l’appart pour se rendre par train à l’aéroport J F Kennedy où il prendra l’avion de 11 h 29 à destination de « La ville non citée » de l’autre côté du continent. Il y va pour vérifier que tout va bien avec son père, qu’on a dû transférer à la section « Perte de mémoire » de la maison de retraite où il habite depuis environ un an, à la suite d’un incident d’évacuation d’urine en public (bon, il a fait pipi dans le bassin d’une fontaine décorative dans le complexe, comportement, hélas, tout à fait typique en ce qui le concerne, mais la bonne sœur qui l’aurait découvert en train de polluer l’environnement de cette façon s’est trompée en croyant qu’il s’agissait d’un indice de démence certain et non pas, comme il l’était en fait, une vielle habitude issue de toute une vie gâtée, égoïste et suprêmement indifférente à l’opinion des autres).

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Vue du parking enneigé (oui, de nouveau) prise à partir du quai de l'Airtrain à la gare de Jamaïque dans le Queens – le mari a pris le métro de la ligne A pour aller à la gare de Jamaïque, d'où il a fait la correspondance pour l'Airtrain qui l'a emmené à l'aéroport J F Kennedy – ça a pris 1 heure et quart de route

Il y va aussi pour faire preuve d’un certain soutien moral à sa sœur (qui est adorable, mais timide) qui, parce qu’elle est la plus proche des enfants et aussi parce que le père se soumet beaucoup plus facilement à ce que lui proposent des femmes (comme la mère du mari et la belle-mère, toutes les deux mortes) qu’à des hommes, contre qui il s’insurge par pur orgueil mâle, doit s’occuper de lui en tant que tutrice légale. Il a promis de m’envoyer un SMS lors de son atterrissage à LAX.

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Aux portes d'embarquements à Kennedy


La seconde répercussion de la mort de l’acteur serait l’accord annoncé dans le Times ce matin d’une somme de dommages et intérêts accordés à un certain David Bar Katz, écrivain dramatique, scénariste et grand ami du défunt, par le grand journal à scandale le National Enquirer qui aurait publié un article dans lequel on le nommait l’amant gay secret de l’acteur. Or, tout comme M. Hoffman (il faut absolument voir son Truman Capote extraordinaire), M. Katz se foutait de l’allégation fausse d’être homo (« The issue was never me being outraged at being accused of being gay — we’re theater guys, who cares? »), mais il n’était pas du tout content d’être accusé d’avoir trahi la confiance de son ami, et pour cela il a porté plainte contre le journal hebdomadaire qu’on trouve surtout aux caisses des supermarchés et des épiceries.

On n’a pas précisé de chiffre, mais la somme a dû être suffisante (aux environs de 1,5 million, si l’on suppose un rendement plutôt circonspect de 3 %) pour d’abord fonder la Fondation américaine pour la dramaturgie, dont le but sera de décerner un prix annuel à une pièce jamais montée (et donc à son auteur) qui sera sélectionnée par un comité d’auteurs dramatiques, et ensuite pour doter le prix d’un montant de 45 000 dollars, afin de pouvoir « s’acquitter du loyer et se payer un steak de temps en temps ».

Militant bobo que je suis, j’applaudis l’action de M. Bar Katz et j’approuve aussi le choix des villes américaines dignes de résidence par la progéniture de M. Hoffman, auquel j’ajouterais sans hésiter Paris et Londres, et peut-être Berlin. Et non, ça n’a évidemment rien d’original.

Fashion

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Voici un précis, foncièrement subjectif, matériellement superficiel et intellectuellement allégé, voire maigre, que je viens d'établir selon des critères parmi les moins raisonnables, de choses que j'aime, de choses que je n n’aime pas, et de choses que je n’a pas encore mises de façon définitive dans l’une ou l’autre des deux catégories précédentes.


In

Le calme à Kiev (pourvu que ça dure)

Les beaux cellistes croates (Stjepan Hauser et Luka Sulic) du groupe 2Cellos (vidéo assez marrante d’un concert très XVIIIe siècle ici)

Les bergers australiens – le chien qu’on aimerait avoir, le mari et moi, si le propriétaire permettait encore aux locataires dans notre immeuble d’avoir des « animaux de compagnie » (et d’après les règlements de la ville, les chats ne comptent pas comme animaux de compagnie, parce qu’on ne les rencontrera pas – en principe – dans les couloirs).

