À la campagne

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Mes amis chinois continuent à m’assaillir de commentaires aussi longs que divers, dont les sujets soulevés passent aisément de traitements pour l’herpès aux soldes de sacs Michael Kors. Parmi mes gentils spammeurs de l’Empire du Milieu, qui je plains de tout mon cœur (bon, ce n’est pas particulièrement spacieux, mon cœur, j’y conviens, mais tout de même…) de devoir passer chez moi et d’y coller ces longs commentaires extravagants que certainement, à part la récitation de noms de marques de luxe célèbres, leurs sens leur échappent, avant de devoir déchiffrer et de retaper les chiffres indiqués par le captcha. Quelle barbe ! Qu’on les paie au moins assez pour ce travail assommant !

Mais un récent commentaire m’a posé un problème plus épineux – il s’agissait d’un commentaire laissé en français correct par un francophone qui faisait pourtant de la pub pour une e-cigarette ou une clope à vapeur. On peut supposer que le commentateur avait lu le billet qu’il avait commenté et il n’y avait aucune pub dans le texte de son commentaire, sauf son nom, qui était la marque de l’e-cigarette et le lien vers le site de ce produit. Est-ce alors vraiment du spam ? C’est-à-dire, du spam pur et dur, ou s’agit-il plutôt d’un commentaire sans intérêt particulier mais admissible qui profiterait en même temps du blogue pour faire un petit coup de pub ? Je ne l’ai pas viré au premier abord, mais ce matin, en faisant le ménage, j’ai décidé de le supprimer. Est-ce que j’ai eu raison ? Ou pas ?

J’avais préparé la semaine dernière un billet aussi ennuyeux que d’habitude que j’allais publier juste au moment où des militaires armés d’origine incertaine se sont déferlés sur la Crimée et dès lors, je n’ai pas eu trop envie de blablater sur le train-train quotidien. Silence ou bavardage qui ne servira à rien en tout cas pour ces pauvres gens là-bas.

On est allé passer le week-end, le mari et moi, chez un ami qui habite l’Île Longue – un autre couple, amis eux aussi, nous ont rejoints chez lui et on a passé une soirée bien arrosée (sauf pour moi, bien sûr, qui ne bois toujours que de l’eau gazeuse ornementée un soupçon de jus de canneberge, qui lui donne un joli teint rose). L’un de l’autre couple est parti pour Londres le lendemain – il est curateur de musée et il avait des « courses » à faire chez certains marchands d’antiquités de la capitale britannique avant de continuer vers la grande foire de Maastricht.

Le mari ne s’étant pas levé trop en forme le lendemain matin, il est resté récupérer à la maison tandis que notre hôte, l’autre ami, et moi, nous nous sommes installés dans la nouvelle voiture américaine de notre hôte, qui allait nous conduire aux centres de magasins à rabais près du chef-lieu du comté de Suffolk, Riverhead, qui sont, après tout, les plus importantes attractions, culturelles et autres, de toute l’Île Longue. Mais avant d’y aller, il a fallu, dans l’opinion têtue de l’ami hôte, faire nettoyer la voiture, tâche qui a pris plus d’une heure puisqu’on n’était pas les seuls à se résoudre à profiter du soleil et des températures en dessus de 0° C afin de faire briller la carrosse. Il y avait au moins quelques beaux nettoyeurs et on a même eu des échanges de propos avec quelques autochtones, habillés dans leur costume traditionnel, c’est-à-dire, en jeans ou en pantalons de camouflage avec un t-shirt noir de motos Harley-Davidson.

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Le nettoyage des voitures


restaumexicain.jpgLe restau mexicain aux alentours de Riverhead

Après un repas mexicain dégusté al fresco au bord d’une rue fréquentée, on est arrivé aux centres commerciaux de magasins à rabais.

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Les monticules de neige dans les parkings des centres commerciaux

J’avais dès le départ signalé mon intention de chercher des boardshorts – ce genre de burqa de plage qu’aiment porter la plupart des hommes hétéros américains dans l’espoir, on doit le supposer, de vouloir cacher leurs cuisses trop tentantes des yeux d’obsédés sexuels homos ou féminins, tout en faisant preuve vestimentaire de leur adhésion dans le club de « vrais » mecs qui ne porteraient jamais de maillot de bain minuscule et moulé comme un Speedo, qui n’est porté que par des sportifs ou des pédés. 

