Archives mars 2014

Sens et sentiment

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J’étais en train de lire un billet chez Towleroad au sujet assez diviseur d’« icônes gays ». Dans celui-ci, il était question d’Idina Menzel, actrice et chanteuse connue d’abord pour son rôle dans la comédie musicale Rent (basée sur La Bohème) et ensuite pour son rôle d’Elphaba, le prénom donné à la célèbre Sorcière méchante de l’Ouest du livre et surtout du film Le Sorcier d’Oz.


aubarlebainaustandard.jpgAu bar Le Bain, au 18e étage de l'Hôtel Standard, où l'on est allé cet après-midi écouter la musique de Lina, de retour de Londres et de Paris pour l'été sur l'Île de Feu


Je suis allé voir Wicked (jeu de mots sur les deux sens opposés de l’adjectif « wicked » qui, dans son sens habituel, veut dire « méchant » ou « inique » et puis dans son sens argotique déjà un peu vieilli, le contraire, c’est-à-dire, « génial » ou « super ») il y a des années, avec des amis français qui avaient grand envie de la voir. On l’avait vue avec les deux vedettes originelles, Kristin Chenoweth comme Glinda et Mlle Menzel comme sa sœur Elphaba, et à vrai dire, le spectacle ne m’a pas trop impressionné – la musique est plutôt médiocre (je n’ai jamais trop aimé le compositeur Stephen Schwartz) et les paroles et les rimes sont trop souvent d'une banalité tout à fait pénible.

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Vue impressionnante des jetées dans le Hudson à partir du bar

De retour aux Pins il y a quelques années après plus d'une décennie chez les « normaux », je me suis amusé, certains dimanches soirs, à passer au restaurant La Baleine bleue au bord du port pour regarder les vidéos joués par le VJ Tony Built, un grand musclé aux sensibilités drôlement ironiques qui aimait contraster des clips de Sarah Palin en campagne électorale aux clips de Barbra Streisand dans Funny Girl. Et c’était un des ces soirs d’été, vers minuit, quand j’ai vu pour la première fois, la vidéo d’Idina Menzel, celle-ci enregistrée aux prix Tony, qui chantait Defying Gravity, la chanson de finale du premier acte de Wicked dont, à vrai dire, je ne m’en souvenais rien du tout.

thedansant.jpg

C'est un peu Les Pins à Manhattan

Mon ignorance n’était pas partagée – en fait, la plupart des gens dans la salle, et surtout les plus jeunes, connaissaient tous les paroles de cette chanson. Ils la chantaient tous, avec une sorte de délire commun :

« So if you care to find me
Look to the Western sky!
As someone told me lately
Everyone deserves the chance to fly
And if I'm flying solo
At least I'm flying free
To those who ground me
Take a message back from me!

Tell them how I am defying gravity
I'm flying high, defying gravity
And soon I'll match them in renown
And nobody in all of Oz
No Wizard that there is or was
Is ever gonna bring me down!!
»

Ils la chantaient comme s’il s’agissait non pas d’un simple numéro qui clôt une scène mais d’un hymne sacré à la libération personnelle où l’on faisait face bravement à un monde qui les avait rejetés. Difficile à ne pas répondre à l’image de ce beau jeune homme, serveur dans le restaurant, qui, saoul et fatigué à la fin d’une longue journée de travail, sort de la cuisine, un sale balai entre les jambes nues, qui chantait ces paroles devant l’écran, ayant l’air d’être saisi en tout son corps de cette manie divine connue des anciens, où le vrai naît de ces furies spirituelles. Et à cet instant-là, je comprends et je m’y adhère sans hésiter. Voici un moment où le sens peut manquer, mais le sentiment suffira à faire comprendre. Et pour un moment sublime, j'ai moi aussi partagé cette bête envie de braver la gravité. Et pour cela, je suis infiniment reconnaissant au jeune homme qui me l'a révélé, ainsi qu'à la chanson qui l'aurait incité.


Légendes vivantes

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Comment ne pas apprécier ces nouveaux films « sword-and-sandal » ?

Tout comme ma mère avant moi, et déjà depuis quelques années, j’ai mon rendez-vous hebdomadaire chez le coiffeur le vendredi après-midi. Mon coiffeur, qui s’appelle Alex, est un immigré juif d’origine russe qui a quitté le Kazakhstan pour Israël à l’âge de 18 ans afin de ne pas être enrôlé dans l’armée. En Israël, pourtant, on l’a vite enrôlé dans l’armée israélienne, où il a appris à piloter des avions de chasse. Mais en fin de compte il n’a pas trouvé la vie en Israël à son goût, et avec son père, sa mère (tous les deux pourtant divorcés) et son frère (sa sœur est restée en Israël), il a émigré aux États-Unis, où il s’est fait coiffeur pour hommes. Il y a trois ans il a ouvert le petit salon de coiffure pour hommes au coin de la 7e avenue et de la rue Charles.