Le défilé de la Saint-Patrick « pour tous » à Queens, dimanche, où il y aura, parmi tout un bouquet d’homme et de femmes politiques, le maire de New-York, M. de Blasio, et la drag queen irlandaise Panti Bliss (Rory O’Neil), devenu célèbre pour son discours émouvant sur l’homophobie prononcé le 2 février à partir de la scène de l’Abbey Theatre (le théâtre national irlandais) à Dublin et qui a connu ensuite un succès viral extraordinaire

L’humour évident dans les cérémonies de clôture des JO de Sotchi, où l’on a rappelé le « malfonctionnement » qui s’était produit dans l’éclosion correcte de l’un des cinq anneaux olympiques dans le grand spectacle organisé pour ouvrir ces Jeux d’hiver

Out

Cet hiver dans le nord-est des États-Unis – trop long, trop de neige

Le projet de loi en faveur de la discrimination contre les homos voté par les deux chambres en Arizona et remis tout récemment à la Gouverneure pour signature (ou son véto ou son inaction totale, par laquelle la loi est adoptée après un certain délai)

La censure Internet en Turquie

Facebook, et ça depuis le début (ou presque)

Le défilé « traditionnel » de la Saint-Patrick à Manhattan, qui aura lieu le lundi 17 mars, quand des masses d’écoliers et d’élèves des écoles catholiques de la métropole (toutes fermées pour la fête), des compagnies de flics et de pompiers en tenue d’apparat (métiers municipaux pendant très longtemps dominés à New-York par des gens d’origine irlandaise) qui descendront la 5e avenue, ainsi que des foules d’autres membres de guildes de métiers en déclin rapide, tous applaudis par des gens sur le trottoir qui ont peur de l’avenir et qui aiment exprimer leur anxiété sociale petite-bourgeoise en blâmant les nègres, les « libéraux », les féministes, les homos, les Mexicains, pour ne nommer que ceux-là, pour tout ce qu’ils s’opposent dans la société américaine actuelle.

L’acte signé hier à Kampala par le président ougandais Museveni contre les homos (une peine de prison de 7 ans pour « délit d’homosexualité » et une condamnation à perpétuité pour le crime d’« homosexualité aggravée »)

La suppression de l’opposition en Égypte par le gouvernement militaire (et c’est trop bête de toujours traiter de « terroriste » toute personne opposée à une politique particulière ou à un individu au pouvoir, car finalement tout le monde se rendra compte un jour de la nullité débile de l’accusation et à ce moment-là l’on ne vous prend plus au sérieux)


On verra

Twitter – j'ai toujours des doutes*

La situation politique au Vénézuéla – M. Maduro n'est pas aussi malin que l'était M. Chávez, et c'est dommage

Antony and the Johnsons, groupe musical dont je viens de prendre conscience – le côté bohème branché, implacable et un rien condescendant, me rebute assez, je l’admets, mais la voix d'Antony est extraordinaire (c’est le chanteur colombien qui me l’a fait écouter pour la première fois dimanche soir et il l’adore), comme on se rend compte dans ces vidéos ici et ici (il y en a beaucoup d’autres chez YouTube)


Mise à jour:

* Cette photo d'une « explication » manuscrite (ô horreur !) de comment se servir de certains des médias sociaux les plus populaires en utilisant comme exemple le fait de manger un doughnut (ou donut) – ce fameux beignet avec un trou au milieu – et de le faire savoir à travers de diverses plate-formes informatiques, d'une façon, comme vous verrez, assez drôle.

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Je l'ai piquée, cette photo, chez JimRomanesko.
Comme une bonne partie de nos concitoyens depuis la sortie le 14 février dernier de la 2e tranche de la série politique House of Cards, nous nous sommes consacrés, le mari et moi, au spectacle baroque des luttes acharnées (et même à mort) qui se déroulent fiévreusement dans les coulisses de notre Versailles à nous, la ville de Washington. C’est assez drôle de voir ces hommes et ces femmes politiques qui maintiennent à la télé avec tant d’insistance que de telles machinations ne pourraient jamais avoir lieu dans le Washington qu’ils connaissent et où ils travaillent, tous et toutes, seulement pour le bien-être de nous, les électeurs. Le couple Underwood, au centre du drame, est presque une machine à pouvoir, où l’ambition personnelle prime tout. Dans cette seconde saison, on verra quelques prises de conscience de futures  défaites qu’ils pourront essuyer, comme de certaines faiblesses sentimentales qui pourront les écarter de la bonne voie. Il y a un hacker qui renverse les rapports de force entre lui et des agents du FBI qui, eux, ne s’inquiètent d’aucune loi pour arriver à leurs buts (ce qui renforce l’idée commune qu’Edward Snowden n’aurait aucune chance d’être traité de façon correcte s’il voulait bien rentrer chez lui). Il y a des imprudences sexuelles, d’importances diverses, qui soulignent bien les côtés « menschliches, allzu menschliches » de tous ces personnages aux vies stressées. Oui, oui, ça a aussi un bon côté opéra savon assez trash et les écrivains réussissent à nous faire vouloir voir le prochain épisode avec des fins de chapitre pleines de suspense à la Dickens.

chantierexstvincent.jpgLe chantier de l'ex-hôpital St-Vincent où l'on est en train d'ériger des appartements de luxe

Il a fait très doux hier et tout le monde en a profité pour descendre dans les rues pour prendre l’air. Le mari et moi, on s’est donné pour raison de sortir quatre ou cinq emplettes à faire dans le quartier. On est passé d’abord à la librairie Barnes & Noble dans la place de l’Union, où j’ai acheté une biographie de l’empereur romain Hadrian ainsi que trois paires de lunettes de lecture (oui, je suis un peu presbyte, putain). Ensuite on est passé voir un ami à la librairie pour jeunes Books of Wonder où l’on a entendu une jeune écrivaine australienne se plaindre du froid qu’il faisait à New-York. On est passé à la librairie Idlewild où j’ai acheté deux romans français Le Vin de solitude d’Irène Némirovsky et Une mélancolie arabe d’Abdellah Taïa.