Bon, voici deux photos de boardshorts piquées je ne sais plus où – oui, elles sont un peu louches, mais ça montre bien l'attitude jeune et insolente que j'étudie.

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Je pense que les chimpanzés font de même – on est quand même des singes

Bon, cela m’amuse de me travestir en beauf, et c’est pourquoi j’ai insisté qu’on m’accompagne dans ma recherche de l’équipage qu’il me fallait.

Mais l’autre ami, péniblement BCBG et qui levait les yeux avec répugnance et dédain aux détails dont je l’accablais sur le look que je cherchais pour l’été, a vite trouvé, à sa grande surprise, le magasin Tumi, où il s’est vite offert une valise chic et (à mon avis de pingre proto-prolétaire) chère pour ses voyages fréquents à l’étranger.

À mon tour, j’ai obligé les amis à me suivre dans les magasins Nike, UnderArmour et PacSun, avant de conclure mon pèlerinage de travelo à la boutique Hurley, où j’ai trouvé deux boardshorts délicieusement beauf et un autre short fait d’une étoffe composée de bouteilles plastiques recyclées ( !), que j’ai acheté en principe pour le mari avant de découvrir plus tard qu’il était trop grand pour lui. Ah, tant pis !

De retour chez l’ami hôte, on a préparé le repas du soir et on a commencé bien sûr à picoler de nouveau – du gin, de la vodka, de la tequila (margaritas maison), du vin du pays (on était passé chez un vigneron de la Dent du nord (le « North Fork », l’un des deux prolongements de l’Île Longue qui fait un peu la pince d’un crabe – la partie nord de la pince, connue depuis un certain temps pour ses vignes, s’appelle « the North Fork » et la partie au sud, « the South Fork » mais on l’entend peu maintenant puisqu’on lui préfère « the Hamptons » pour désigner ce coin pointu, qui termine à Montauk, qui n’est pas considéré faire partie des Hamptons mais qui est devenu, par cela même, presque aussi chic et branché que ses voisins. Andy Warhol y a acheté une propriété en 1972, c’est vous dire le côté bobo de l’endroit).

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Le débit de boissons du vignoble où l'on a acheté une caisse de vin

Après un long repas très arrosé, on est passé comme d’habitude à l’office des déclarations de vérités personnelles normalement indicibles – le mari étant déjà allé se coucher comme le sage jeune homme qu’il est, il ne restait autour de la table que les deux amis et bibi, à verbaliser ces « vérités » que, dans la vie de tous les jours, les bonnes manières vous mettent dans l’obligation de taire.

C’est l’ami qui a commencé en disant à notre hôte qu’il s’était trompé grave, d’abord pour avoir acheté cette maison et ensuite pour avoir quitté, quelques années plus tard, son appartement à Manhattan. « T’aurais dû avoir admis ton erreur et avoir tout fait pour retourner en ville » il lui a dit. « C’est bête et dépriment de rester dans ce bled, surtout quand tu es seul, et d’un certain âge, et que tu te rends compte que tu ne feras jamais autant de connaissances, qu’il soit question d’un plan ami ou d’un plan cul, ici qu’à New-York. Il faut mieux vendre cette maison tout de suite, même si tu perds un peu d’argent, que de rester à t’effacer ici comme un pépère aigri. »

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Vue de la Sixième avenue à l'angle de la 8e rue ouest, la nouvelle tour du Centre commercial mondial au fond

Moi, je me suis tu, mais j’étais tout à fait d’accord.

Alors sont venus les explications, les raisonnements, les excuses, tout ce blabla de convention auquel on se donne quand on cherche à se déculpabiliser de fautes indéniables qu’on a tout de même commises. Heureusement qu’il était assez bourré pour ne pas s’en rappeler le lendemain matin.

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Une maison que j'ai aimée dans le quartier de l'ami – on a fait une promenade avant de reprende le train de retour

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On attend le printemps pour remettre les bateaux

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Un joli grenier réaménagé en bibliothèque

On est rentré par le train le dimanche après-midi. Pour moi, c’était un week-end réussi, mais il m’a laissé quand même un petit goût amer. Il est si facile de se tromper dans la vie, et il devient de moins en moins facile à corriger ces mêmes erreurs, surtout parce qu’on a de moins en moins de temps pour le faire.

