Des trous au ciel

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trouauciel.jpgTrou qu'on serait en train de boucher dans notre salle de bain


Le mari a voulu revoir la « comédie musicale » Hedwig & The Angry Inch (je mets les guillemets parce que ce spectacle, quoique drôle, même spirituel, n’est pas vraiment une comédie musicale traditionnelle, et il se déroule sans entracte comme un concert pop un peu chaotique, avec un côté cabaret-théâtre) avec en vedette le créateur de la pièce et aussi du rôle d’Hedwig John Cameron Mitchell, un voisin de quartier. On avait déjà vu la pièce il y a un an avec en vedette l’acteur de télévision populaire (et trinomial lui aussi) Neil Patrick Harris, qui s’amuse ces jours-ci à s’appliquer à des rôles qui l’éloigneraient le plus possible de ses anciens personnages de séries télévisées un rien benêts (Doogie Howser) ou beaufs (Barney Stinson) – comme celui de Desi Collings dans le film Gone Girl, un autre exemple de ce relookage, et nous avons aimé et le spectacle et l’acteur.


panneauTKTS.jpgM. Mitchell n'étant pas une célébrité télévisuelle (c'est ça qui vend les billets), on a pu trouver de bonnes places à mi-prix pour Hedwig


J’ai beaucoup d’admiration pour l’auteur Mitchell, surtout pour l’audace qu’il montre dans ses choix artistiques. Je suis retourné voir son film Shortbus deux fois (ce que je ne fais presque jamais) afin de pouvoir goûter et de suivre tous les fils divers de l’histoire complexe qu’il y a tissée. (L’arrivée dans la boîte de nuit d’un acteur représentant l’ancien maire de New-York Ed Koch, que beaucoup de New-Yorkais considèrent une sorte de vendu gay qui aurait minimisé la crise du sida à New-York afin de se garder d’accusations d’être lui-même homosexuel et l’apologie pour ses politiques qu’il présente à l’éphèbe qu’il y rencontre était l’une de ces scènes brillantes qui m’ont frappé à fond.)


danslaplacedutempsav.jpg

Par un temps relativement doux, il y avait du monde dans la place du Temps


Hedwig n’est pas, à mon avis, sans défaut – certaines chansons de la première moitié me laissent indifférent – je n’avais jamais aimé, par exemple, la chanson The Origin of Love avant que je ne l’entende chantée il y a un an par l’ami chanteur lors d’un gala de levée de fonds au Poisson Rouge, où il l’a interprétée d’une façon tellement émouvante que tout le public s’est levé d’un bond pour l’applaudir même avant qu’il ne l’eût terminée. Hier soir c’était correct mais non pas extraordinaire – la mise en scène et l’emploi d’un écran de gaze sur lequel on projette des dessins animés restent pourtant impressionnants. Il faut noter aussi que M. Mitchell portait une sorte d’appareil orthopédique sur le genou droit et il était évident qu’il n’allait pas courir dans tous les sens sur scène ce soir-là, encore moins en talons hauts, comme l’a fait M. Harris.

devantlebelasco.jpgDevant le théâtre Belasco dans la 44e rue ouest, à deux pas du Café Un, Deux, Trois où nous avons mangé avant le spectacle

Pour moi, la pièce révèle son vrai cœur avec la ballade Wicked Little Town (le clip vient du film), censée être la première chanson composée par Hedwig. « The fates are vicious and they’re cruel » note-t-elle. Elle sait de quoi elle chante.

Dans la pièce qu’on a vue hier soir, M. Mitchell a souligné d’une façon très poignante par sa simplicité la raison pour la rupture entre le jeune Tommy Speck, devenu le chanteur vedette Tommy Gnosis, et Hedwig aux parties génitales, hem, incertaines. On comprend combien Hedwig souffre d’avoir perdu cette « moitié » d’elle-même. La « reprise » de Wicked Little Town, chantée par Tommy (acteur différent dans le film, d’où vient ce clip, mais joué par l’acteur qui joue Hedwig dans la pièce – et c’est beaucoup plus troublant ainsi) et aux paroles un peu changées, devient un appel dans le noir pour s’excuser auprès d’Hedwig. « Forgive me for I did not know. »

Hedwig, elle, n’en sait rien, bien sûr, et elle s'arrange comme elle peut, toute seule. La chanson finale, Midnight Radio, une sorte d’hymne rock célébrant les vedettes féminines de la chanson rock, pop et soul des années 60, 70 et 80 – Patti (Smyth), Tina (Turner), Yoko (Ono), Aretha (Franklin), Nona (Hendryx), Nico – et « moi ! » – appelle aux fidèles du rock ‘n roll – à « all the misfits and the losers  » – aux marginaux et aux losers – de « lever les mains », ce qu’ont fait la moitié de la salle (on se trouvait dans des fauteuils d’orchestre hier soir, on avait des places dans le balcon la première fois) pendant que les autres applaudissaient.

Car, au fond, c’est bien ça, cette reconnaissance d’insuffisance et de malchance solitaire et sympathique qu’on « surmonte » comme on peut en restant fidèle, ou bien tout simplement laissé, à soi-même, qui, pour moi au moins, fait d’Hedwig le spectacle le plus authentiquement « jeune », malgré son « âge » (la pièce a été développée dans des clubs à New-York et a eu sa première représentation proprement théâtrale en février 1998), de tout ce qu’on présente à Broadway en ce moment.

Ce n’est pas long et on a quitté le théâtre vers 22 h 30 après avoir « acheté » des petits boutons disant « I Hedwig » au bénéfice d’une organisation que j’aime beaucoup – Broadway Cares/Equity Fights Aids – qui a réussi à lever depuis 1988 plus de 155 millions de dollars en faveur de la lutte contre le sida et le cancer du sein, pour ne nommer que ces deux maladies.

curiositemetro.jpg

Sur le quai de métro – deux trains immobiles, vides de passagers – il y a quelque chose qui ne va pas !

Une fois dans la station de métro de la Place du Temps pour rentrer chez nous, on s’est vite rendu compte qu’il y avait quelque chose qui, euh, n’allait pas sur les lignes 1,2 et 3 – il y avait deux trains vides stationnés sur les rails parallèles du « local » et de l’« express ». Après de longues minutes de confusion parmi les gens sur le quai, on nous annonce que le service a été suspendu entre la place du Temps et la rue Chambers à cause d’une rupture de canalisation d’eau – ô par pitié ! encore des fuites d’eau qui m’emmerdent ! On est remonté l'escalier pour aller prendre le train IND dans la 8e avenue vers la 14e rue ouest. On a tous les deux noté qu’il y avait des flics un peu partout, plus que d’habitude, mais on n’a pas demandé pourquoi. Vaut mieux ne pas les pousser, les flics, n’est pas ?




Vu les travaux nécessités par la fuite d'eau causée par un tuyau de chute bloqué (par des longs cheveux d'adolescente ???) chez nos voisins de dessus, je trouve cette vidéo tout à fait à propos – nous, les habitants d'appartements, et surout nous qui nous trouvons au rez-de-chaussée, nous comprendrons trop bien l'humour noir de ce sketch. (Merci à Joe.My.God.)


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Votre appartement a, ces jours ci, un petit côté "arte povera " fort sympathique... ;-)

"Des trous au ciel"...Il est fort heureusement plus petit que celui de la couche d'ozone!

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