En Ukraïne

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drapeauukrainien.pngLe beau drapeau ukraïnien

Si je n’ai rien dit sur la situation en Ukraïne (qu’il me plaît toujours de décorer d’un beau tréma poussiéreux), c’est en grande partie parce que je me trouve, comme beaucoup d’autres, fixé devant les écrans de télé et d’ordinateur, étonné de tout ce qui se déroule là-bas, à regarder les foules dans le Maidan et à lire les dernières nouvelles du départ du président Ianoukovytch, qui semble avoir quitté la capitale samedi matin pour la ville de Kharkiv, proche de la frontière russe.

vitaliklitschkoenboxeur.jpgM. Vitali Klitschko quand il était encore boxeur

L’un des chefs des manifestants antigouvernementaux s’appelle Vitali Klitschko. C’est un ancien champion de la boxe devenu politique en 2006. Je l’avais déjà remarqué sur les infos télé, quand il parlait à la foule de l’estrade au milieu de la place. Il est quand même beau gars, M. Klitschko, et j’avais remarqué son visage quand les manifestants l’ont sifflé fort vendredi dernier quand il leur a annoncé l’accord préliminaire entre le président, l’opposition, les responsables EU, les Russes et les Américains.

Reste à savoir ce qui se passera dans les jours à venir.

Mise à jour: 

Je viens de lire le suivant dans cet article intitulé « Fascism, Russia and Ukraine » de Timothy Snyder qui paraîtra dans le numéro du New York Review of Books daté du 20 mars 2014 : 

« Best known for saying that gays who die in car accidents should have their hearts cut from their bodies and incinerated, Kiselyov [animateur russe d'émission-débat très populaire en Russie] has taken Putin’s campaign against gay rights and transformed it into a weapon against European integration. Thus when the then German foreign minister, who is gay, visited Kiev in December and met with Vitali Klitschko [ci-haut, torse nu], the heavyweight champion and opposition politician, Kiselyov dismissed Klitschko as a gay icon. According to the Russian foreign minister, the exploitation of sexual politics is now to be an open weapon in the struggle against the “decadence” of the European Union. »

Moi, je veux bien que M. Klitschko soit une icône gay; je serai même plus content qu'il soit connu pour être une icône de la démocratie. Et avoir les deux ensemble, eh bien, je n'y vois point de mal.

La Grande Bellezza

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ruecharlesrestesdeneige.jpgLes restes de neige dans la rue Charles

On a donc écouté hier soir la suggestion de deux amis d’aller voir le film italien La Grande Bellezza qu’ils, l’un italo-argentin et l’autre europhile invétéré, nous avaient recommandé il y a quelques semaines. Comme il faisait plutôt doux, on s’est rendu à pied au cinéma Angelika à l’angle des rues Mercer et Houston-Ouest, une promenade de seulement vingt minutes.

Il y avait pour la séance de 19 h 15 un peu de monde, ce qui n’a rien de très surprenant pour une soirée de vendredi sauf qu’il s’agissait ici d’un film de langue étrangère déjà sorti depuis plusieurs semaines (mais je ne savais pas alors qu’on l’avait nommé candidat pour l’Oscar du film étranger, ce qui explique peut-être le nombre élevé de spectateurs).

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Le cinéma Angelika sous l'échaffaudage

Cela fait des lustres que je n’ai pas vu La Dolce Vita de Federico Fellini et je n’ai donc que quelques souvenirs plutôt vagues d’images de ce film, mais il est vrai que le début de La Grande Bellezza fait penser à certaines scènes extravagantes de ce prédécesseur (et je me suis très vite posé la question de savoir comment notre héros avait réussi à avoir des voisins aussi accommodants du point de vue tapage nocturne).

Composé de scènes où le héros se souvient de moments de son passé (il vient d’avoir 65 ans), le film n’a pas vraiment d’histoire, à part celle narrée par l’accumulation d’incidents, parfois cyniques, parfois pénibles, mais presque toujours beaux à voir.

J'ai surtout aimé le tour de l'ami magicien qui fait disparaître une girafe, après quoi il s'excuse au héros en disant « È solo un truco ! » Cette phrase m'a frappé, et elle est redite à la fin du film.

Il y a ce regard implacable et plutôt pessimiste de la vie qu’on retrouve chez beaucoup d’artistes européens « sérieux » et qui, pour nous, Américains, peut nous combler de joie pour la simple raison de nous fournir un ressenti de soulagement contre l’optimisme synthétique inévitable dont on nous gave. (Mais cette lassitude morale peut aussi devenir un tic artistique, paresseux et facile, qui chercherait à donner un ton plus profond à une œuvre foncièrement médiocre.)