5 Commentaires

Pourquoi s'entêter si c'est vraiment une erreur?
Un couple d'ami a fait une "erreur" de 10 000 km, erreur qu'ils ont corrigée, avec difficulté(s) - ce n'est pas encore fini à vrai dire.
Mais ils ont eu le courage de le faire (et l'erreur et sa correction...)
Et, comme rien n'est ni blanc ni noir, cette "erreur" nous a permis de nous lier d'amitié.

En ce qui concerne votre ami, peut-être que "les explications, les raisonnements, les excuses, le blabla de convention" lui conviennent finalement même s'il y a des désagréments. Non?

Anonyme, merci de votre commentaire, qui pose des questions intéressantes.

Je crois que notre ami n'est avant tout pas prêt à perdre l'argent qu'il a investi dans sa maison (et son réaménagement compliqué) et que c'est pour cela qu'il s'entête à rester où il est. Mais il est difficile pour nous de nous taire quand il se plaint en même temps de la grande solitude qu'il ressent. Mais il n'accepte pas de s'être trompé en quittant New-York pour s'installer seul dans une banlieue plutôt isolée.

En fait, à l'opposé, je crois, de ce qu'ont montré vos amis, il lui manque de courage. Mais cela viendra peut-être. On verra, n'est-ce pas?

C'est marrant ces interrogations sur ces choix de vie parce que j'ai eu les mêmes concernant mon avenir: grande ville ou coin paumé pour mes vieux jours? Et j'ai déjà opté pour le coin paumé et isolé car la perspective d'être vieux dans une grande ville, entouré de gens jeunes, beaux, rapides, indifférents à la vieillesse me fait notamment peur. Et je connais plein de pédés qui, en Europe, ont fait le même choix. Quitter la ville et fuir tout ce qui fait l'identité gay urbaine...

Bon, pour vivre vraiment seul dans un coin paumé il faut quelques passions, avoir quelque chose qui vous aide à vivre coupé du monde; Pour moi la vie est faite d'échanges, d'interaction, d'entraide (aider les autres pour aller mieux soi-meme ! ). Agé, solitaire et sans passions j'ai choisi Paris, pas loin du centre, et fait du volontariat à AIDES, fréquente les LGBTQI (je n'ai oublié personne !)pour un peu de gym, culture, rando, ciné. J'y suis discret mais reste surpris de l'acceptation, de la tolérance , des échanges que je peux avoir avec certains jeunes(surtout en faisant de la prévention à l'entrée des sous-sols mal éclairés...) à condition d'etre modeste. Les stéréotypes habituels des gays tournent autour de la séduction, en voir un très vieux, qui a un peu d'expérience, et qui ne les draguent pas, ça les changent.

Christian, je suis tout à fait d'accord avec vous. L'ami en question s'est trompé surtout en basant ses choix de domicile (agréable maison de banlieue proche à la mer au lieu d'appartement en ville, dont chacun en avait un) sur un rapport inégal qu'il entretenait avec un ami qui l'a pourtant laissé tomber après qu'il eût abandonné son bel appart' dans la 74e rue ouest. Maintenant, donc, c'est le trajet de plus d'une heure et demie de train, de voiture et de métro entre chez lui et le bureau dans la 8e avenue – trajet qu'il aurait pu faire avant à pied en 40 minutes. Voilà une sacrée différence ! Il ne fait plus de gym (manque de temps), ce qui n'arrange pas son physique. Il ne peut plus sortir avec des gens à l'improviste car il faut toujours faire attention aux horaires des trains de banlieue. Ce qui diminue, en même temps, les occasions de rencontrer une personne agréable ou même plus... Il est intelligent, charmant, très drôle, gentil, grand connaisseur de musique et de comédies musicales, mais on ne le devinera pas en le voyant endormi sur son siège du train express de 17 h 48 à destination de Ronkonkoma. Et c'est cela qui nous attriste tous. Vous, Christian, vous avez fait le bon choix !

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