Quand je me trouve dans le salon, on regarde, sur des écrans posés devant chaque siège, ou des émissions télé ou des films qui viennent de sortir dans les salles qu’il pique chez des sites russes. Lui, Alex, il aime surtout la science-fiction et ces comédies débiles du genre confectionné par le comédien Adam Sandler. Il ne veut surtout rien de dramatique ou de trop intellectuel, ce que je comprends.

Hier, quand je suis entré dans le petit salon, je me suis trouvé devant une paire d’hommes haredim, l’un dans sa quarantaine et l’autre un jeune roux d’à peine 20 ans, qui étaient en train de couvrir Alex d’un châle blanc (le tallith) et de lui passer la petite boîte en cuir qui s’appelle le phylactère et qui contient des versets de la Torah par le front et par le bras. On a ensuite récité quelques prières. L’homme âgé est ensuite passé aux autres coiffeurs, qui ont tous refusé de participer, tout en lui offrant des billets pliés.

Pendant tout cela, on passait aux écrans un film nouveau qui s’appelle La Légende d’Hercule, dont la vedette est Kellan Lutz, beau et baraqué comme il le faut. D’après la critique, le film serait une daube catégorique mais on y voit pas mal de muscles gros et luisants et il y a même une scène qui se déroule au bord d’un lac où l’on voit que les seins d’Hercule sont au moins trois fois plus amples que ceux de la princesse crétoise, ce qui a fait rire tous les coiffeurs et moi-même (scène qu'on voit dans la bande-annonce pour un trop bref instant). On y papotait de Zeus et d’Aphrodite et d’autres divinités grecques, en même temps qu’on priait, à moins d’un mètre, à Yahvé, cet autre dieu de la Méditerranée, et je n’ai pas pus me garder de réfléchir que si j’allais croire en des dieux, je préférerais de loin des dieux sexy à ce dieu qui gronde sans cesse, toujours mécontent pour une raison ou une autre. Une adoration d'Hercule quelconque ne me gênerait point, je l'admets, et cela pourrait aussir servir à motiver mes séances de musuc, en plus !

Et tandis qu’on prisait, le jeune haredi roux restait à côté de moi, tout à fait fixé par ce qu’il voyait sur l’écran. Deux fois, l’autre haredi a tiré sur la veste noire de son jeune compagnon pour lui faire détourner son attention du film, mais rien à faire – le jeune était comme soudé au plancher, les yeux exorbités, à suivre les intrigues divines et humaines auxquelles on se livrait avec plein d’émotion si avec peu de tenue, et heureusement ! Les prières terminées, on a dû le pousser dehors pour le faire quitter le salon.

C’était bien le choc des cultures et des croyances humaines qui se poursuivait toujours dans ce petit salon de coiffure pour hommes dans ce coin du Village dans cette ville du Nouveau Monde sur cette planète désespérante.

parcdelaplacewashingtonenhiver.jpgToujours pas une trace de vert dans le parc de la place Washington


Au mépris du calendrier, l’hiver perdure ici, avec seulement quelques brefs moments de douceur météo. Ce qui rend un peu dingues les autochtones.

Le mari a de nouveau un boulot qui l’oblige à se lever tôt et à rentrer à l’appartement en début de soirée. Il grognonne par instinct, mais en réalité cela l’amuse de passer sa journée parmi des amis (ses deux anciens employés, qui l’adorent, travaillent pour la boîte) et à faire plaisir à des clients, les anciens (qui l’adorent et auxquels il manquait), et les nouveaux, ravis de son efficacité et de sa bonne humeur, traits qui les surprennent. 


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C'est de plus en plus le bordel dans la salle de muscu, où les « gentils membres » ne daignent plus ranger leurs haltères – à croire qu'ils ont tous été élevés dans des maisons remplies de domestiques ;-)


Pour moi, je persiste à taper un peu de ceci et de cela, tout en passant à la salle de muscu afin de tourmenter, tel un chrétien flagellant du XIIIe ou un musulman chi’ite déplorant le massacre de l’imam Hossein en effectuant le zanjir, cette piteuse enveloppe corporelle. On vient de recevoir un contrat d’engagement pour le chanteur colombien pour un spectacle qui aura lieu cet été aux Pins – on en discutera les détails ce soir et il va falloir faire de photos de l’artiste pour la pub, y compris des affiches et des cartes postales à distribuer. C’est là, précisément, où il faut être délicat – l’artiste a presque toujours une image de lui-même à laquelle il tient et cette image-là n’est pas toujours celle que chercheraient les producteurs de spectacles. L’amour-propre de l’artiste, en général très susceptible, peut s’opposer aux buts commerciaux des producteurs et il faut trouver un moyen de plaire à tout le monde.