Si La Grande Bellezza ne me semble pas un film parfait, il m’a néanmoins donné de quoi réfléchir, ce qui est déjà pas mal, je trouve.


Nota bene

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Je viens de remarquer que j’ai dû zapper une de mes propres réponses à des commentaires laissés tout récemment par Laurent et grégory à la suite d’un dernier bombardement de spam de la part de nos amis chinois. Moi, j’ai trouvé très spirituelle cette réponse (non, ce n’est pas très humble, je le sais) mais n’importe, je n’arrive pas à la récupérer. De toute façon, quand je nettoie les commentaires de commentaires disons purement commerciaux, il est évident qu'il m'arrive de balayer par erreur des commentaires bienvenus, et pour cela, je m’excuse à l’avance. Et je vous remercie de bien vouloir me le faire savoir si je le fais par accident dans l'avenir.

Le bon sens d'Euterpe

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Je suis grand amateur de musique. J’aime en particulier les chansons, mais là, j’ai quelques limites dans les genres – je n’aime trop, par exemple, les chansons « folk », et encore moins les « sea chanteys » ou chants de marin. Les hymnes religieux ne m’intéressent pas non plus (quoiqu’il y ait de ces chansons « religieuses » chez Wagner qui m’émerveillent, comme celle à la fin du 1er acte de l’opéra Parsifal). Mais j’aime beaucoup les airs d’opéra ainsi que les lieder de Wagner et R. Strauss (Im Abendrot est d’une beauté exceptionnelle et difficile à décrire en de si pauvres mots.) Mais pour la musique pop, j’ai peu de scrupules – j’écoute facilement et avec plaisir les chansons les plus débiles, les plus moches, les plus indignes – toutes ces chansons de Madonna, de Britney, de Ke$ha, de Katy Perry, pour ne nommer que ces artistes-là, qui rendent malades la plupart des grands connaisseurs, dont les oreilles discriminantes résistent aux bassesses soniques de la foule. Pas moi ! Au contraire, je m’en régale ! (Attention ! Sans pour autant les prendre pour des chefs-d’œuvre musicaux pour toute l’éternité – c’est assez de les chantonner pendant une saison, il ne faut pas quand même trop insister.)

Je l’avais déjà entendue, cette chanson à la mélodie simple, sans doute dans la douche, où j’écoute ces chansons qu’on repasse en boucle à la radio à en crever les oreilles – ces ballades sentimentales qui rassurent par la confirmation mélodique de toutes les conventions vis-à-vis de l’amour et des sexes, de la situation stéréotypée de la pauvre fille abandonnée par le beau tombeur à celle du jeune homme qui promet à sa bien-aimée de tout faire pour se montrer digne d’elle si elle daignera de lui jeter un coup d’œil, en passant par celle-ci où le tombeur qui découvre que le vrai amour de sa vie est celle qui était toujours devant lui (comme dans le dernier tube Mirrors de Justin Timberlake) ou comme celle-ci où la jeune fille, incarnée ici par la très mal élevée Miley Cyrus, renommée pour la longueur de sa langue, qui déclare qu’elle « adore » son homme.

Mais la première fois que j’aie vraiment fait attention à cette chanson, c’était la Saint-Valentin, où les radios s’ingéniaient comme d’hab à jouer les chansons d’amour les plus écœurantes possible. J’étais dans la douche et je me souviens que je le trouvais un peu curieux qu’on joue une chanson d’amour avec une musique aussi simple – rien, en fait, que quelques notes de piano au début. Ensuite j’ai remarqué les paroles, qui sont aussi d’une simplicité qui déguise en quelque sorte le chagrin profond qu’elles expriment. Mais quelle drôle de chanson pour la Saint-Valentin, nom d’un mon !


C’est vrai que cette chanson m’a amené à repenser certains moments dans ma propre vie quand je me suis trouvé moi-même en face de la fin d’un rêve, juste au moment où l’on se rend bien compte que ce qu’on espère de tout son cœur depuis trop d’années ne va pas finalement avoir lieu.

« I’m sorry that I couldn’t get to you » entonne le chanteur, qui s’excuse du fait qu’il n’a pas réussi à se faire aimer par l’autre. « Je ne suis pas arrivé à te faire savoir combien tu importes à mon bien-être, à mon bonheur. »

On apprend bien sûr que ce bonheur-là n’est pas, pour la plupart d’entre nous, le seul qu’il nous sera permis de connaître, mais je ne puis nier que, bien souvent, comme on le dit dans cette vieille chanson pop, « the first cut is the deepest. »

Ah, ah, ah, ce matin, ça commence bien mal – les services, Internet et câble que nous fournit le TimeWarner, sont morts depuis tôt hier soir, quand l’agente a informé le mari qu’il s’agissait effectivement d’une rupture de service qui s’étendrait aux trois quarts des abonnés dans la zone desservie (dont on ne sait rien, ni de sa taille ni du nombre d’abonnés qui s’y trouveraient). Encore une bonne raison de se méfier de cette fusion annoncée hier qu’on vient de proposer entre les sociétés TimeWarner et Comcast, où nos tarifs vont sûrement monter sans qu’aucune amélioration équivalente ne se produise dans la qualité ou la fiabilité des services fournis.

How-i-feel-when-My-Internet-Not-Working.jpgIl faut seulement substituer de la neige sale pour l'herbe de la savane


Les rigueurs de l'alternance

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D’abord, je souhaite une joyeuse Saint-Valentin à tout le monde ! Nous, le mari et moi, en tant que couple de croulants aigris, nous nous lançons des souhaits de « Happy Valentine’s Day » comme s’il s’agissait en fait de lance-roquettes antichars verbaux dont le ton hypermièvre avec lequel ils sont livrés arrive à saper heureusement l’expression de tout sentiment tendre hypothétique.

L’alternance météo qui rythme cette saison se poursuit – hier, de la neige et de la pluie ; aujourd’hui, le froid et le soleil. Et demain, encore de la neige. On se résigne au sort.

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Faut faire gaffe quand on essaie de traverser

Hier, c’était presque impossible à marcher dans la rue hier, tellement les bouts de trottoir étaient submergés de grosses flaques d’eau noir entourées de petits barrages de neige durcie et d’une profondeur indéterminable qu’on avait du mal à franchir. En plus, on constate avec irritation ces longueurs de trottoir qui n’ont pas été déblayées par les proprios (ou par leurs agents) comme prévu par la loi – faire payer ceux qui se croiraient dispensés de suivre tout règlement commun, c’est du fric facile pour la ville, n’est-ce pas ?

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Ça ne fond pas vite et puis ça regèle pour en faire un amas incassable


À la télé, on s’amuse à noter qu’il faisait plus froid même à Miami qu’à Sotchi il y a quelques jours – et il y avait une différence de plus de 6° entre la température maximale à New-York (-2,2°) et celle de la station d’hiver russe (8,8°), où le correspondant de la NBC nous parlait en chemise.

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Ici, la neige tombe de nouveau depuis trois heures du matin. D’après la météo, cela va bientôt devenir de la glace, qui est censée nous arriver en forme de « boulettes ». Celles-là seront en principe suivies ce soir de gouttes de pluie de format régulier, qui seront, elles, suivies, les températures ayant baissé, d’un peu plus de neige avant que tout ce gâchis ne se regèle pour assurer pour encore quelques jours au moins des surfaces glissantes aussi traîtresses qu’invisibles.


capitalism.jpgAh ! Tu penses que tu vas nous faire marcher en quittant le câble pour internet, mais t'es trop gourde, tu verras comment on va t'faire payer le double pour regarder tes films de chez Netflix

Dans la vie des monopoles, on vient d’annoncer l’achat du service de télévision par câble Time-Warner par la grande société rivale Comcast pour la coquette somme de 44,2 milliards de dollars. Si la transaction est approuvée, le pourcentage de foyers américains desservis par la société Comcast augmentera de 22 à 31 %.
grisailleparcwashington.jpgDimanche dernier, dans le parc de la place Washington

Ces journées de février alternent entre celles où l’on est ébloui par cet éclat du soleil d’hiver, bas et brillant, dans un ciel tout bleu et celles où l’on est comme noyé dans une grisaille englobante où le ciel et le sol ont l’air de s’être dissous l’un dans l’autre pour devenir un fond blanchâtre d’où sortent des croquis de branches d’arbres, des silhouettes de bâtiments, des tracés de trottoirs et de bords de rue.

Déterminer en quoi consiste la masculinité est d’une part une question strictement théorique qu’on peut discuter calmement sous beaucoup de rapports et de l’autre, pour tout être humain de sexe masculin, un piège tendu, auquel tout homme, à un moment donné, fera face, et d’une manière toute personnelle. Car il s’agit dans ce dernier cas d’une prise de conscience continue de perceptions générales aussi bien que d’une sorte d’épreuve imposée du dehors et notée par autrui, en plus selon des critères peu ou pas cohérents. On apprend assez vite en quoi consiste les crimes de « lèse-masculinité » et comment les éviter, surtout quand on craint qu’on ne soit pas soi-même suffisamment « masculin », selon la définition de cette « qualité » qu’on s’est créée en regardant autour de soi.

En bref, il ne faut pas lancer la balle comme une fille.