De toute façon, on lui verse une rémunération raisonnable, on lui paie le transport aller-retour de Manhattan d’un entourage de cinq personnes (celliste, guitariste, ingénieur de son, et chanteuse accompagnatrice), un logement pour une nuit pour lui et une autre personne, un repas, etc. En fait, on logera au moins deux des musiciens chez nous, dans la petite chambre d’invités qu’on a dans notre maison louée, et on s’arrangera à trouver des lits pour les autres chez des amis riches à lui qui ont de belles maisons luxueuses là-bas. Le concert terminé, on fera un tour triomphal aux thés divers avant de renter chez nous pour un grand dîner sans doute très arrosé de grillade en plein air avec les amis et les producteurs.

On est allé, le mari et moi, à la dernière des « fêtes noires » qui aura eu lieu à la salle de danse célèbre Roseland, destinée à être rasée après les spectacles de Lady Gaga cette fin de semaine et la suivante pour être remplacée par, on dit, une nouvelle tour immobilière.

La « Black Party », c’est un peu le carnaval gay à New-York. En principe vouée à cette partie du monde homo qui s’amuse à s’habiller en vêtements de cuir, la soirée est devenue depuis plusieurs années déjà un « circuit party » parmi les autres qui ont lieu pendant l'année, par exemple, à Miami, à Montréal, à Palm Springs et aux Pins, où l’on voit les mêmes gens musclés, tatoués, défoncés qui bougent sur une musique dite tribale où figure une ligne de basse prédominante sans jamais de paroles. C’est sexy mais n’a rien de trop surprenant.

J’ai traité cette soirée comme une longue séance de cardio – et en fait, j’ai perdu 2 kilos, vite regagnés sans doute après avoir avalé deux bouteilles d’eau de retour chez nous à 7 heures du matin. Hé oui, je m’y suis amusé. Le mari aussi. On a vu pas mal d’amis (dont la présence de certains nous a surpris hi hi) et des escadres de beaux jeunes gens plus ou moins déshabillés, ce qui fait toujours du bien.


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C'est ici, dans la grande salle des Anthology Film Archives dans la 2e avenue, où l'on a vu le film « The Bitter Tea of General Yen » (ou en français La Grande Muraille), film de 1932/3 basé sur le roman du même titre écrit par la mère de l'amie écrivain, avec la très jeune vedette Barbara Stanwyck – l'amie écrivain m'avait raconté le moment où elle avait, avec sa mère, été présentée à la vedette pendant le tournage du film en Californie. Le film est beaucoup plus cynique et fort que je n'avais attendu.

Singerie XXIe siècle

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Encore un amateur du patrimoine ému !

À la campagne

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Mes amis chinois continuent à m’assaillir de commentaires aussi longs que divers, dont les sujets soulevés passent aisément de traitements pour l’herpès aux soldes de sacs Michael Kors. Parmi mes gentils spammeurs de l’Empire du Milieu, qui je plains de tout mon cœur (bon, ce n’est pas particulièrement spacieux, mon cœur, j’y conviens, mais tout de même…) de devoir passer chez moi et d’y coller ces longs commentaires extravagants que certainement, à part la récitation de noms de marques de luxe célèbres, leurs sens leur échappent, avant de devoir déchiffrer et de retaper les chiffres indiqués par le captcha. Quelle barbe ! Qu’on les paie au moins assez pour ce travail assommant !

Mais un récent commentaire m’a posé un problème plus épineux – il s’agissait d’un commentaire laissé en français correct par un francophone qui faisait pourtant de la pub pour une e-cigarette ou une clope à vapeur. On peut supposer que le commentateur avait lu le billet qu’il avait commenté et il n’y avait aucune pub dans le texte de son commentaire, sauf son nom, qui était la marque de l’e-cigarette et le lien vers le site de ce produit. Est-ce alors vraiment du spam ? C’est-à-dire, du spam pur et dur, ou s’agit-il plutôt d’un commentaire sans intérêt particulier mais admissible qui profiterait en même temps du blogue pour faire un petit coup de pub ? Je ne l’ai pas viré au premier abord, mais ce matin, en faisant le ménage, j’ai décidé de le supprimer. Est-ce que j’ai eu raison ? Ou pas ?


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Commentaires récents

  • Grégory : "Des trous au ciel"...Il est fort heureusement plus petit que lire la suite
  • Jérôme : Je suppose, Edouard, que vous répondrez oui à cette question: lire la suite
  • Nanarf : Ce sera une bonne raison pour refaire la salle de lire la suite
  • Jérôme : Votre appartement a, ces jours ci, un petit côté "arte lire la suite
  • Édouard : Tout à fait, Jérôme. Tout à fait. lire la suite
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  • Édouard : Frédéric, vous avez raison – j'ai ajouté des lettres et lire la suite
  • Frédéric : Belport, plutôt, non? lire la suite

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