Ni montagnes, ni fleuves

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iconsqueensinterieur.jpgDevant le zinc dans le bar Icons à Queens – on est arrivé tôt, le bar s'est rempli après  

Vendredi soir on a bien quitté le chaud (et là, tout est très relatif, je vous assure) confort de l’appartement pour hasarder un périple aux terres plus ou moins inconnues qui, selon les légendes, se trouvent au-delà des eaux qui entourent ce récif fait de béton sourd et d’egos surdimensionnés. Oui, on est allé à l’arrondissement de Queens, oui, ce comté devenu arrondissement urbain de la ville de New-York en 1897 qu’on avait nommé en 1683 en l’honneur de la Reine Catherine, épouse de Charles II d’Angleterre, et elle-même originaire du Portugal, et pour faire contrepartie, je suppose, à l’autre comté qui le longe au sud, celui qu’on avait « offert » au roi, donc « King’s », devenu « Kings », sans apostrophe de possession, usage fautif que personne n’a pris la peine de corriger avant qu’il ne devienne monnaie courante, construction fautive reprise avec une légèreté pareille dans le cas de Queen’s, devenu Queens, nom inexact qui encouragent les étrangers à vous demander pourquoi on aurait nommé un arrondissement après « des folles », faisant donc preuve d’une ignorance et de l’histoire coloniale de notre agglomération et surtout des préférences résidentielles des folles qui y habitent. Mais bon, on y est allé, nous, par le train R, qui nous a déposés à la station voulue, en dessus d’une autre Broadway que celle qu’on connaît. On a marché le long de cette Broadway avant de tourner à gauche, où, quelques pas plus loin, on a trouvé la façade discrète mais illuminée du bar Icons. On y est entré.

exticonsqueens.jpgL'extérieur du bar Icons à Queens

Il s’agissait en fait d’une réunion amicale de coureurs du groupe de course à pied gay FrontRunners auquel le mari vient de s’inscrire. Ils étaient tous jeunes et minces. Le mari m’a présenté à un type qui est vraiment maniaque de course à pied – il nous a décrit, par exemple, une course à pied qu’il avait faite en Islande en plein hiver où les coureurs ont traversé l’île (en courant, bien sûr) avec les soirs passés sous les étoiles (froides, sans doute) où ils dormaient dans des tentes avant de recommencer à courir à 8 heures chaque matin.

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Les rails enneigés à la station de métro aérienne à Broadway

On a quitté les coureurs pour rejoindre les amis russes qui s’étaient donné rendez-vous au bar Hardware dans la Cuisine de l’Enfer pour regarder ensemble le spectacle d’ouverture des Jeux olympiques à Sotchi. Toute la bande était là, assise devant l’écran de projection, Misha, Pasha, Ivan, Gleb, et les autres, à regarder, les yeux rivés, le spectacle dans lequel on évoquait l’histoire de Russie dans une série de tableaux fantastiques. Quand on a commencé à chanter l’hymne national russe, ils se sont tous mis à le chanter en même temps, et j’étais touché de voir dans les visages le patriotisme et la fierté qu’ils éprouvent toujours, et profondément, à l’égard de leur pays d’origine, même quand c’est mélangé d’une certaine nostalgie et aussi de souvenirs amers des raisons pour lesquelles ils l’ont quitté.

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Des jeunes Russes gays regardent l'ouverture des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi dans un bar gay à New-York

On n’y est pas resté trop longtemps, on avait faim. On a donc dit bonsoir aux camarades et, n’ayant pas pu trouver une table libre dans le restaurant Les Cinq Serviettes dans le quartier, on a finalement pris le métro jusqu’à la 23e rue, où l’on est allé manger sans au diner Venus.

On avait pris une table près de la fenêtre qui donne sur la 8e avenue et tout d’un coup, en mi-repas, on a levé les yeux pour voir deux amis devant nous – ils venaient de voir La grande bellezza au cinéma d’à côté et nous avaient vus du trottoir. On les a priés de nous rejoindre et, en dépit de la, eum, simplicité indiscutable de l’établissement, ils ont accepté. On a donc eu affaire à un dîner d’amis impromptu mais tout à fait sympa.

manifakiev.jpgL'une des énormes manifestations récentes à Kiev, capitale de l'Ukraine, en faveur d'une association avec l'UE


Moi, personnellement, je n’ai aucune envie qu’on redémarre ce conflit long et ennuyeux qu’on avait de toute façon l’air de traiter plutôt comme un match sportif entre les équipes du Bien et du Mal (et je vous laisse la besogne d’associer l’état à l’équipe qui convient) que comme une grande lutte géopolitique, lente comme un glacier, pleine de machinations invisibles au public, perpétuée en toute probabilité pour des raisons économiques (budgets militaires gonflés, corruption lucrative, marchés truqués) bien plus que pour ces soi-disant libertés fondamentales de l’individu, dont les grands insatiables des deux empires se soucient comme de colin-tampon. Je suis bien content qu’on ait décidé, quelles que soient les raisons officielles ou occultes ou n’importe, à cesser à mener cette Guerre froide.

Les jeux

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Une prise de conscience de l’infamie incontestable de la politique anti-gay de la Russie sous Poutine semble en train de se répandre depuis quelques jours en dehors du petit monde des médias gays pour paraître dans le monde en général (je note, par exemple, cet article paru lundi dernier dans le Daily News et où l’on peut voir une énorme photo de l’un de nos jeunes amis russes). Ce soir, aux États-Unis, on a eu droit à cette nouvelle page d’accueil du site Google à d’images de sports d’hiver aux six couleurs du drapeau arc-en-ciel.

La voici.

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Le Secrétaire général de l’ONU M. Ban Ki-moon a aujourd’hui, la veille de l’ouverture officielle des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, condamné toute discrimination contre les gays devant le Comité international olympique.

La vidéo suivante a été créée par le metteur en scène Michael Rohrbaugh en faveur du Fonds pour la liberté russe, établi pour permettre aux Américains de donner de l’argent déductible d’impôt à une organisation cherchant à fournir une aide financière aux organisations LGBT en Russie. Le titre de la vidéo en dit long sur son point de vue polémique à dessein : La Russie annonce la discrimination comme dernier sport olympique. C’est brutal et pénible à regarder, mais personne ne pourra les critiquer d’y être allés timidement. (Il y a aussi certains aspects dans ce clip qui me rappellent des moments filmés dans ces sacrées Manifs pour Tous – suis-je fou ?)



Demain soir, un peu partout aux É-U, des bars gays et lesbiens participeront à une levée de fonds pour le Fonds pour la liberté russe cité ci-haut dans laquelle ces établissements s’engagent à donner 1 $ pour toutes les boissons vendues de 21 heures à minuit, l’heure de l’émission TV locale de l’ouverture des Jeux à Sotchi.

Comment vivre en iglou

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Un dimanche d’une douceur aussi agréable qu’inattendue nous a poussés, le mari et moi, d’en profiter en dehors de chez nous – comme d’habitude, le mari a commencé tôt, en quittant l’appartement vers 8 heures pour aller faire avec d’autres membres du club de course à pied gay une longue course de 22,5 km, parcours qui a commencé dans la 56e rue ouest pour continuer jusqu’à la 168e rue avant de redescendre par la 5e avenue par où ils sont rentrés dans le Parc Central pour arriver finalement aux environs du rond-point de Colomb, la destination.

Moi je me suis levé à une heure beaucoup plus raisonnable. Le mari est rentré vers midi et à une heure on a quitté l’appartement pour aller dire bonjour à des amis fabricants de meubles qui montraient leurs meubles à l’exposition NY NOW, une énorme expo pour les fabricants et les acheteurs en gros d’articles de décoration, de meubles, de cadeaux, d’articles de table, de literie, etc.

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La mauvaise entrée à l'expo

On nous avait envoyé des cartes d’admission par mail et l’on les avait dûment imprimées, mais dans le taxi qu’on avait pris pour aller à l’Expo, on s’est rendu compte qu’on ne savait pas précisément où il fallait aller – j’ai dû regarder à la loupe la feuille imprimée où j’ai finalement trouvé, à peine lisible, « Pier 94 ». Bon ! Ça y est, ça doit être ça ! On donne cette adresse au chauffeur de taxi qui prend l’autoroute du côté ouest, puisque tout le quartier de la place du Temps est bloqué pour raisons de sécurité, on apprend plus tard, autour du spectacle suprême de football américain qui allait avoir lieu à partir de 18 h 30 dans un grand stade au nom d’une société quelconque au milieu de terres marécageuses que quelqu’un – en toute probabilité des agents immobiliers – a résolument, et bien faussement, nommées des « prés», dans un Nouveau-Jersey tout proche. Le chauffeur nous a déposés à l’angle de la 56e rue ouest, d’où on a traversé l’autoroute pour accéder à l’entrée du quai. Là, on a vite découvert qu’en fait le stand de nos amis se trouvait au Centre d’expo Javits, 1,6 km au sud du quai. On a donc quitté le quai pour trouver le car gratuit qui faisait la navette entre les deux parties de l’expo.

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La file d'attente pour la navette qui nous mènerait au Centre d'Exposition Javits dans la 32e rue

Volez, mes mignons, volez !

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À ma connaissance, c'est la première fois que le blogueur new-yorkais Joe Jarvis, PDG sympa de Joe.My.God qui m’avait dit un jour il y a quelques années qu’il ne parlait pas français et donc ne pouvait pas lire mon blogue, a invité ses lecteurs d’aller exprimer leurs opinions sociopolitiques (puisqu’il s’agit effectivement d’un mélange d’opinions politiques et sociales) sur un sujet parfaitement étranger, en l’occurrence français.

Margaret-Hamilton-as-original-wickedWitch.jpgLa seule sorcière qui compte pour nous, Américains, est celle jouée par Margaret Hamilton

Personne qui aurait la moindre idée de comment marche l’Internet ne donnerait crédit à l’exactitude véritable de ces sondages Internet qu’on retrouve un peu partout, mais il est certain que leurs résultats, même truqués par des voix multiples ou autrement tricheuses, semblent compter toutefois dans la perception du public à propos de ces mêmes sujets. C’est pourquoi M. Jervis approprie souvent le personnage camp de la sorcière de l’Ouest du Magicien d’Oz en exhortant ses « mignons » – ces singes volants qui s’emparent de Dorothée et qui nous faisaient frissonner de peur, mes sœurs et moi, (bien avant les horreurs inoubliables des visualisations informatisées présentées dans L’Exorciste) – de voler en masse à la recherche de Dorothée et de ses amis (qui sont de de facto amis à Dorothée, bien sûr, hi hi).

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L'un de ces singes ailés qui nous faisaient peur

De toute façon, Joe nous a priés d’aller visiter cette page du journal français Le Parisien où l’on a mis un sondage sur la question suivante : La Manif pour Tous a-t-elle encore un sens ? Oui ou non. À midi, heure de New-York, 50,1 % des votants disent que oui, et 49,9 % disent que non.

Moon-flying-monkeys1.jpg

C'est à l'arrivée de cette scène dans le film où mes sœurs se levaient d'un bond pour se cacher toutes les deux derrière l'un des fauteils club usés dans la bibliothèque où nos parents avait mis l'unique poste de télévision – je crois que c'était surtout le grand nombre de singes dans l'air qui impressionnait

C’est quand même un poil décevant qu’on entende toujours parler de ces manifestations réactionnaires se poursuivant dans un pays aussi évolué et sophistiqué que la France. De l’autre côté, c’est rassurant de voir qu’on n’aurait aux États-Unis aucun monopole sur le crétinisme « conservateur » – et, comme vous savez déjà combien je m’intéresse aux langues et à la linguistique en général et à l’étymologie en particulier, je note ici, en pleine connaissance de cause de la méchanceté de base dont je fais preuve, que le mot « crétin », qui a aujourd’hui, en plus de son sens familier de « personne bête ou stupide », un sens médical décrivant une personne souffrant d’une insuffisance thyroïdienne, provient du latin « christianus » ou (évidemment) « chrétien » – pour rappeler, on dit, aux gens malveillants que même ces pauvres possédaient des âmes dignes du salut.


Faisant partie d’un effort aussi constant que zélé de mener à bonne fin un nivellement intellectuel par le bas qui permettrait à avaler une interprétation carrément infantile d’une soi-disant volonté divine dont on n’aurait jamais, en dépit de siècles de « preuves » sans fondement autre qu’une foi en tous points subjective, établi l’authenticité (ouf !), la vidéo ci-dessous, que j'ai trouvée chez Joe.My.God, s’en prend à la… branlette !

Vous ne me croyez pas ? Regardez-la vous-même !


Un « blessé sur le champ de bataille » après de longs et bien tendres ébats solitaires provoqués par - qui d'autre ? - Satan, qui, si c'est vrai, aurait, jà mon humble avis, un sens de l'humour aussi noir que riant (hi hi)

Un extrait du commentaire off: « A lonely, confused young man [Rien de spécial, on y est tous passé] gets addicted to pornography… [Et alors ? Ça arrive, j’sais bien, mais en général ça ne fait de mal à personne et puis ça passe] He stops going to church [aha ! je commence à deviner quelques intentions sous-entendues...] and there is darkness in his eyes. The young man is spiritually wounded on the battlefield of the Great War... (et le tout suivi de sons de combat auxquels s’ajoutent des voix d’un chœur d’anges qui modulent une série de notes qu’il faut prendre, je suppose, pour céleste. Pour ne rien dire de l'ambiance, trempée comme une soupe du Gai Moulin, dans un flot de regards tacitement brûlants dignes des plus particulières des amitiés.)

Voici un mélange tout à fait hallucinant de thèmes et de sensibleries militaires recouverts d’une épaisse couche du pire patriotisme primaire, plein de menaces dramatiques contre les ruses et les finesses de Satan, qui se sert, en moyen de choix, de la porno afin de détourner les jeunes esprits du bien dans ce qu’ils appellent « the Great War », n’en déplaise à la mémoire des milliers de vrais soldats, déchiquetés ou tués dans les tranchées et ailleurs pendant la 1ere Guerre mondiale connue en anglais comme en français par cette même désignation de « the Great War ».

Pourquoi, finalement, se donner tant de peines (sans parler des dépenses de temps et d’argent) pour un sujet aussi, euh… insignifiant ? Parce que dans la soi-disant guerre de culture menée par la droite américaine, la sexualité, et surtout le grand péril d’une sexualité exprimée en dehors d’un mariage homme-femme, serait un élément clé dans la provocation d’une partie, hélas considérable, de nos concitoyens qui préfèrent, même quand cela s’opposerait à leurs propres intérêts réels, voter en faveur de préjugés religieux traditionnels qu’on leur aurait appris dans leurs lieux de culte. Car, c’est là, la raison pour cette vidéo, réalisée par l’université mormone Brigham Young – former et convaincre les jeunes à suivre aveuglément les principes moraux (et surtout leurs interprétations politiques) de leurs aînés. Ah, l’astuce des sectes et de leurs sectaires intéressés !


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